Jennifer Lawrence "horrifiée": "Je vais avoir besoin de plusieurs années pour oublier"

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Jennifer Lawrence est devenue en quelques années une figure incontournable du cinéma hollywoodien. Elle avait déjà tourné "Winter's Bone", "Le Complexe du Castor" de Jodie Foster avec Mel Gibson, avait décroché un rôle dans "X-Men: Le Commencement" mais c'est "The Hunger Games" qui l'a propulsée au rang de star mondiale. Son Oscar, très précoce, pour "Happiness Therapy" (en anglais "Silver Lining Playbook") et sa chute dans les escaliers tandis qu'elle grimpait sur scène pour aller chercher son prix ont fini de la rendre irrésistible dans le milieu. On l'aime pour sa beauté, ce qu'elle dégage, son assertivité, sa fraîcheur, la clarté de ses yeux (fabuleux), sa franchise.

Elle est le premier rôle du nouveau Darren Aronofsky, réalisateur de "Requiem for a Dream", "The Wrestler", "Black Swan" et "Noé". Alors qu'on l'a quittée la veille sur grand écran le visage sombre dans une ambiance tordue et violente à l'extrême, Jen pousse la porte de la salle de réunion d'un grand hôtel new-yorkais où nous avons rendez-vous, et illumine instantanément la pièce. Elle est suivie par son chien et son garde du corps, le premier étant aussi petit que l'autre est large. Le contraste avec son personnage dans le film est plutôt saisissant. Avant même de nous saluer, elle éclate de rire en désignant l'enregistreur d'un des journalistes, posé sur la table. "Mon dieu, j'avais le même quand j'avais 12 ans!" Jennifer Lawrence est d'une spontanéité déstabilisante. Ainsi, quand on lui demande si elle se souvient de sa première réaction à la lecture du scénario de "Mother!", elle ricane: "J'étais horrifiée!"

"Qu'il aille torturer quelqu'un d'autre"
Le film fut un défi. Au premier abord, elle a cru que son plus grand challenge allait être "de jouer un personnage aussi discret, ce que je n'avais jamais fait avant." Sur le tournage, elle s'est rendue compte que Darren Aronofsky, qu'elle trouve "intrépide et courageux", allait pousser ses limites le plus loin possible pour la faire cracher des émotions animales. Pas étonnant que les deux soient tombés amoureux après une expérience aussi intense. "J'adorerais travailler avec lui à nouveau mais si c'est pour quelque chose d'aussi sombre, je vais avoir besoin de quelques années pour oublier. S'il vient avec quelque chose d'aussi fort, je lui dirai d'aller torturer quelqu'un d'autre", tacle-t-elle.

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J'adorerais travailler avec Darren à nouveau mais si c'est pour quelque chose d'aussi sombre, je vais avoir besoin de quelques années pour oublier. S'il vient avec quelque chose d'aussi fort, je lui dirai d'aller torturer quelqu'un d'autre.
Jennifer Lawrence
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Une date de sortie ironique
Elle nous donne son point de vue sur son personnage passif et énigmatique, du moins dans la première partie du film. "Mother pour moi représente le culte qu'on voue aux femmes, le côté nourricier mais aussi les abus, les viols, les pillages qu'on impose aux femmes. Je trouvais que c'était intéressant le parallèle entre les traitements qu'on réserve aux femmes et les traitements qu'on réserve à la planète. Il y a quelque chose de poétique dans la façon dont les deux sont connectés." "Mother!" en effet traite notamment du manque de respect qu'a l'humain pour la Terre sur laquelle il vit.

La date de sortie est ironique: le film sort quelques jours après les passages des ouragans Harvey et Irma sur la côte est américaine. Leur puissance est dûe notamment au réchauffement climatique. "On enchaîne les grosses tempêtes. On a fait un film qui traite de comment on abuse de notre Terre et des conséquences. Et c'est en train d'arriver. C'est notre seule planète, pourquoi passe-t-on notre temps à la détruire, pourquoi ne peut-on pas en prendre soin. C'est complètement illogique!"

"Ca sera bizarre" quand elle sera mère
Il est évidemment question de maternité. Jennifer n'a pas d'enfant, ne dit pas si elle compte en avoir rapidement mais comme toutes les femmes, elle s'est déjà imaginée mère. "Pour mon personnage, la maternité est tout. J'ai suivi des femmes enceintes, j'ai assisté à une naissance. Mother vit sa plus grande transformation quand elle a un enfant. Toutes les mères peuvent comprendre ce changement. Elle devient un animal féroce alors qu'elle était une âme douce et ouverte. Concernant mon cas personnel, je pense que ça sera bizarre parce que mes enfants grandiront dans un milieu très différent de celui dans lequel j'ai moi-même grandi", confie-t-elle en faisant référence à sa célébrité et à son train de vie désormais luxueux.

 
J'adore les téléréalités. Ces gens ont des problèmes énormes et ils croient tous qu'ils sont tout à fait sains. Je trouve ça fascinant. Mais je commence à regarder Masterchef, c'est un peu plus évolué, ce qui est une preuve que je mûris.
Jennifer Lawrence
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On évoque la célébrité, abordée dans le film avec le personnage de Javier Bardem qui adore être adulé. Jen nous confie son amour pour les téléréalités qui transforment d'illustres inconnus en stars éphémères. "J'adore la téléréalité et je me dispute souvent avec Darren pour ça. J'ai une dispute encore très fraîche en tête", sourit-elle. "J'adore ça et je pense que les gens aiment ça parce que ce sont des personnages très vrais. Ce n'est pas une série ou un film écrits où on vous dit qui sont les personnages et quels sont leurs problèmes. Ces gens n'ont aucune idée des problèmes qu'ils ont. Je parle de la téléréalité en général et pas des Kardashians parce que j'adore les Kardashians. Ces gens ont des problèmes énormes et ils croient tous qu'ils sont tout à fait sains. Je trouve ça fascinant." Face à notre regard amusé, elle précise: "Mais je commence à regarder Masterchef, c'est un peu plus évolué, ce qui est une preuve que je mûris."

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Jennifer n'imagine pas pour autant être suivie elle-même par des caméras de téléréalité. "Je détesterais ça simplement parce que je vais très bien dans ma tête. Je pense qu'à un moment, ça tient du problème mental. Quand je vois que je fais tout ce que je peux pour me protéger et que je vois ces gens faire exactement le contraire... Vouloir autant d'attention, c'est maladif."

Pour préserver sa santé mentale face à l'hystérie que son passage provoque généralement chez les gens, Jennifer nous explique: "Je vois ce qui est important. Personne ne veut être détesté ou critiqué pour ce qu'il porte ou ce qu'il fait. Mais j'essaie d'être pragmatique. Je garde une séparation très nette entre ce pour quoi les gens crient et moi. Ils crient pour le personnage que je joue: ça serait arrivée à n'importe qui qui aurait joué Katniss; ce n'est pas pour ce que je suis moi. Je ne rentre pas à la maison en me disant: 'Waouh, j'ai dû être fabuleuse'. Je mets une barrière. Et j'ai le droit d'avoir mes frontières personnelles, tout le monde en a, et quand quelqu'un essaie de les franchir, j'ai le droit, comme n'importe quel autre humain, de l'arrêter. J'étais coincée avant par le désir de ne pas être impolie mais j'ai le droit de dire non quand quelqu'un essaie de prendre un selfie avec moi aux toilettes. Parce que ça arrive tout le temps."

Les réactions épidermiques? "C'est libérateur"
Jennifer sait que "Mother!" va provoquer des réactions épidermiques. Elle n'en a pas peur. "C'est libérateur. Certains vont détester, certains vont adorer. Il n'y aura pas d'entre-deux. C'est génial et c'est pour ça qu'on fait des films. Bien sûr, on veut que notre travail soit apprécié mais on veut créer des choses qui provoquent des discussions, qui ne laissent pas indifférent." Ce film pourrait faire changer sa carrière de direction. On lui signale, elle lève un sourcil: "De quelle direction parlez-vous?", rigole-t-elle en faisant référence à l'horreur inhérente à "Mother!". Elle ajoute: "C'est agréable de faire quelque chose de plus petit, de ne pas savoir ce qui va se passer, comment ça va être pris." Elle aura la réponse à ses interrogations cette semaine: le film sort aujourd'hui en Belgique et vendredi aux Etats-Unis.

 
J'étais coincée avant par le désir de ne pas être impolie mais j'ai le droit de dire non quand quelqu'un essaie de prendre un selfie avec moi aux toilettes.
Jennifer Lawrence
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Par: Deborah Laurent 13/09/17 - 05h28