"Entre deux coups de couteau, elle suppliait et il riait"

© Benny Proot.

"C'était un plan monstrueux". Les plaidoiries des parties civiles ont dépeint un Eddy Boerjan sans pitié lundi, juste avant que le parquet n'eut requis 25 ans de prison à son encontre. Le quadragénaire de Blankenberge est accusé d'y avoir assassiné son ex-compagne Petra Vanaerde, 44 ans, de nombreux coups de couteau le 17 septembre 2015. Le ministère public a donc lui aussi estimé que la préméditation était établie.

Me Sarah Leysen, avocate de la mère et des soeurs de Petra Vanaerde, a esquissé devant le tribunal correctionnel de Gand la relation toxique qu'entretenaient la victime et le prévenu, Eddy Boerjan, 48 ans. "Petra a grandi dans une famille chaleureuse à Zwevegem. Mais elle a eu un parcours amoureux chaotique et ne tombait pas forcément sur les hommes qu'il fallait". Après la mort de son père en 2012, Petra Vanaerde sombre dans l'alcool. Sa relation avec l'accusé l'isole un peu plus encore de ses proches et ses repères.

Mais la victime tente de se reprendre et décide de mettre un terme à sa relation destructrice avec Eddy Boerjan. "Il n'a pas pu le supporter et a échaufaudé un plan pour l'éliminer". L'avocate a également rappelé l'agressivité du prévenu envers ses précédentes compagnes. "Le dossier prouve suffisamment son caractère bien trempé".

"Si je ne viens pas, c'est que je l'ai tuée"
L'autre avocat des parties civiles a cherché à démontrer qu'Eddy Boerjan avait prémédité son acte. L'accusé avait par exemple à plusieurs reprises annoncé qu'il ferait du mal à son ex-partenaire. "Il a même prévenu deux collègues que s'il ne se présentait pas au travail prochainement, ce serait certainement parce qu'il serait en prison". Selon Me Jan Leysen, le choix de l'arme du meurtre, un couteau avec une lame de 21 centimètres, prouve également la préméditation. "Il est plus difficile de se faire une entaille avec une telle arme", a lancé le procureur Christophe Bergez en faisant allusion à la prétendue tentative de suicide de l'accusé.

Le couteau avec lequel il a commis les faits avait par ailleurs été caché à cet effet dans la table de salon, à portée de main lorsqu'il serait avec sa victime dans la pièce. C'est là qu'Eddy Boerjan, après avoir invité son ex à passer chez lui "pour discuter et reprendre quelques affaires", l'a poigardée mortellement au cou. "Entre deux coups de couteau, elle l'a encore supplié de la laisser en vie, mais il a persisté et lui a ri au visage". 

Les parties civiles ont également pointé du doigt l'attitude de l'accusé juste après les faits: Eddy Boerjan a en effet dissimulé le vélo de sa victime et a joué l'argent qu'il venait de lui voler. Un comportement qui témoigne selon eux de son absence totale de scrupules. "Quatre jours après le meurtre, il faisait la tournée des bars. C'était un plan monstrueux, préparé très soigneusement". Les avocats excluent la thèse de la provocation évoquée par la défense, qui affirme que Petra Vanaerde a traité l'accusé de "perdant", le poussant à un geste spontané.

"L'envie de blesser est au coeur de la bête"
Me Geert Coucke, avocat de la fille de 19 ans de la victime, détaille le caractère soupe-au-lait de l'accusé. "C'est au coeur de la bête que réside l'envie de blesser ses partenaires, et il n'y a pas de médicament contre ça". Le meurtre est la conséquence de la jalousie de l'auteur, affirment les parties civiles. "Si lui ne pouvait pas l'avoir, alors personne d'autre n'y avait droit non plus".

Eddy Boerjan, pour sa part, affirme avoir été lui-même souvent insulté et moqué par Petra Vanaerde. Me Coucke a donc, pour démonter cet argument du prévenu, lu à l'audience plusieurs SMS qui témoignent du contraire: "A partir de maintenant, c'est la guerre", y lisait-on notamment. Ce genre de menaces n'étaient pas isolées. Durant un incident à l'hôpital, l'accusé aurait menacé de mort le nouveau compagnon de la victime. "Elle ne voulait que vivre en paix et a déposé plainte à la police pour avoir une trace des faits".

Des regrets?
Deux ans et demi après le meurtre, on ne peut toujours pas parler de prise de conscience dans le chef de l'auteur, affirment les avocats des proches de Petra. "Ma vengeance est douce", a notamment écrit Eddy Boerjan dans une lettre adressée à son père. Dans un autre courrier, il écrit également que la mort de son ex est une consolation face à son emprisonnement. "C'est tout simplement un monstre qui est un danger pour toute future partenaire". 

La mère et la fille de la victime demandent des dommages et intérêts à hauteur de 25.000 euros. Les soeurs de la victimes réclament elles chacune 5.000 euros. L'ex-compagnon de Petra demande 3.000 euros.

Par: rédaction 16/04/18 - 12h51