Sans-papiers arrêtés dans une ASBL: "Une forme de terrorisme"

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Fabrice Murgia, directeur général du Théatre National, a dénoncé une "forme de terrorisme" et une "bavure policière" après l'arrestation de plusieurs sans-papiers lors d'une opération menée par la police fédérale à l'ASBL Globe Aroma vendredi à Bruxelles.

"Après les rafles à domiciles, notre gouvernement est allé trop loin en entrant dans nos salles de spectacles. Demain, ils entreront dans les hôpitaux", écrit notamment l'artiste dans une carte blanche publiée par le journal Le Soir. Sur la Première ce mardi matin, il se dit "indigné, révolté, comme beaucoup de gens du secteur éducatif, culturel et associatif".

"On a franchi un pas. Des policiers ont mis le pied sur un plateau, sont entrés en scène et c'est grave", poursuit-il. Or, un lieu culturel est un "lieu de culte de la démocratie" selon lui.

Appel à la désobéissance civile
Le directeur du Théâtre National va plus loin en dénonçant un "acte terroriste pour les secteurs culturels et associatifs" et une "bavure policière". Il appelle dès lors les élus locaux et les polices locales à la désobéissance civile. "Quand on gouverne en faisant peur aux services publics, il y a une forme de terrorisme (...) Les visites domiciliaires ont levé la question sur l'Etat de droit, la démocratie qui part un peu en sucette. Quand une loge maçonique sort du bois, quand un journaliste est interrompu, quand des artistes sont interrompus, il y a des signaux qui ne trompent pas", a-t-il estimé.

Pour Fabrice Murgia, ce n'est d'ailleurs pas le gouvernement qui empêche la formation d'un Calais à Bruxelles, mais la désobéissance civile, ou - comme il préfère l'appeler - la mobilisation citoyenne, ces personnes qui hébergent chaque jour des sans-papiers chez eux. La "consternation" de la ministre de la Culture Alda Greoli (cdH) et la réaction indignée de son équivalent flamand Sven Gatz (Open Vld) sont une "preuve que les différents niveaux de pouvoir de la lasagne institutionnelle ne jouent pas dans le même film".

 
"Le monde culturel est en émoi. Si cela se reproduit, il sera révolté"
Fabrice Murgia, directeur général du Théâtre National

L'Église condamne
Toujours sur La Première, l'Eglise catholique de Belgique a rejoint lundi la voix de la franc-maçonnerie pour dénoncer la politique migratoire du gouvernement fédéral. L'évêque de Liège Jean-Pierre Delville, référent de l'épiscopat sur la question des réfugiés, a également condamné l'action policière de vendredi et égratigné le projet de loi du gouvernement sur les visites domiciliaires.

"Ça me choque, car nous sommes véritablement là à la limite de ce que la Constitution permet. Nous ne sommes pas d'accord (...) Les évêques ne font pas des déclarations sur un projet de loi, il y a une certaine séparation entre l'Eglise et l'Etat (...) mais nous devons proposer des alternatives", a-t-il dit. L'Eglise de Belgique vient de publier un vade-mecum: "Réfugiés: comment mieux les accueillir", à l'initiative du vicariat de la ville de Bruxelles. "J'ai honte parce que nous ne sommes pas suffisamment accueillants par rapport au sud", a dit Jean-Pierre Delville. La politique du gouvernement, "c'est insuffisant", a-t-il jugé à cet égard.

Aroma Globe est une ASBL qui encadre des projets artistiques faisant rencontrer des réfugiés, des demandeurs d'asile et des Bruxellois. Sept personnes y ont été arrêtées vendredi. Une personne a été libérée, deux ont été envoyées en centre fermé et quatre autres ont reçu un ordre d'expuslion.

Par: rédaction 13/02/18 - 15h40