Un neurologue explique: "Le traumatisme des attentats s'estompera"

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Le 13 novembre 2015, à l'image du 11 septembre 2001, s'estompera progressivement de nos mémoires malgré l'énorme traumatisme qu'il a causé. Voilà l'avis de Francis Eustache, le neurologue en charge d'une étude sur les conséquences de la soirée macabre à Paris.

Deux ans et un jour après les tueries des terrasses et du Bataclan à Paris, où en sont les victimes? Qu'adviendra-t-il de ce souvenir encore vivace dans la mémoire de ceux qui ont vécu l'horreur au plus près?

Evénement matriciel
Si l'on se souvient quasiment tous de ce que l'on faisait au moment des attentats du 13 novembre, comme on se souvient de l'endroit où l'on se trouvait lorsque les tours du World Trade Center ont été percutées par des avions, le neurologue chargé avec un historien de l'étude "Remember" - qui consigne les comportements et l'état des victimes et témoins des attentats de Paris du jour J à aujourd'hui - estime que cet événement-charnière s'estompera néanmoins des mémoires comme tout autre souvenir.

Avec les commérations d'usage hier, les témoignages poignants se sont à nouveau multipliés. D'aucuns expliquent qu'ils commencent seulement à surmonter le traumatisme et à être capables de repasser dans la rue où ils ont vu et vécu le pire.

"Le 13 novembre est manifestement un événement matriciel de tout ce qui se passe autour des attentats depuis plusieurs années: pour les participants à l'étude, le 13 novembre est une malheureuse tête de peloton des événements majeurs en matière de terrorisme", constatent les chercheurs qui analysent 216 volontaires dont 122 personnes directement exposées aux attentats.

"Un souvenir qui n'en est pas un"
Francis Eustache explique au Huffington Post le processus de mémoire initié par le cerveau dans de tels cas: "Les personnes qui ont été au plus près de ces événements en ont créé un souvenir traumatique. Un souvenir traumatique est un souvenir qui n'en est pas un, c'est un souvenir formé de bribes d'éléments mais qui ne sont pas construits les uns par rapport aux autres, qui ne sont pas contextualisés. Les personnes vont alors conserver des images - qui peuvent en réalité être des bruits, des odeurs - qui vont s'imposer à elles et c'est pour cela qu'on parle de blessés psychiques car les personnes sont blessées par ces images qui leur reviennent en permanence". Le sujet est en position d'angoisse car il est confronté à l'intrusion récurrente et involontaire de ses souvenirs.

"L'amalgame et la modification du souvenir sont normaux"
Ces images et ce traumatisme sont-ils alors ancrés pour toujours dans les esprits? "On ne peut pas oublier une telle soirée, chaque détail, on se souvient. Par contre, la douleur n'est plus là comme elle l'était encore il y a un an", confie une rescapée. Le spécialiste confirme: "On se souvient du contexte du souvenir, où on était etc, par contre le contenu du souvenir il va évoluer comme celui de tout autre souvenir. Et le devenir d'un souvenir c'est de se modifier au fil du temps. Cela ne veut pas dire que cela devient forcément un faux souvenir mais le devenir des souvenirs c'est de s'amenuiser, de devenir moins précis, c'est de s'amalgamer avec d'autres souvenirs et c'est normal".

Distorsion
Les victimes oublieront-elles? "Alors bien sûr c'est une situation encore plus exceptionnelle pour la victime qui se trouve confrontée directement mais c'est aussi un souvenir exceptionnel pour la personne qui était à distance. Mais dans les deux cas, on assiste à la même distorsion de la mémoire. C'est des souvenirs particuliers dans les deux cas", résume celui qui suivra ces "témoins" directs (blessés, témoins et rescapés) et indirects (proches, personnel soignant, forces de l'ordre) jusqu'en 2021.

Surmonter
L'objectif de l'étude est double: voir l'évolution des symptômes du Trouble du Stress Post-Traumatique et voir pourquoi certains sujets surmonteront mieux ou plus rapidement ledit traumatisme. De quoi tirer des enseignements utiles pour l'encadrement des victimes et leur accompagnement psychologique.

Annabel Claix. 14/11/17 - 10h15