Anne Ruwet: "Bölöni a testé mes connaissances sur le foot"

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"Bölöni a testé mes connaissances sur le foot." Quand on demande à Anne Ruwet si elle a souvent dû prouver sa légitimité dans ce milieu hégémonique qu'est le football, voilà l'unique  anecdote qui lui vient à l'esprit. L'occasion de souligner la personnalité "touchante" du coach roumain qui a marqué son aventure à Standard TV. Après Sclessin, AB3 et les bords terrain, elle atterrit à l'avenue Georgin (l'antre de RTL) grâce à Stéphane Pauwels, son "parrain". Avant d'assurer la présentation d'une nouvelle soirée Europa League jeudi soir sur Club RTL, la journaliste de 33 ans évoque son statut de femme dans un bastion masculin et quelques-unes des belles rencontres qui ont jalonné sa jeune carrière. Entretien.

Passion et chance. Les deux mots les plus prononcés (et de loin) par Anne Ruwet lorsque le sujet de conversation tourne autour du ballon rond. "Le foot m'occupe tous les jours. Je ne déconnecte jamais. Même en vacances, j'emporte toujours des magazines spécialisés dans mes bagages." Le programme du week-end après une semaine de travail? Du foot et encore du foot. "Je regarde trois ou quatre matches de Jupiler Pro League par week-end. Ce qui m'intéresse particulièrement ce sont les analyses d'avant et après-match. Mon compagnon a le mauvais réflexe de zapper directement après le coup de sifflet final et cela m'énerve. Je suis assez fan de l'équipe de Proximus TV et c'est un vrai plaisir de les écouter débriefer une rencontre."

"C'était ça ou tout autre chose. Je n'ai jamais envisagé de traiter l'information générale." © RTL.

"Dans le foot, une femme n'a pas le droit à l'erreur"

Né à l'adolescence, cet amour du foot l'a logiquement conduite vers le journalisme sportif. "C'était ça ou tout autre chose. Je n'ai jamais envisagé de traiter l'information générale." Un choix encore opéré par peu de femmes. En Belgique, 60 journalistes sportives sont répertoriées par l'Agence des Journalistes Professionnels. Une spécialisation exercée par 842 journalistes au total. La présence des femmes s'avère donc assez marginale avec une représentation avoisinant les 7%.

"Dans le foot, une femme n'a pas droit à l'erreur et c'est pour cette raison que nous sommes si peu nombreuses. La journaliste sportive ne doit pas exiger la parité, vouloir se rendre dans les vestiaires et taper dans la main des joueurs", estime la Bruxelloise. "Je ne veux pas faire semblant de savoir ce que c'est de taper dans un ballon car je n'ai jamais joué au foot. Je ne vais jamais me comparer à quelqu'un qui a l'expérience du vestiaire. Il faut rester à sa place pour se faire accepter."

 
"Je ne veux pas faire semblant de savoir ce que c'est de taper dans un ballon car je n'ai jamais joué au foot."
Anne Ruwet

"De nombreuses discussions avec Laurent Ciman"

Une stratégie d'adaptation qui a fonctionné d'emblée, notamment à Standard TV où elle a débarqué après une première expérience comme pigiste à la RTBF. "Une très chouette aventure. Le bureau des journalistes était situé juste en face de la salle de musculation et certains joueurs venaient régulièrement bavarder avec nous. Laurent Ciman est quelqu'un avec qui on peut avoir des discussions très intéressantes. De par sa situation familiale, on a beaucoup échangé." Deux autres joueurs émergent rapidement à l'heure d'évoquer les souvenirs. "Julien De Sart et Sébastien Pocognoli étaient les deux seuls joueurs que je voyais lire dans le car. Cela m'a vraiment marquée à l'époque. "

"La journaliste sportive ne doit pas exiger la parité, vouloir se rendre dans les vestiaires et taper dans la main des joueurs", estime la journaliste de 33 ans. © RTL.

"Bölöni ne voulait pas fêter le titre sans sa femme"

A Sclessin et en l'espace de sept ans, Anne Ruwet a cotoyé huit entraîneurs. (Bölöni, D'Onofrio, Riga, Jans, Rednic, Luzon, Vukomanovic et Muslin). Les deux coaches roumains semblent occuper une place à part, surtout l'actuel T1 de l'Antwerp. Le nom de Bölöni s'avère être celui le plus cité.

"Il m'a posé beaucoup de questions sur le foot lors de notre rencontre. Je me suis dit que j'étais soumise à un test. Et visiblement je l'ai réussi car notre collaboration s'est très bien passée. J'en garde d'excellents souvenirs. C'est quelqu'un de vraiment touchant, de très franc. Mais ce n'était pas 'l'entraîneur-pote' qui allait taper dans le dos de ses joueurs. Il dégage un vrai charisme et l'ensemble du groupe lui vouait un profond respect", s'enthousiasme-t-elle avant de révéler que l'ancien sélectionneur de la Roumanie a failli ne pas participer à la parade organisée après le titre de champion empoché en 2009.

"Un char avait été prévu pour déambuler dans le centre-ville de Liège et célébrer le titre champion avec les supporters. Bölöni a refusé de participer car les femmes n'étaient pas conviées et qu'il était hors de question qu'il monte sur le char si son épouse n'était pas présente. Finalement, l'organisateur lui a fait une fleur et a accepté."

"Rednic, c'était le sourire assuré ", poursuit Anne Ruwet. "Guy Luzon, c'était très particulier. Il gesticulait et criait beaucoup au bord du terrain et se montrait très calme et très proche de ses joueurs au quotidien. J'ai aussi eu la chance de connaître la formidable époque du duo D'Onofrio-Conceiçao, l'eau et le feu.  Guy Namurois figurait aussi dans le staff et on parlait wallon dans le vestiaire, c'était vraiment sympa."

 
"Bölöni n'est pas 'l'entraîneur-pote" qui va taper dans le dos de ses joueurs."
Anne Ruwet
En l'espace de sept ans, Anne Ruwet a cotoyé sept entraîneurs au Standard. © photo news.
Anne Ruwet accompagnée de son "parrain" Stéphane Pauwels et de l'équipe foot de RTL. © RTL.

"Stéphane Pauwels, c'est mon parrain"

Sur Standard TV puis sur AB3, elle tape dans l'œil de Stéphane Pauwels qui décide de l'attirer à RTL. "Il cherchait une femme pour les plateaux foot et on a directement ressenti un bon feeling. C'est mon parrain professionnel, quelqu'un de vrai. Il est à l'écran comme il est dans la vie. Les coups de gueule qu'il tient à l'antenne, il peut nous les avoir dits trente minutes avant au salon maquillage et exactement de la même manière. Il ne surjoue jamais. Il ne cherche pas la réaction et vit bien avec les critiques. Elles ne vont pas le faire arrêter, bien au contraire."

"Thibaut est beaucoup plus visible que moi"

A l'Avenue Georgin, Anne Ruwet n'a pas seulement trouvé un parrain et un défi professionnel enrichissant, elle a aussi rencontré l'amour. Depuis fin 2016, elle partage la vie de Thibaut Roland, ancien chroniqueur de "De quoi je me mêle". Transféré à la RTBF cet été, il occupe désormais une place autour de la table d'"On n'est pas des pigeons". Et qui dit idylle entre personnalités publiques dit médiatisation. Une exposition qui demeure mesurée. "On a mis les choses au clair dès le début avec la presse pour éviter de subir certaines fuites susceptibles de nous ennuyer. Ni lui ni moi sommes demandeurs d'avoir nos têtes dans les médias tout le temps. La notoriété, ce n'est pas quelque chose qui me plaît particulièrement, je ne la recherche pas. Je ne fais pas ce métier pour être reconnue."

Elle confie que son compagnon est davantage sujet aux clins d'oeil lors de leurs sorties. "Thibaut est beaucoup plus visible que moi. Il a des émissions quotidiennes, alors que moi je travaille dans un milieu quand même particulier. Il faut vraiment que la personne aime le foot pour avoir le réflexe de dire 'C'est la Madame foot de RTL'."

Anne Ruwet et son compagnoan Thibaut Roland. © Twitter @Anne Ruwet.
 
"On a mis les choses au clair dès le début avec la presse pour éviter de subir certaines fuites susceptibles de nous ennuyer."
Anne Ruwet

"Les Diables ne peuvent plus décevoir"

Une visibilité et une  présence à l'antenne qui pourraient prendre encore un peu plus d'ampleur dès septembre 2018. RTL a acquis les droits  de la nouvelle Ligue des Nations et diffusera les matches des Diables Rouges. "Nous n'avons pas encore discuté du dispositif qui sera mis en place. Je  ne vais en tout cas pas taper à la porte de mes responsables. Ce n'est pas mon style. On verra bien si on fait appel à moi."
 
En attendant Anne Ruwet sera la première supportrice des Diables en Russie. "C'est le moment ou jamais. Cela fait trop longtemps que l'on éprouve un sentiment de trop peu avec cette équipe fantastique. Nous disposons de joueurs exceptionnels. Mais certains n'arrivent pas à reproduire en équipe nationale, le niveau qu'ils affichent en club. Je pense particulièrement à Kevin De Bruyne. Je pense que c'est dans un grand tournoi comme celui-là que le déclic peut se produire. Cette fois-ci, il ne faut plus qu'ils nous déçoivent comme cela a été le cas à l'Euro 2016."

Anne Ruwet ne sait pas encore si elle fera partie du dispositif mis en place sur RTL pour la future Ligue des Nations. © Twitter @Anne Ruwet.
© Twitter @Anne Ruwet.

Anthony Marcou 1/11/17 - 09h00