Ouverture en Espagne d'un procès controversé pour "terrorisme"

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Le procès pour "terrorisme" de huit personnes accusées d'avoir passé à tabac deux gardes civils dans le nord de l'Espagne a démarré lundi sur fond de virulentes critiques de la part d'Amnesty International, qui estime ce chef d'accusation "inapproprié".

Le parquet a requis un total de 375 ans de prison pour sept hommes et une femme âgés de 21 à 31 ans, inculpés pour avoir infligé "des blessures de nature terroriste" et proféré des "menaces terroristes". L'accusation décrit une atmosphère de "harcèlement et de pression" constantes contre les forces de la police dans la région de Navarre, voisine du Pays Basque et revendiquée de longue date par les séparatistes basques, notamment l'organisation armée ETA.

Mais la défense assure que l'incident, survenu en octobre 2016 dans la ville d'Alsasua, était une simple bagarre de bar. De nombreuses critiques ont émergé récemment en Espagne sur une utilisation disproportionnée des lois anti-terroristes.

Le 10 avril, une indépendantiste catalane a ainsi été arrêtée dans le cadre d'une enquête pour "terrorisme" après avoir participé à des blocages de routes. Le juge a finalement renoncé à ce chef d'accusation, n'inculpant la militante que pour "troubles à l'ordre public".

Les deux gardes civils disant avoir été agressés en 2016 en Navarre n'étaient pas en service et se trouvaient dans un bar avec leurs petites amies, lorsqu'ils auraient été pris à parti par des jeunes du coin. L'un des deux hommes avait été hospitalisé avec une cheville cassée.

Dans son arrêt de renvoi, le juge de l'Audience nationale, tribunal chargé notamment des questions de terrorisme, estimait qu'au moins deux des accusés faisait partie d'un groupe cherchant à repousser les forces de l'ordre hors de la ville. Ce type de mouvements était activement encouragé par l'ETA au pire des années de violence.

La sévérité des chefs d'accusation est due "au contexte dans lequel s'est produit l'agression", a affirmé à la radio espagnole Ruben Mugica, l'avocat de l'association de victimes d'ETA Covite, qui a porté l'affaire en justice. Selon lui, l'atmosphère de "harcèlement permanent" qui prévalait pendant la grande période d'activité de l'ETA existe toujours par endroits.

Les accusés nient toutefois avoir agi de manière concertée, certains affirmant même ne pas avoir agressé les gardes civils. "Même si avoir blessé des gens justifie une enquête criminelle, les accusations de terrorisme sont totalement inappropriées et doivent être abandonnées", estime Amnesty International dans un communiqué.

"Cette affaire est emblématique des dangers tapis dans une législation vague et trop large, pouvant être utilisée pour criminaliser un comportement très éloigné de toute menace terroriste", ajoute Amnesty.

Par: rédaction 16/04/18 - 17h57