Delia a vécu trois ans avec un serial killer: "J'ai compris en découvrant son kit d'assassin"

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Delia Balmer, même si elle refuse de se voir en ces termes, est une rescapée. Durant trois ans, l'Australienne a vécu à Londres avec John Sweeney, son compagnon qui allait se révéler plus tard être un serial killer. Habituée à ses accès de violence à son encontre, elle n'a vraiment compris qui il était que lorsqu'il fut trop tard: "J'ai découvert une toile en plastique, une scie, des cordes, des gants, des outils dissimulés sous le lit. J'ai su que j'étais la prochaine sur la liste".

Dans son livre "Ma vie avec un tueur en série", Delia Balmer, aujourd'hui âgée de 67 ans, confie enfin son histoire. Plus de 23 ans après le jour où elle a failli finir découpée en morceaux, encore pétrie par la douleur quand elle se déplace, elle ose mettre des mots sur ce qu'elle a vécu: "Cela semble être tiré d'un thriller ou d'un film d'horreur, je peine à croire que j'ai vraiment vu cela".

Un globe-trotter attirant
Et si elle ne voit absolument pas en quoi elle a de la "chance" d'avoir survécu, Delia Balmer est en tout cas l'une des rares femmes à avoir croisé la route de John Sweeney et pouvoir le raconter aujourd'hui. Pire peut-être, avec le recul, car elle est la seule à avoir partagé la vie du psychopathe durant trois ans, au Royaume-Uni.

Elle raconte leur rencontre, qui remonte à 1991. L'attirance voire le coup de foudre dans un pub de Camden pour cet homme de Skelmersdale (près de Liverpool), un travailleur du secteur de la construction en Allemagne et qui partage sa passion pour les voyages. Delia a la quarantaine, et l'Australienne d'origine férue de voyages a vécu en Israël et aux Etats-Unis avant d'habiter Londres. Elle fond immédiatement pour ce globe-trotter qui l'intrigue.

Une semaine de viols et tortures
Leur relation durera trois ans mais il en faudra beaucoup moins pour que les premiers accrocs surgissent. Sweeney se révèle abusif et se met rapidement à manipuler sa compagne émotionnellement et psychiquement. D'abord les appels incessants et un comportement de plus en plus directif avec elle avant de l'étouffer, la menacer de mort et puis enfin la violer.

Les abus et les gestes violents s'aggravent progressivement et l'escalade de violence dégénère un jour de 1994, quand Sweeney la séquestre dans sa propre maison durant toute une semaine. Il l'attache au lit et la violera inlassablement au fil des jours. Il la bat, la torture, la menace avec un couteau de cuisine de lui trancher la langue et la gorge si elle continue de crier. Il pointe même un pistolet sur sa tempe.

Jalousie le couteau sous la gorge
Le troisième jour, il présente à Delia une photo oubliée qu'elle a gardé d'une soirée avec une amie, bien longtemps avant leur rencontre, et il lui reproche que deux hommes qu'elle ne connaît pas figurent sur le cliché. Il avait vraisemblablement épluché tous les souvenirs de sa victime et ne supportait pas qu'elle ait eu une vie avant lui. "Il m'a montré une boîte de tabac qu'un ancien petit ami m'avait donné, avec nos noms gravés dessus, tout en me questionnant sur le sujet en faisant balancer ses armes au-dessus de ma tête. 'Elle a dû rester depuis notre rupture dans une boîte en plastique, et lui je ne l'ai jamais revu', lui ai-je dit, et il a semblé satisfait, Mais pour combien de temps, ai-je pensé?"

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"Tu dois te demander ce qui est arrivé à mon ex, Melissa"
Soudain, le psychopathe s'agenouille près d'elle et, "avec un regard de diable", est d'humeur aux confidences. Il lui crache: "Tu dois te demander ce qui est arrivé à ma fiancée américaine, Melissa". Il fait onduler son arme et son couteau au-dessus d'elle. "Mes yeux ne les quittaient pas, ils suivaient leurs mouvements, je me demandais uniquement ce qu'il allait en faire, ce qui allait se passer ensuite. Je me disais, Ce n'est pas possible, il doit y avoir une caméra cachée, c'est pour un film. Mais rien, je suis juste la captive et l'auditoire déprécié de John qui fait son show. Pourquoi me retrouve-je ici, ligotée sur un lit, pourquoi ressent-il soudain le besoin de me parler du sort de son ex morte?". Melissa Halstead, mannequin de 33 ans, avait été retrouvée morte aux Pays-Bas en 1990...

"Je les ai tous découpés"
Le récit de l'horreur vient ensuite: "C'était comme si dans sa folie, il ne parvenait plus à dissimuler ses souvenirs qui remontaient à la surface. Il m'a dit, délirant: 'Nous étions dans notre chambre à Amsterdam. Melissa était là et il y avait deux Allemands. Silence. Je les ai tous tués. Tous les trois. Je suis resté trois jours avec les corps à l'hôtel, je ne savais pas quoi en faire, je ne voulais pas que la police me trouve. Le troisième jour, dit-il en mimant les gestes avec ses couteaux, je les ai découpés, mis dans des sacs et jetés dans le canal".

Relâché sous caution: "J'ai su qu'il allait revenir pour moi"
Etrangement, Sweeney ne tue pas Delia Balmer immédiatement ce jour-là mais quitte son domicile pour un certain job en Allemagne. La victime porte plainte à la police en apportant des preuves des dommages causés par l'homme, notamment des radiographies dentaires. Il est arrêté et placé en détention dans le nord de Londres mais rapidement, il est relâché sous conditions. A cet instant, Delia Balmer a une prémonition: elle pressent son propre meurtre. Elle sait qu'il reviendra la punir. "Au moment où j'ai su qu'il était dehors, j'ai su qu'il reviendrait pour moi. Qu'il allait me réduire en charpille. Comme il l'avait fait avec Melissa".

Une grande toile de plastique, des gants, de l'adhésif, des outils
L'infirmière avait un peu plus tôt compris, en découvrant un arsenal de meurtrier caché sous le lit, que tous ses soupçons étaient vrais, de quoi de plus ce sadique était capable et qu'il allait la tuer pour de bon. "Il y avait un sac lui appartenant avec à l'intérieur du ruban adhésif, des gants de plusieurs sortes dont des gants chirurgicaux, une grande toile en plastique, de la corde, une scie, des couteaux. C'était un kit pour découper un corps qui m'était destiné". Et en effet, quelques jours avant Noël et seulement quelques heures après sa sortie de prison, il attaqua son ex-compagne avec une hache en bois à la tête, lui fracassant les deux bras au passage avant de lui planter un couteau rouillé dans la poitrine, passant à travers son poumon, puis dans les cuisses. Il la mutila, lui coupa un doigt. Elle se souvient aujourd'hui encore de chaque détail. "Sur le pas de la porte, lorsque j'ai vu mon doigt voler dans les airs, je me suis dit 'Voilà, c'est fini je ne veux plus vivre désormais. Je ne veux plus vivre cette haine et cette douleur'". Après son acte ignoble, Sweeney la laisse pour morte et s'enfuit.

"Il voulait que mon agonie soit longue, il a réussi, je suis vivante"
Lorsqu'elle se réveille aux soins intensifs, Delia Balmer est dévastée. D'avoir survécu. "Oh non, je suis vivante. Et quoi, maintenant?". Aujourd'hui encore, son corps la fait souffrir le martyre. "Il a voulu que je meure dans d'atroces et longues souffrance et c'est exactement ce qui se passe. Je vais mourir après une interminable souffrance physique et mentale".

"Pourquoi aurais-je peur, je suis déjà morte"
Incompréhensible vu de l'extérieur, durant les six ans de cavale du tueur en série qui ont suivi son assaut final sur elle, Delia Balmer n'a plus eu peur. "Les gens me disaient tout le temps: A ta place, je ne serais plus tranquile, je serais constamment en train de regardant si on me suit. Mais les gens ne comprennent pas. Pourquoi regarderais-je encore par-dessus mon épaule? Je n'ai plus peur de mourir, en ce qui me concerne, je suis déjà morte". Elle montre son corps mutilé, en souffrance, qu'elle déplace en agonisant tant elle ressent encore la douleur de ses blessures au thorax, tandis qu'elle cache le doigt qu'il lui a coupé à la hache: "Ce corps, ce n'est pas moi. C'est quelqu'un d'autre. John Sweeney a tué Delia Balmer sur ces marches en béton". Tant d'années après l'horreur, elle n'a jamais retrouvé le goût de vivre.

Melissa Halstead © dr.

Les 300 "oeuvres" abjectes d'un tueur en série peintre à ses heures
Le psychopathe ne s'est pas arrêté là. Il a sévi un nouvelle fois durant sa fuite, assassinant une autre femme, Paula Fields, 31 ans et trois enfants. Six ans de cavale plus tard, la police a pu l'intercepter. Lors d'une perquistion, ont été découverts au domicile de Sweeney 300 de ses peintures, chaque "oeuvre" représentant des meurtres de femmes assassinées à la hache lors de scènes pornographiques. Sur toutes, des titres comme "Le chasseur de scalp" ou "Romantique week-end à deux en Autriche". Illustrations de ses crimes ou fantasmes? Sans doute les deux. Ces images de mutilation ont en tout cas aidé à confondre un peu plus le tueur en série qui a écopé en 2002 de quatre peines de prison à vie pour tentative de meurtre sur Delia Balmer, pour l'assassinat de Melissa Halstead (mais la condamnation n'a eu lieu qu'en 2011) et probablement des deux Allemands en Hollande, et pour celui de Paula Fields.

Trois autres ex-petites amies disparues
Mais le serial killer a probablement un curriculum vitae macabre bien plus long encore, car la police n'a jamais retrouvé la trace de trois de ses anciennes compagnes malgré d'intenses recherches. Sans doute ont-elles elles aussi péri dans des circonstances similaires. Aux yeux de Delia Balmer en tout cas, qu'il soit en prison ou pas, c'est elle qui a écopé de la perpétuité en continuant à vivre dans ce corps mutilé. "La douleur quotidienne me rappelle que je ne guérirai jamais de ce que John Sweeney m'a fait. Et avec le recul, j'ai toujours autant de mal à y croire, ce n'était pas un film, j'ai réellement vécu trois ans avec serial killer".

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Paula Fields © DR.

Par: rédaction 12/10/17 - 17h27