"C'était un garçon toujours joyeux, Nathan était tout sauf un monstre"

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Nathan Duponcheel, 18 ans, a avoué devant le magistrat en charge de l'instruction avoir commis l'assassinat d'Alfred Gadenne, bourgmestre de Mouscron égorgé lundi en fin de journée. Le jeune adulte a été inculpé pour assassinat, une qualification qui témoigne de la préméditation de son geste. Nathan Duponcheel voulait venger la mort de son père après son licenciement. Durant tout ce temps, "il n'a jamais parlé de le tuer", assure un ami choqué.

Nathan Duponcheel, jeune homme à peine majeur, n'a pas cherché à fuir ses responsabilités lors de l'arrivée de la police qu'il a lui-même contactée en se présentant comme l'auteur de(s) coup(s) de cutter qui a/ont selon toute vraisemblance causé la mort du bourgmestre humaniste de Mouscron.

Calme, reconnaissant les faits et évoquant une vengeance contre le maïeur, il n'a opposé aucune résistance lors de son interpellation alors qu'il annonçait aux forces de l'ordre arrivées sur les lieux "le bourgmestre est mort, il n'y a rien à faire pour le sauver". Lors de son audition hier, il a collaboré à l'enquête et s'est vu inculper d'assassinat à l'issue de l'interrogatoire par le magistrat instructeur.

Nathan Duponcheel aurait attendu patiemment d'atteindre la majorité pour commettre l'irréparable contre celui qui ouvrait et fermait chaque jour les portes du cimetière de Luingne à la même heure, une information vue dans la presse que le suspect avait bien enregistrée. Un geste prémédité, dont la date d'exécution avait été mûrement réfléchie afin de ne pas impliquer la responsabilité civile de sa mère.

"Pour Nathan, il était mort à cause du harcèlement dont il était victime"
Lundi soir dès l'annonce du meurtre du bourgmestre, la rumeur s'est répandue parmi les connaissances de Nathan. Impossible pour ses amis de se résoudre à écouter ces bruits. "On a vite entendu que c'était lui qui avait fait ça mais on n'a d'abord pas voulu le croire. Puis d'heure en heure tout et tout le monde tendait à confirmer qu'il s'agissait bel et bien de Nathan. Quelqu'un était avec sa mère lorsqu'elle a su ce qu'avait fait Nathan... J'en ai parlé toute la nuit avec les copains, mais malgré tout on attendait la vraie confirmation", confie l'un de ses anciens copains d'école.

La vraie confirmation, c'est notamment le petit frère du suspect qui l'a donnée à l'école, se confiant sur ce nouveau drame. Olivier Dupont, l'avocat de la défense, l'a déclaré hier: "c'est un drame qui s'est déroulé après un autre drame". La vie de la famille Duponcheel s'est brisée lorsque le père s'est donné la mort dans le garage de la maison familiale le 14 février 2015. "On avait dû en parler en classe, se souvient encore son camarade. Il avait expliqué que son père s'était pendu, il paraît même que c'est Nathan qui l'a retrouvé. Pour Nathan, c'était à cause d'une longue histoire de harcèlement au travail".

"Il souriait tout le temps, même quand son père est mort, la vie devait continuer"
Le jeune homme avait expliqué à ses amis que son père, fonctionnaire au service population de la Ville de Mouscron, y était débordé de travail, se sentait dépassé, essuyait des critiques et encaissait les ordres du bourgmestre. Après avoir beaucoup souffert sur son lieu de travail, il avait fini par recevoir sa lettre de licenciement "qu'Alfred Gadenne lui-même avait signée". En dépression, l'homme de 49 ans n'a pas tenu le choc. Peu après, il s'est suicidé en laissant derrière lui trois adolescents dont Nathan, 16 ans à l'époque.

Mais de vengeance, il n'a jamais été question jusqu'à lundi, assure son ami. "C'est pour ça qu'on arrivait pas à croire que c'était lui, même après l'avoir su avec certitude. Nathan c'était un garçon toujours joyeux, il ne faisait que rire, il souriait absolument tout le temps et voyait la vie du bon côté. Et même après la mort de son papa, après les funérailles, il a montré qu'il continuait à vivre et ne montrait rien. Sauf que la vie continuerait", se souvient son copain, qui est sous le choc.

"Pas de minute de silence"
"Bien sûr, on savait qu'il ne portait pas Gadenne dans son coeur, il le tenait pour responsable, mais pas au point de le tuer". Entre la peine de ses proches, l'incompréhension du licenciement et les compliments qui entouraient la carrière d'Alfred Gadenne, il semble pourtant que Nathan a nourri une rancoeur profonde envers le bourgmestre de Mouscron, qui vivait non loin de chez lui à Luingne. Les voisins ajoutent que la veuve Tania et ses trois fils avaient énormément de peine à surmonter l'événement. "Il semble que le bourgmestre n'ait pas exigé le licenciement d'Olivier, mais qu'il l'a bel et bien signé. Quand ils sont tombés sur le nom 'Alfred Gadenne' figurant sur le document, c'est comme si Tania et son mari avaient reçu un coup de poignard dans le coeur".

Que ce soit la procédure ou non que le bourgmestre signe en personne un tel courrier n'a pas apaisé la petite famille, qui l'a vécu comme une trahison. Et quand Olivier s'est donné la mort quelques semaines plus tard, la Ville ne lui pas rendu hommage comme la famille l'espérait. "Cela lui est allé très loin, et via elle aux enfants aussi, que la commune n'organise même pas une minute de silence pour son ex-employé décédé", qui était de plus pompier volontaire.

"Il a coupé les ponts, n'a plus vu une partie de ses bons amis"
Puis, au fil de mois, après le drame de 2015, Nathan a changé peu à peu. "Cela n'a pas commencé immédiatement, mais plutôt vers l'été 2015. Il s'est fermé. Il a eu des changements de comportement envers ses proches, famille et amis. Il n'a pas été violent hein, mais il n'a par exemple plus voulu de contacts avec certains d'entre nous, sans qu'on sache jamais pourquoi. J'ai entendu qu'il s'était isolé". Selon les voisins, l'ambiance était pourtant meilleure à la maison depuis quelques temps. "Les garçons rejouaient au foot à l'extérieur, la veuve riait à nouveau".

"Il faut comprendre tout ce qui s'est passé derrière"
Pourtant Nathan, le second de la fratrie, se "cherchait" visiblement depuis la fin de ses études secondaires aux Frères Maristes. "Je pense qu'il n'y a qu'une accumulation de choses qui a pu le pousser à commettre une chose pareille. Il avait récemment été refusé à l'école militaire aussi. C'est ça dont je voudrais que les gens se rendent compte. Parce qu'on lit énormément sur internet, sur Facebook notamment, qu'il n'y a qu'un monstre qui a pu faire un truc pareil au bourgmestre, qui était si gentil etc. Mais pour nous c'est super dur parce que Nathan était lui aussi un garçon gentil, parfaitement normal. Ce qu'il a fait est terrible, il n'y a pas à revenir là-dessus, mais il faut comprendre tout ce qui s'est passé derrière, tout ce qu'il a pu vivre pour en arriver là", résume son ami encore incrédule qui dit réaliser que tout le monde peut devenir un meurtrier.

Nathan Duponcheel sera quant à lui reçu par des experts psychiatres qui évalueront son état psychique au moment de l'assassinat qui s'est déroulé à 200 m à peine de la maison familiale et de sa mère.

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Olivier Duponcheel, le père de Nathan, était aussi pompier volontaire © DR.

Par: rédaction 13/09/17 - 07h20