"Il a tué la mère de sa fille, mais reste son père": un droit de visite inédit

© Repro Vanderveken.

"Sven est et demeure le père de X, même s'il a tué sa mère. Elle peut donc lui rendre visite en prison". Voilà l'avis tant de la famille de Sven Van Rooy, condamné à une peine de 18 années de prison pour meurtre, que de celle de la famille de sa victime, Melissa Mauriën, mère de sa fille. Un expert explique à Het Laatste Nieuws qu'un tel consensus est inédit. "C'est unique et particulièrement important pour le processus d'acceptation de l'enfant", analyse-t-il.

Le 4 juin 2016, Sven Van Rooy a ôté la vie à son épouse Melissa Mauriën car cette dernière entretenait depuis un an et demi une liaison adultérine avec un homme plus jeune. Après avoir découvert "le SMS de trop", Sven Van Rooy a perdu tout contrôle. Le trentenaire a frappé sa femme, l'a étranglée avant de lui porter des coups de couteau mortels. Après les faits commis en Flandre, l'homme s'est enfui en Wallonie avec leur fille de trois ans, X, qui avait assisté à la scène.

L'amant dédommagé
Le tribunal de Turnhout a retenu l'homicide et lui a infligé une peine raisonnable de 18 ans de prison dont il peut s'accomoder, estime-t-il. Dans quatre ans en effet, il pourra demander sa libération au tribunal d'application des peines (TAP) et sortir sous surveillance électronique. "Il n'a jamais nié son crime", explique son avocat John Maes. "Il a reçu une peine qui correspond à ce que nous espérions".

L'amant de la victime, qui se prénomme Sven lui aussi, a pour sa part bénéficié de 1.250 euros pour dommages moraux. "Il n'est pas certain que la victime voulait vraiment poursuivre la relation avec lui", a motivé laconiquement le tribunal dans son jugement. "Mais il avait bel et bien un lien affectif particulier avec elle". Le père de Melissa Mauriën, lui, ne l'entend pas de cette oreille. "Il lui a envoyé pas moins de 16.000 messages. Pour moi, c'est simple, c'était du harcèlement. Et pourtant il perçoit des indemnités pour dommage moral. A mes yeux, il est complice du meurtre de ma fille. Il aurait dû laisser sa famille en paix".

La famille de la victime et de Sven Van Rooy étaient parties prenantes au procès. Mais ce qui les divisait concernant la mort de Melissa n'a étonnamment plus fait surface lorsqu'il a été question de l'avenir de la fille du couple, X., quatre ans aujourd'hui. Immédiatement après les faits, les deux familles se sont accordées sur un hébergement égalitaire alterné: une semaine chez le frère et la belle-soeur de Melissa, une semaine chez les parents de Sven, le meurtrier. Le tribunal de la jeunesse a approuvé cette solution et continue de suivre l'évolution de la situation.

"Que les deux familles réussissent à faire passer l'intérêt de l'enfant en premier de la sorte, c'est tout simplement phénoménal", analyse l'avocat John Maes. "Ils ont su prendre de la distance par rapport aux faits et prendre une décision en plaçant l'enfant au premier plan". "Souvent, ce n'est possible qu'après le procès, parce que le tribunal de la jeunesse le met en place. Et en soi on ne peut pas non plus reprocher à la famille d'une victime de garder l'enfant chez soi et de lui faire couper tous les ponts dans un réflexe émotionnel fort".

"Il chérit les visites de sa fille"
Plus encore: le contact entre père et fille est resté intact malgré son geste. Désormais, Sven Van Rooy voit en moyenne sa fille plus d'une fois par semaine à la prison. "Dans un espace spécial, pour que les choses se déroulent le plus facilement possible mais évidemment cela reste des moments très émouvants. Soyez en sûrs, mon client chérit ces visites. Il est très reconnaissant envers sa belle-famille. Sven n'est pas un monstre sans scrupule. Il devra aussi expliquer un jour à sa fille ce qui s'est passé entre lui et sa mère".

Le père de Melissa est clair sur le sujet: "Sven est et reste le père de X. S'il sort un jour de prison, je ne souhaite pas tomber sur lui dans la rue. Je ne veux plus le côtoyer. Mais ma petite-fille peut à mon sens continuer à le voir. Lorsqu'elle sera un peu plus grande et saura ce qui s'est passé, elle pourra décider elle-même de garder le contact ou non avec lui".

Rare
Le pédopsychiatre Eric Heyns est étonné par ces propos emprunts de recul: "Je n'entends ce genre d'histoires que très rarement. J'ai suivi d'autres enfants qui avaient subi les mêmes événements. Ce sont souvent des situations très compliquées et insolubles pour les familles. Garder le contact avec le parent est pourtant primordial. Forcer n'a pas de sens mais essayer est toujours une bonne chose. Un jeune enfant n'a pas à en décider à lui-même. Si les deux familles collaborent sur ce terrain, c'est déjà faire un pas vers la réussite. Les chances que l'enfant parvienne à travailler sur les événements et à les mettre en perspective sont plus grandes. Il n'y a pas de garantie, mais c'est en tout cas toujours positif pour l'enfant".

Par: rédaction 7/12/17 - 13h13