Sexe dans le cockpit et camping dans la jungle: ce que Tom Cruise est vraiment

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Nous avons rencontré Doug Liman ("La mémoire dans la peau", "Mr et Mrs Smith", "Edge of Tomorrow") à New York et il ne s'est fait pas prier pour nous raconter quelques anecdotes croustillantes sur le tournage de "Barry Seal: American Traffic", au cinéma demain, qui met Tom Cruise au centre de l'action. On le découvre sympathique, évidemment professionnel, et un peu inconscient.

C'est un personnage qui a marqué l'histoire américaine et dont, pourtant, personne ou presque n'a jamais entendu parler. On est à la fin des années 70. Barry Seal, assommé par la routine de son job de pilote à la Trans World Airlines, accepte toutes les propositions indécentes qu'on lui fait. Sa soif d'excitation est grande, il ne connaît aucune limite: il dit oui au transport de marchandises illégales, travaille un temps pour la CIA, devient informateur pour la Drug Enforcement Administration tout en transportant des kilos et des kilos de cocaïne en provenance directe de Colombie et à la demande de Pablo Escobar en personne. Rien n'est légal et Barry Seal s'en moque. Il fait ce qu'on lui demande, ça lui apporte l'adrénaline nécessaire à la bonne continuité de son existence et une quantité d'argent qui améliore considérablement son confort personnel et celui de sa petite famille. "Avant de recevoir le script je n'avais jamais entendu de Barry Seal et en lisant le scénario, je suis juste tombé amoureux de lui", nous confiait récemment à New York Doug Liman, le réalisateur.

Une liberté dans le ciel impossible aujourd'hui
"J'aime bien briser les règles moi-même et j'ai aimé cette célébration de la vie qui se passe en-dehors des limites habituelles. Voler est une chose au cours de laquelle vous ne brisez pas les règles. On répète les mêmes gestes, au décollage, à l'atterrissage. Dans ma vie, dans mes films, j'essaie de ne jamais me répéter. Je pense que j'ai été attiré par cette autre version des vols, un truc plus sauvage. À l'époque, dans les années 80, il y avait encore une sorte de liberté dans le ciel qui n'est plus possible aujourd'hui." Doug Liman aime l'action et les personnages pas trop scrupuleux quand il s'agit de sauver leur peau. En témoignent certains de ses films les plus célèbres: "La mémoire dans la peau" et "Mr et Mrs Smith".

"Barry Seal: American Traffic" a coûté la vie a deux pilotes. Un drame évidemment pour Doug Liman, sous le coup d'une poursuite judiciaire.

Selon le Hollywood Reporter, Alan Purwin aurait fait preuve de négligence: il n'était pas formé pour voler en Colombie, était connu pour certaines prises de risque inutiles. Alan est mort dans le crash et a emmené avec lui Carlos Berl.

Doug Liman rappelle que l'accident a eu lieu "en dehors du tournage", sur la route du retour. "Je suis pilote, je sais que ça peut être dangereux. C'est évidemment tragique. Je ne connaissais pas Carlos mais Allen était un pilote fantastique. Je me sens atroce."
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"Je ne le juge pas"
Dans le rôle du pilote émérite qui ose tout: Tom Cruise, brushing parfait, sourire éblouissant, cuir sur le dos et lunettes aviateur vissées sur le nez. On se croirait revenu à la grande époque de "Top Gun". Il s'agit de sa deuxième collaboration avec Doug qui loue le côté fonceur de son acteur malgré son statut de superstar. "Barry n'est pas dans le commerce de la drogue mais dans le business du transport. Il est comme FedEX. Il se moque de ce qu'il y a dans les sacs qu'il transporte, il s'inquiète juste du poids de ces sacs. Je ne sais pas si je serais capable de faire un film à la Tom Hanks: où le héros est vraiment juste un héros. C'est notamment pour ça que j'aime travailler avec Tom Cruise. Quand j'ai fait "Edge of Tomorrow", je n'avais jamais travaillé avec lui avant, c'est un géant du cinéma et vous ne pouvez pas être ne pas être conscient de ça. Je lui ai suggéré timidement: Et si on faisait de ce personnage de "Edge of Tomorrow" un lâche? Il m'a dit qu'il adorait cette idée et c'est vers ça qu'on est allé." 

Tom Cruise n'a pas eu peur d'incarner un homme à la moralité incertaine. "Barry Seal est un personnage pour lequel la moralité ne rentre pas en ligne de compte. Il n'y pense pas. Il est dans cette philosophie qui veut que si vous marchez dans la rue et que vous voyez 100.000 dollars sur le bord de la route, vous devez les prendre sinon quelqu'un d'autre le fera." Continuant sur cette idée de moralité quasi inexistante dans le film (qui manque du coup un peu de profondeur), Doug Liman revient sur la première scène, qui montre Barry face caméra faire le bilan de sa vie. Le double jeu de Barry Seal lui sera fatal. "Ça dit au public dès le début que ça ne va pas bien se terminer. Je pense que c'est important de dire ça: le film n'a pas de morale, il ne remet pas en question ce que Barry Seal a fait. Mes films ont tendance à ne pas questionner la moralité des personnages. Jason Bourne tue des gens pour sa survie, Mr & Mrs Smith tuent des gens pour leur survie et quand ils en parlent, est-ce qu'ils se sentent mal? Non. Je ne les juge pas."

 
Le film n'a pas de morale, il ne remet pas en question ce que Barry Seal a fait. Mes films ont tendance à ne pas questionner la moralité des personnages. Jason Bourne tue des gens pour sa survie, Mr & Mrs Smith tuent des gens pour leur survie et quand ils en parlent, est-ce qu'ils se sentent mal? Non. Je ne les juge pas.
Doug Liman
Doug Liman et Tom Cruise en 2014 à la première de "Edge of Tomorrow". © photonews.
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Tom Cruise refuse les doublures
Tom Cruise est un perfectionniste. Ou un inconscient. "Il a opéré tous les vols que vous voyez dans le film", note Doug Liman. "Tom fait toutes ses cascades lui-même. C'est la seconde fois que je tourne avec lui et je n'ai jamais utilisé de doublure. Les seuls fois où on a fait appel à des doublures, c'était pour que Tom puisse voir à quoi ressemblait la scène avant de la jouer lui-même, en mieux. Sachant quel pilote formidable il est, j'avais vraiment envie d'explorer et de tester les limites de ces petits avions et de créer une tension dramatique, un suspense, avec ça. Dans le même état d'esprit, dans 'Bourne Identity', j'étais intéressé de voir Matt Damon au volant de voitures pourries, qui ne peuvent pas accélerer comme il faut. Ca fait partie du défi que notre héros doit relever."

Escobar n'est jamais loin en Colombie
En quête d'authenticité, Doug Liman a tourné "Barry Seal: American Traffic" en grande partie en Colombie. A Medellin notamment, où est né le célèbre cartel. "C'était génial de tourner en Colombie parce que tous les pilotes avec lesquels nous avons travaillés ont volé un jour pour Escobar et ils ont quasi tous rencontré Barry Seal. Ils l'aimaient bien. Un des pilotes m'a raconté qu'un jour, Barry Seal lui a demandé s'il pouvait tester son avion. Il a accepté, Barry a décollé et s'est envolé. Il n'est pas revenu. Et ce pilote aimait pourtant beaucoup Barry Seal alors qui lui a volé un avion. J'ai rencontré la soeur de Pablo Escobar qui m'a parlé des soirées. Tous les gens avec qui on a travaillé en Colombie, tous les gens qui ont de l'argent ont des connexions avec Escobar." Petite anecdote au passage: dans le film, Pablo Escobar est interprété par Mauricio Mejia. L'acteur joue également Escobar dans "El Chapo" (sur Netflix) et "La Viuda Negra", sorti en 2014. Le rôle de sa vie.

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Sexe dans le cockpit
Le réalisateur se souvient avec enthousiaste des repérages qu'il a effectués avec Tom Cruise, au-dessus de la jungle colombienne. L'une de leur sortie a donné naissance à la scène qui montre Barry Seal faire l'amour avec sa femme Lucy alors qu'il est aux manettes d'un avion. Elle s'envoie littéralement en l'air. "Cette scène particulière vient d'un événement que Tom et moi avons vraiment vécu dans un avion", nous explique Doug Liman qui précise en riant: "Je ne parle pas de sexe... On volait dans la jungle de Colombie. Il n'y avait pas de siège à l'arrière puisque c'était un cargo pour le transport. On a volé pendant trois heures en ne voyant rien d'autre que des arbres. À un moment, je me suis endormi à l'arrière, j'avais pris un oreiller à l'hôtel, et je me suis réveillé en touchant le plafond. Tom a fait une manoeuvre pour me réveiller mais il ne voulait pas non plus me blesser. Donc il a remis l'avion dans le bon sens et j'ai cogné le sol. Il s'excusait, s'excusait en me disant qu'il ne voulait pas que je me fasse aussi mal. On a commencé à discuter de l'idée de ce qui pourrait se passer avec Lucy dans l'avion..." 

Doug se souvient également d'un épisode de camping. Ou plutôt de ce qui a précédé la montée de la tente. "Il y a des règles en Colombie qui veulent qu'on ne peut pas voler quand il fait nuit. Donc on s'est posé et on a été acheter un équipement pour camper dans la jungle. Tom a voulu venir avec moi, il est rentré dans un mall avec moi. On a acheté ce dont on avait besoin au magasin de camping et quand on a voulu partir, il y avait des centaines de gens qui attendaient de rencontrer Tom Cruise. Il y avait une porte dérobée dans le shopping mall. Et je lui ai dit: 'Tu sais quoi, débrouille-toi'. Tom adore ses fans, il voulait signer des autographes, ça allait lui prendre une heure pour sortir de là. Tom, c'est comme ça qu'il est. Il est toujours partant pour une aventure."

La dernière en date lui coûte cher: il s'est blessé sérieusement sur le tournage du dernier "Mission Impossible" cet été. La production a été suspendue, attendant que le héros se remette physiquement.

Par: Deborah Laurent 12/09/17 - 11h30