Presque 3h30 de débat présidentiel musclé

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Les cinq candidats conviés au premier débat consacré à la course à l'Elysée diffusé lundi sur TF1 ont reçu 90 secondes chacun pour conclure la soirée. François Fillon, Benoît Hamon , Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron en ont profité pour envoyer un double message, visant à la fois leur base électorale, mais également les Français au sens large.

Désigné par le tirage au sort pour prendre le premier la parole lors de ce tour de conclusion, François Fillon (Les Républicains) a une nouvelle fois avancé le sérieux de son projet, affirmant qu'il est le seul candidat capable de proposer l'alternance. "Entre la révolution des extrêmes ou la conduite par d'autres moyens de la politique de François Hollande, je suis le seul à vous proposer un vrai changement pour le redressement de notre pays", a-t-il déclaré, avant de concéder des "erreurs" et des "défauts". Une allusion évidente aux démêlés judiciaires dans lesquels il est empêtré en raison des soupçons d'emplois fictifs qui pèsent sur son épouse et deux de ses enfants.

"Bienveillance"
Benoît Hamon (Parti Socialiste) a quant à lui appelé les Français à opter pour "un vote utile". Il vise de cette manière les nombreux socialistes qui ont choisi de soutenir Emmanuel Macron ou qui hésitent actuellement à faire ce choix. Refusant un vote par défaut des Français, il leur a demandé de voter pour une "transition écologique", une "nouvelle protection sociale", une "Europe libérée du dogme de l'austérité", et une "République bienveillante".

Tout contre l'Europe
Marine Le Pen (Front national) a profité de ses dernières secondes de parole pour attaquer l'Union européenne, qui fut l'une des grandes absentes du débat. "Mes chers compatriotes, rendez-vous compte que la plupart des promesses faites ce soir ne pourront être mises en oeuvre car l'Union européenne nous cadenasse, nous interdit, nous brime!", a-t-elle lancé pour entamer sa conclusion. Estimant que l'ouverture des frontières est la principale raison des insécurités qui pèsent sur les Français, elle a agité le spectre de la baisse du pouvoir d'achat, des délocalisations et du chômage pour appeler les électeurs à lui laisser opérer les sorties de la zone Schengen et de l'euro avant un référendum sur l'appartenance de la France à l'Union.

Vertu
Parlant d'un monde qui traverse "une saison des tempêtes", Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) a scandé que la France ne peut affronter cette situation "pieds et poings liés par la chaîne de l'argent". "La cupidité doit céder la place à la vertu", a déclaré celui qui se donne également pour défi de "changer l'Europe sans la détruire".

Une chance
Dernier candidat à s'exprimer, Emmanuel Macron (En Marche!) s'est posé en rassembleur, fidèle à son positionnement "ni de gauche, ni de droite". "Je souhaite profondément réconcilier les vues, car notre pays se divise bien souvent sur la peur", a-t-il lancé dans une allusion à peine voilée visant Marine Le Pen. Vantant une nouvelle fois la nature positive de son programme, assurant que "la France doit redevenir une chance".

Macron le meilleur dans l'exercice
Selon une enquête réalisée auprès de 1.157 téléspectateurs âgés de plus de 18 ans pour le compte de BFMTV, Emmanuel Macron a été le candidat le plus convaincant, avec 29% d'avis favorables. Il devance Jean-Luc Mélenchon (20%), François Fillon et Marine Le Pen (tous les deux 19%) et Benoît Hamon (11%).

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Quid de l'immigration?

La question de l'accueil des demandeurs d'asile a suscité de vifs échanges.

Particulièrement offensive sur cette question, Marine Le Pen a appelé à "arrêter l'immigration légale et illégale", plaidant pour un maximum de 10.000 immigrants légaux par an.

Prenant son contre-pied, M. Mélenchon, a refusé de fixer une limite: "On propose des épuisettes qui ont des trous dedans. Vous pouvez inventer des quotas, des tickets. Celui qui passe à travers les mailles du filet, vous le jetez à la mer? Vous le frappez? Ce n'est pas sérieux."

Benoît Hamon a quant à lui fustigé ceux qui agitent le spectre de la peur quand ils évoquent la question de l'immigration, visant implicitement la présidente du Front National. "Je pense que nous devons avoir une démarche qui favorise l'intégration plutôt que le commerce électoral", a-t-il lancé en sa direction.

Emmanuel Macron, seul pro européen assumé parmi les candidats, a appelé à respecter les engagements français au sein de l'Union européenne, rappelant que l'Allemagne et la Suède supportent l'accueil de près de trois quarts des réfugiés sur le continent.

Une position que François Fillon a vertement attaquée, estimant que M. Macron est sur la même ligne que la chancelière allemande Angela Merkel. Il a affirmé que la majorité des demandeurs d'asile sont des migrants économiques. "Il y a une partie de ces hommes et femmes qui fuyaient la guerre en Syrie, mais l'immense majorité de ces hommes et femmes fuient la pauvreté et viennent de toutes les régions du monde", a-t-il prétendu.

Une affirmation qui contrevient aux données d'Eurostat, selon lesquelles plus de la moitié des demandeurs d'asile dans l'Union européenne proviennent de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak.

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Trop policé, selon la presse française

"L'arène de pique" titre Libération qui décrit un débat "policé puis animé" donnant même un peu d'espoir à Laurent Joffrin: "et si, dans cette campagne folle qui déjoue tous les pronostics, les Français retrouvaient finalement leurs marques politiques, en tout cas pour le premier tour?", écrit-il.

Les journalistes des Echos ont eux trouvé le débat "musclé mais sans dérapage" et estiment que "chacun est en réalité resté dans son couloir" ce qui leur fait se demander si "ce long premier débat télévisé, qui n'a donné lieu à aucune surprise ni à aucun faux pas majeur, permettra de faire bouger les lignes?" Le service politique du Figaro semble soulagé que "la campagne démarre" et a également vu en tout cas "au début" cinq candidats "courant chacun dans leur couloir."

"Retour sur le fond"
"Au fil des échanges, les clivages sont apparus. Il y a bien la droite, le centre et la gauche, mais pas seulement", selon les journalistes du quotidien conservateur qui jugent qu'ils ont assisté à "un débat de retour sur le fond, dépoussiéré des affaires, mais parfois trop dense donc un peu confus".

Dans le Courrier picard, Daniel Muraz reconnaît que "malgré son côté artificiel et le choix très contestable de pré-sélectionner cinq candidats parmi onze, le débat de TF1 participe à ce retour au politique". Pour Le Parisien/Aujourd'hui, le débat a été "dense, sérieux, pédago... mais non décisif" et précise que "les candidats ont déroulé leurs programmes, en bons élève". Le quotidien juge qu'"aucun n'a fait la différence".

Indécis en ligne de mire
Dans Le Journal de la Haute-Marne, Patrice Chabanet se demande si "le débat d'hier soir fera bouger le choix des électeurs", mais cet observateur a trouvé "beaucoup de postures dans ce débat où chacun est d'abord apparu tel qu'on le connaît dans la vie publique" et d'y voir "un vaste kaléidoscope électoral."

Enfin, Daniel Muraz (Courrier picard) rappelle qu'il reste aux candidats : "un mois pour convaincre les quelque 40 % toujours indécis." Deux autres débats sont prévus d'ici au 23 avril, l'un sur BFMTV et CNews le 4 avril, l'autre sur France 2 le 20 avril.

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Par: rédaction 21/03/17 - 06h55