À quoi sert l'orthographe?

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Pratiquement immuable depuis la moitié du 19e siècle, l'orthographe répond peu à l'évolution de la société. Outil de discrimination sociale, elle continue à poser des problèmes d'apprentissage de l'écriture et de la lecture, au détriment d'autres matières. Les solutions semblent devoir dépasser une simple réforme des méthodes d'enseignement.

L'avènement de multiples plateforme de conversations sur les smartphones ou les réseaux sociaux a généré l'apparition d'un nouveau langage. Cette façon d'écrire, plus phonétique, heurte la sensibilité des littéraires et des défenseurs de la langue française, et pose la question de l'utilité de la (bonne) orthographe, note, sur Slate, Christophe Benzitoun, Enseignant-chercheur en sciences du langage.

Absence de transparence
Dans un long article, il revient sur la singularité de l'orthographe française, dont les 26 lettres de l'alphabet servent à représenter tous les sons de notre langue "au prix d'une complexité énorme: plus d'une centaine de possibilités pour coder 36 sons alors qu'une langue comme le finnois en possède seulement une vingtaine." À cette difficulté s'est greffé l'ajout volontaire de lettres muettes ou les règles grammaticales, véritable supplice pour l'ensemble des élèves.

Cet ensemble affaiblit la transparence de notre langue, dont le passage du parlé à l'écrit reste, par moment, incohérent même pour les initiés. Mais comme l'évoque le chercheur, l'orthographe n'est pas notre langue mais "sa codification écrite" décidée par un petit nombre de personnes. À titre d'exemple, il cite les modifications graphiques de plusieurs milliers de mots obtenues par l'Académie française en 1835, comme le remplacement du "ph" par le "f" (fantaisie, flegme, etc)ou, à l'inverse, l'officialisation de la forme actuelle de "nénuphar" (au lieu de nénufar) en 1935.

Une question de choix
Ces quelques exemples démontrent que l'orthographe n'est en somme qu'une question de choix. Et que l'orthographe du XVIIe siècle n'a pas été repensée "à l'époque de la démocratisation de la scolarité en France" et sa forme n'a pas vraiment évolué depuis 1835.

"Cette situation a pour conséquence qu'aujourd'hui l'orthographe pose des problèmes dans l'apprentissage de l'écriture et de la lecture, avec un nombre élevé d'enfants dyslexiques ou dysorthographiques et d'adultes en situation d'illettrisme. De plus, le français écrit est central dans la scolarité. C'est lui qui donne accès aux autres matières. Il est donc la cause d'une part importante de l'échec scolaire", remarque M. Benzitoun.

Discrimination sociale
En outre, l'orthographe peut se montrer déterminante notamment lors d'examens ou d'entretiens d'embauche.  Son utilisation comme outil de discrimination voulu par l'Académie française pour distinguer les "gens de lettres d'avec les ignorants et les simples femmes" (citation de Mézeray, 1673), explique la multitude de pièges qui existent entre la façon de prononcer un mot et de l'écrire. Conséquence, l'enseignement de l'orthographe à l'école occupe une place centrale "au détriment des autres matières et des autres compétences langagières (...) Avec un résultat somme toute assez modeste qui empire dans le temps".

C'est pourquoi, l'auteur s'interroge sur la nécessité de trouver des solutions et sur le rôle que la société, au regard de son évolution, souhaite attribuer à l'orthographe. "Cela conditionnera notre capacité à améliorer l'apprentissage des élèves et à amplifier la diffusion du français à l'étranger", tout en prônant une réforme des méthodes d'enseignement qui, à elles seules, "ne permettent pas d'avancées significatives".

Par: rédaction 20/04/17 - 16h56