Quand le sport rencontre l'Histoire

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Le marathon classique d'Athènes est l'ancêtre des courses d'endurance, et figure au palmarès de tout coureur qui se respecte, mais pour les amateurs d'Antiquité, d'autres courses grecques ont un pedigree historique plus solide encore.

Le marathon, dont les 42,195 kilomètres sont devenus synonyme de calvaire, a été inventé à la fin du 19ème siècle. Le premier marathon, qui ne parcourait alors que 40 km, a été créé à l'occasion des Jeux Olympiques d'Athènes de 1896, en hommage aux jeux grecs antiques. C'est dans une lettre de 1894, que le père français de la sémantique Michel Bréal recommande au baron Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux modernes: "Puisque vous allez à Athènes, voyez donc si l'on ne peut organiser une course de Marathon (à Athènes). Cela aura une saveur antique".

Bréal connaissait la légende de Phidippidès, envoyé à Athènes après la bataille de Marathon (nord-est d'Athènes) en 490 avant JC, pour annoncer que les Athéniens avaient repoussé une tentative d'invasion perse. Mais on ne sait pas grand-chose de plus sur cette légende. Décrivant la bataille plusieurs dizaines d'années après, sur la foi de témoignages directs, l'historien Hérodote ne fait aucune référence à Phidippidès. D'autres auteurs ont relaté l'anecdote, mais avec un coureur nommé parfois Philippidès, parfois Euclès ou Thersippus.

240 kilomètres en 36 heures
Hérodote crédite, lui, Phidippidès d'un exploit plus incroyable encore. Selon lui, Athènes souhaitait l'aide des fameux guerriers de Sparte, distante de 240 kilomètres, pour l'aider à vaincre les Perses. Le messager Phidippidès aurait "atteint Sparte le lendemain-même", écrit Hérodote, avant de rentrer bredouille - les Spartiates étaient indisponibles - toujours courant.

Quelque 2500 ans plus tard, en 1983, un commandant de la RAF britannique, John Foden, a voulu vérifier si un être humain pouvait vraiment parcourir une telle distance en 36 heures. Le Spartatlhon était né. Une course terrible: 246 km, 1.200 mètres de dénivelé, en partie en montagne, et de nuit. Foden, qui réussit à venir à bout de l'exploit, avait prévenu les coureurs: "Je ne vous souhaite pas bonne chance parce que si vous vous êtes entraînés convenablement vous n'en avez pas besoin. Sinon, la chance ne vous sera d'aucune utilité".

Tous les participants en témoignent, on n'est plus le même après un Spartatlhon. "Je n'ai jamais vu de ma vie un groupe de gens qui ne se connaissaient pas être si étroitement unis", a remarqué le Britannique Paul Beechey, arrivé 27 ème (sur 265, pour 369 au départ) cette année. Les temps de course sont allés de 22 à 36 heures environ. "C'est très exigeant", confirme à l'AFP Jo Manta, qui détient le record féminin grec en 30h57mn50s, "car l'asphalte dur, les pentes variables, et les chocs monotones sur tout le corps poussent la difficulté à un niveau extrême".

Un morceau d'histoire antique à Nemée
Mais pour ce qui est de prendre un vrai bain d'Histoire, rien n'égale les Jeux néméens. Némée (nord du Péloponnèse) accueillait dans l'Antiquité l'une des quatre compétitions panhelléniques, avec Olympie, Delphes et Corinthe. Tous les quatre ans désormais, ces Jeux revivent sur le stade-même où ils se sont déroulés jusqu'à 320 avant JC. La ligne de départ, ou "balbis", "était certainement déjà en place en 320", affirme Stephen G. Miller, l'archéologue de Berkeley qui a mis au jour ces vestiges en 1973 et supervise les nouveaux Jeux depuis 1994.

Leur principe est "la découverte de la Grèce antique, l'éducation par celle-ci, et l'émulation qu'elle entraîne", observe M. Miller auprès de l'AFP.

Pour la course de 90 mètres, à laquelle toute personne âgée de plus de cinq ans peut participer, les coureurs portent ainsi des tuniques blanches et sont pieds-nus. Des volontaires "esclaves" les aident dans les anciens vestiaires, tandis que des "juges" en robes noires brandissent une cravache pour faire respecter le réglement, comme dans l'Antiquité. Les coureurs s'élancent depuis un hysplex, porte de départ en bois que Stephen Miller a mis 25 ans à reconstituer, "y laissant presque tous (ses) cheveux", sourit-il. Dans chaque catégorie, le vainqueur reçoit une couronne de céleri sauvage.

Comme c'est dans les environs qu'Hercule aurait tué le lion de Némée, premier de ses douze travaux, les Jeux néméens comprennent aussi une course de 7,5 km, du temple d'Hercule à Cléones au stade de Némée. Cette fois, chaussés.

Par: rédaction 4/11/17 - 14h56