L'écriture inclusive, qu'est-ce que c'est?

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Longtemps confinée à un débat d'experts, l'écriture inclusive s'érige comme un véritable débat de société en France depuis la dernière rentrée scolaire. Destinée à rétablir l'égalité entre les hommes et les femmes, elle divise l'opinion publique. En quoi consiste-t-elle? Pourquoi le sujet prend-il une telle ampleur en ce moment? Quels sont les arguments avancés par les partisans et détracteurs? On fait le point.

C'est quoi?

L'écriture inclusive vise à faire disparaitre les stéréotypes sexistes véhiculés par la langue française en proposant une orthographe plus égalitaire. Au singulier, il convient d'accorder les fonctions, métiers ou grades en fonction du genre (un auteure, une pompière...) Au pluriel, le masculin ne l'emporte plus sur le féminin. La parité est respectée grâce à l'emploi du point médian.  Par exemple, ce sont les "électeur·rice·s" qui se rendent aux urnes.  Dernier principe fondateur de l'écriture inclusive, éviter l'emploi d' "hommes" ou "femmes" au profit de termes plus fédérateurs comme "les droits humains" au lieu des "droits de l'homme".

Pourquoi on en parle maintenant ?

Le débat sur l'écriture inclusive n'est pas neuf. Les "spécialistes" de la langue française échangent sur le sujet depuis un certain temps. C'est la publication en septembre dernier d'un manuel scolaire utilisant cette graphie particulière qui a d'une certaine façon "démocratisé" la question en France. L'éditeur Hatier s'est ensuite félicité publiquement de cette initiative: "Très fier.ère.s d'avoir publié le premier manuel scolaire en écriture inclusive".

"Difficultés multipliées"

Les partisans de l'écriture inclusive considèrent qu'une communication moins sexiste, où le masculin ne l'emporte plus sur le féminin, contribuerait en partie à modifier les représentations que l'on peut se faire actuellement de quelques métiers ou fonctions et pourrait même féminiser certaines professions.

Un argument balayé par Michèle Lenoble-Pinçon, professeur émérite à l'Université Saint-Louis de Bruxelles. "Ce n'est pas ce schéma qui va aider les femmes, au contraire. Le fait d'attirer l'attention sur une telle question risque de les discréditer. Les femmes sont belles et fortes pour plein d'autres raisons, elles n'ont pas besoin de cela. Je pense que c'est un phénomène de mode avancé par des féministes. Je respecte les femmes et défends la langue française."

En plus de potentiellement desservir la cause des femmes, l'écriture inclusive  tend aussi à croitre les difficultés d'apprentissage, selon Michèle Lenoble-Pinçon. "L'écriture inclusive ne ferait que multiplier les difficultés rencontrées alors que de nombreux d'enfants éprouvent déjà des difficultés lorsqu'ils apprennent à lire. La langue française est faite pour être lue et parlée, l'écriture inclusive ne permet pas cela. La langue est amputée, estropiée", estime la linguiste. "On ajoute aussi un problème informatique avec l'instauration du point médian. Je n'ose pas imaginer qu'elle s'érige un jour comme la norme."

"La langue française en péril mortel"

Elle ne pouvait rester silencieuse face à l'ampleur du débat, l'Académie française a publiquement exprimé ses craintes le 26 octobre dernier par le biais d'un communiqué publié sur son site officiel.

"Prenant acte de la diffusion d'une 'écriture inclusive' qui prétend s'imposer comme norme, l'Académie française élève à l'unanimité une solennelle mise en garde. La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu'elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l'illisibilité (...) Plus que toute autre institution, l'Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu'elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c'est moins en gardienne de la norme qu'en garante de l'avenir qu'elle lance un cri d'alarme : devant cette aberration 'inclusive', la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd'hui comptable devant les générations futures.

Et vous, partisan·e ou détracteur·rice de l'écriture inclusive?

Anthony Marcou 6/11/17 - 12h48