Le problème des beaux-pères qu'on ignorait jusqu'ici

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Une étude américaine publiée récemment dans la revue Social Work révèle que le fait d'endosser plusieurs rôles parentaux menace le bien-être psychologique des hommes comme des femmes.

Elever des enfants est une expérience incontestablement gratifiante mais, il faut le reconnaître, également stressante. Lorsque la structure familiale évolue (divorce, remariage, cohabitation, etc.), la situation se complexifie. Dans certains cas, les individus endossent alors subitement plusieurs rôles: parents et beaux-parents. Des chercheurs américains, Kevin Shafer et Garrett T. Pace, ont suivi plus de 6000 hommes et femmes et ont analysé la façon dont ceux-ci vivent leur parentalité au quotidien.

Leur étude, parue dans la revue Social Work, démontre que le risque de dépression augmente chez les deux sexes à partir du moment où ils doivent gérer plusieurs rôles parentaux. "Quand on parle de parentalité et de dépression, la première chose à laquelle pensent les gens c'est le baby blues des femmes. Mais les mères et les pères souffrent tous les deux de stress et certains rôles parentaux peuvent être vraiment très stressants", explique Kevin Shafer.

Le beau-père a du mal à faire face
L'étude pointe également des différences en fonction du sexe. Les femmes d'un certain âge sans enfants souffriraient plus de symptômes dépressifs que les hommes par exemple. Deux explications à ce constat: certaines d'entre elles subissent de la pression pour tomber enceinte, d'autres réalisent que, vu leur âge, elles ne deviendront peut-être jamais mères. En revanche, les hommes se sentent plus déprimés que les femmes lorsqu'ils endossent ces trois rôles différents: beau-père, père d'un nouvel enfant et père d'un enfant biologique qui ne vit pas à la maison.

"Est-ce que le père doit passer plus de temps avec son enfant biologique malgré le fait qu'ils n'habitent pas ensemble? Ou est-ce que son attention se porte davantage vers les beaux-enfants? Et est-ce que les enfants biologiques et les beaux-enfants ne se sentent pas mis de côté avec l'arrivée d'un nouveau-né? On ne répond pas facilement à ces questions et pourtant les parents y sont souvent confrontés", notent les chercheurs.

Kevin Shafer et Garrett T. Pace prouvent ainsi que la dépression parentale n'est pas l'apanage des femmes et que les beaux-pères en particulier y sont sensibles. Ceux-ci éprouveraient parfois de la culpabilité et seraient moins enclins à demander de l'aide professionnelle lorsqu'ils en ont besoin. A l'heure où les familles recomposées deviennent la norme, les chercheurs espèrent que les résultats de l'étude seront pris en compte par les travailleurs sociaux et autres professionnels de la santé mentale.

Laurence Donis 10/03/15 - 14h30