Pourquoi l'homme aime-t-il la viande à ce point?

© thinkstock.

Alors que ses lointains ancêtres n'avaient guère le choix, l'homme peut aujourd'hui aisément se passer de viande: pourquoi, dès lors, en consomme-t-il toujours autant? Pourquoi mange-t-il des animaux?

La philosophe française Florence Burgat a tenté d'expliquer les fondements originels du principal régime alimentaire humain. Selon la chercheuse de l'INRA (Institut national de recherche agronomique), interrogée par Télérama, l'homme chasse/élève, tue et mange l'animal tout simplement pour affirmer sa supériorité sur ce dernier. Depuis la nuit des temps? Pas forcément. 

Le mythe de l'homme des cavernes
Ainsi, si le mythe de l'homme des cavernes a fait de lui un chasseur d'exception, les paléoanthropologues osent aujourd'hui affirmer qu'il était sans doute plutôt "charognard, parfois cannibale, grand consommateur d'escargots et d'à peu près tout ce qui lui tombait sous la main", précise Florence Burgat. 

"Relation meurtrière"
La consommation de viande ne constitue plus une nécessité vitale pour l'immense majorité de l'humanité. Or, elle ne diminue pas de manière significative et demeure une habitude bien ancrée malgré l'émergence d'une "opposition" végétarienne active en agglomération urbaine. Selon Florence Burgat, cette tradition perpétue "une relation meurtrière avec les animaux", "une séparation radicale avec l'animalité". Et l'aspect nutritif excuse, en partie, la barbarie de l'acte. 

La viande, c'est l'animal
Le terme "viande" interpelle la philosophe. Il ne renvoie plus aujourd'hui forcément à la "mise à mort" de l'animal dans l'inconscient collectif: "Il permet de substituer une réalité à une autre. Il permet d'éluder le fait qu'un steak est la partie cadavérique d'un animal. Beaucoup de gens s'inventent des alibis et des stratégies pour rester carnivores". 

"Chacun sait mais..."
"Chacun sait que la dinde farcie du repas dominical fut un être vivant. Mais lorsque l'animal se trouve dans la cuisine, il a déjà basculé dans l'univers de la chère, de la consommation", conclut-elle pour expliquer l'adaptation de la conscience humaine, pourtant si sensible au sort des animaux. 

Lectures conseillées sur le thème:

"L'Humanité carnivore", Florence Burgat, Le Seuil
"Faut-il manger des animaux?", Jonathan Safran Foer, L'Olivier

© thinkstock.

Par: rédaction 8/03/17 - 17h40