Violée par un "sugar daddy", elle met les jeunes femmes en garde

© Dennis Hof¿s Moonlite Bunny Ranch.

Alex Page n'est pas une sainte nitouche. Prostituée de profession, elle aime son métier et en parle avec facilité sur son blog. La jeune femme qui a à la fois travaillé comme "webcam girl" et dans un bordel légal aux Etats-Unis a un avis tranché sur le sugar dating tel que vendu chez nous par Rich Meets Beautiful, le site de rencontres particulier qui a provoqué une levée de boucliers en Belgique. Selon elle, le sugar dating est de la prostitution pure et simple.

Pas de jugement de valeur dans le chef d'Alex Page quand elle qualifie les sugar babies de prostituées, et pour cause: elle est elle-même professionnelle du sexe depuis 2010 au Bunny Ranch, un bordel légal du Nevada où les rapports sexuels sont encadrés et où la santé des parties est cruciale. "J'étais plutôt nouvelle dans le secteur lorsque j'ai rejoint le bordel de Madam Suzette. J'avais travaillé durant environ un an comme 'webcam girl', ce qui est un euphémisme plutôt malin pour dire 'fille qui se déshabille et fait tout ce que vous lui demandez' sur internet. C'est le concept de l'euphémisme, on les utilise pour adoucir un terme qui serait généralement considéré embarrassant ou trash. Il y en a beaucoup pour les prostituées: call girl, courtisane, working girl, escort, etc. Mon point de vue sera peut-être sujet à controverse mais il est le suivant: j'ajouterai à la liste des synonymes sugar baby", explique-t-elle sur le blog.

"J'avais l'esprit ouvert en me lançant"
Et de raconter son expérience de sugardating, vers laquelle elle s'était tournée sans crainte, et pourtant. Après quatre ans comme salariée au Ranch, la jeune femme commençait à peiner pour expliquer à ses proches résidant dans le Midwest américain pourquoi elle devait partir si régulièrement et si longtemps pour son travail. Elle a donc décidé de s'inscrire sur un célèbre site de sugardating afin de continuer à bien gagner sa vie tout en restant dans sa région. "Mon travail de prostituée officielle m'a fait entrer dans le jeu des sugar babies avec scepticisme mais à la fois avec l'esprit ouvert. J'aime me renseigner avant de faire quelque chose et j'avais lu beaucoup de choses sur le fait qu'une sugar baby n'est pas une prostituée. Tous les arguments que j'avais lus sur la question m'avait irritée car selon moi ils tournaient tous autour d'une totale méconnaissance des travailleuses du sexe, présentées - à l'inverse des sugar babies - comme des jeunes femmes sans diplôme, sans objectif de vie ni autre alternative, et point qui me dérangeait le plus, comme des femmes sans affection pour leurs clients", déplore-t-elle.

A chaque fois, la question du combien et du pour quoi
Mis à part tous ces mauvais arguments, Alex Page décide de se lancer dans l'aventure prête à découvrir en quoi la vie de sugar baby était si différente. "La réalité fut très simple: il n'y avait aucune différence. Et l'autre théorie selon laquelle le sugardating n'induit pas de relation tarifée a été démontée dès le début de mon expérience. Chaque conversation avec les candidats sugar daddies prenait toujours le même tournant, si prévisible. Après avoir brièvement fait connaissance, la discussion menait toujours à une négociation quant à mes 'indemnités' et combien de temps mon prétendant obtiendrait en retour. Tous les hommes à qui je me suis adressée se sont, sans exception, assurés que le sexe ferait partie de l'équation. Si ça, ce n'est pas une relation tarifée alors je ne connais pas la définition de l'expression", ironise-t-elle.

Les sugar daddies au courant que le sexe n'est pas un dû, vraiment?
La déception, ou la constatation, aurait pu s'arrêter là. Mais Alex Page explique que la différence qui l'a le plus frappée entre ses années au Bunny Ranch et son expérience de sugar baby fut la sécurité. "Le point le plus dangereux et le plus central des sites de sugardating est de convaincre les femmes que ce n'est pas de la prostitution car les sugar daddies comprendraient soi-disant que le sexe n'est pas un dû dans ce type de relation. J'ai appris à mes dépends que ce n'est pas leur cas. L'homme qui j'ai finalement rencontré vivait dans une petite ville à environ trente minutes de chez moi. Après quelques appels téléphoniques avec lui, j'ai décidé que je me rendrais là-bas en voiture pour dîner ensemble. C'était une expérience étrange. J'aime plaisanter et lui n'avait aucun sens de l'humour. Sa secrétaire était avec lui et il avait justifié sa présence en m'expliquant que c'est à elle que je devrais m'adresser si j'avais besoin d'une robe pour un événement ou s'il fallait réserver une table. Au cours du repas, son pasteur est venu nous rejoindre et je me suis retrouvée dans une position gênante, au milieu d'une conversation d'une oeuvre de charité qu'ils organisaient. A la fin du repas, j'en étais arrivée à la conclusion que c'était un gars excentrique mais convenable avec qui je n'étais toutefois pas sûre de vouloir m'engager pour un arrangement à long terme. J'ai cependant accepté de le rencontrer une nouvelle fois la semaine suivante".

Le oui de trop
Bien mal lui en prit. Freinée par une panne de voiture, Alex se laisse convaincre quand son sugar daddy propose de venir la chercher. Elle pose la condition de ne pas passer la nuit avec lui. Aussitôt ensemble dans le véhicule, il lui tend une American express rechargeable sur laquelle il affirme avoir versé la moitié du montant hebdomadaire convenu. La jeune femme lui répond que ce n'est pas nécessaire vu qu'ils n'en sont pas encore à ce stade de leur relation et qu'elle n'accepte de le revoir que pour faire plus ample connaissance. L'homme insiste en prétendant que ce n'est qu'en échange du dîner passé ensemble et l'emmène au restaurant, suite à quoi il demande à s'arrêter un instant chez lui pour passer voir ses chiens. "J'étais tendue, mais quand il m'a demandé d'entrer pour voir les chiens, j'ai accepté. Je présume que j'ai laissé tomber ma garde lorsque les chiots sont venus me faire la fête. Une fois que j'étais assise sur le canapé, il a arrêté de jouer avec ses animaux et s'est assis à côté de moi. Je ne voyais pas le mal jusqu'à ce qu'il commence à me masser les épaules. Je me suis raidie et lui ai dit vouloir rentrer chez moi. Ne le voyant pas arrêter, j'ai fait mine de me lever et c'est là qu'il m'a attrapée violemment par les cheveux et m'a tirée vers lui. Il m'a rappelé que j'avais accepté son AmEx et m'a dit qu'il allait avoir ce pour quoi il avait payé. Et c'est finalement ce qu'il a fait. Après m'avoir tirée jusqu'à sa chambre, il a pris de moi ce qu'il voulait et après avoir eu terminé, il est parti se coucher. J'ai passé le reste de la nuit à me maudire d'avoir été si bête. J'ai fini par comprendre que ce n'était pas ma faute, mais pour être honnête j'ai fait aussi des erreurs déterminantes dans cette histoire", regrette Alex Page.

L'AmEx était à zéro
Et de relater l'insoutenable trajet en voiture avec lui jusqu'à chez elle le lendemain matin, suite à quoi elle a immédiatement effacé son profil du site internet et bloqué son numéro de téléphone. Le plus ironique de l'histoire fut un autre mensonge du "sugar daddy". "La carte de crédit qu'il m'avait donnée n'aurait de toutes façons pas pu me consoler après ce qui s'était passé, mais je me suis bel et bien sentie encore plus mal en constatant que le solde était en réalité nul", explique-t-elle écoeurée.

Retour vers la prostitution, mais pourquoi?
Après ce viol et cette escroquerie, la jeune femme a décidé de retourner travailler au Bunny Ranch dans le Nevada. Ses proches qui savaient ce qu'elle venait d'endurer n'ont pas immédiatement compris comment elle pouvait redevenir prostituée après avoir été abusée. "Pour moi la réponse est simple. J'aime les hommes et j'aime le sexe. J'ai toujours été passionnée par le sujet et j'ai toujours apprécié procurer ces services. Une mauvaise rencontre n'a pas changé cela. En fait, cela m'a juste convaincue un peu plus qu'il est plus sain de fournir des prestations sexuelles dans un environnement sécurisé et en toute légalité. Et cela va dans les deux sens. Car si un sugar daddy est marié, il n'a aucun moyen de savoir si la sugar baby avec qui il s'engage ne va pas lui transmettre une MST qu'il transmettra ensuite à sa femme. Et en parlant de femmes, un sugar daddy potentiel m'a expliqué qu'il hésitait à rencontrer une nouvelle jeune femme car la dernière en date avait contacté son épouse pour le dénoncer une fois qu'il a décidé de mettre un terme à leur arrangement. Et ne parlons même pas de la pire histoire, celle d'un cadre de Google qui a été tué par sa sugar baby rencontré online".

Aucun suivi, aucun soutien, aucune encadrement
Alex Page ne cherche pas à terrifier toutes celles qui, comme elles, envisagent le sugardating pour améliorer leurs conditions de vie. Elle souhaite simplement que les candidates à cette pratique sachent dans quoi elles s'engagent. "Bien sûr, vous trouverez des exemples positifs de sugar babies. Mais, comme je l'ai déjà mentionné, il faut entendre que la base du sugardating est qu'il s'agit d'un euphémisme du mot prostitution et que la pratique reste illégale partout aux Etats-Unis à part dans le Nevada où certains bordels ont des licences pour que le sexe soit exercé dans un environnement sécurisé. Il n'y a donc aucun moyen d'assurer la sécurité et la santé des jeunes femmes qui se connectent à des 'bienfaiteurs' via internet. J'ai appris de la pire des manières qu'une sugar baby n'a personne pour la sortir d'un mauvais pas, et qu'elle est totalement seule et vulnérable dans une industrie sans normes ni procédures une fois qu'un problème survient". Un détail dont les sites comme Rich Meets Beautiful ne s'encombrent en effet pas si une de leurs "babies" rencontre un monstre.

© Dennis Hof¿s Moonlite Bunny Ranch.

Par: rédaction 10/10/17 - 16h00