Sommes-nous à l'aube d'une nouvelle guerre mondiale?

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Le conflit syrien, l'Ukraine, la guerre civile au Yémen, les populations déplacées, l'asphyxie économique grecque, le Brexit, l'indépendantisme écossais et catalan, les dérives autoritaires, Trump, Erdogan, Poutine, Orban, Le Pen, Wilders, Aube dorée, les divisions européennes, la menace russe, les revendications territoriales chinoises, l'insoluble question israélo-palestinienne, l'ingérable Bosnie, le danger nord-coréen, le rejets des élites et des médias, l'islamophobie, la méfiance de l'islam à l'égard de l'Occident, la haine du migrant: l'instabilité règne plus que jamais sur le monde depuis la crise financière de 2008 et fait étrangement écho aux années 30, décennie annonciatrice du désastre...

"Rejet des élites, des partis politiques traditionnels, des médias, de la démocratie représentative. Déclassement, replis identitaires, inégalités. Protectionnisme, nationalisme, autoritarisme, racisme. Choc technologique, montée des périls extérieurs. Non, il ne s'agit pas d'une description du monde du début du XXIe siècle, mais de celui des années 1930...", déclare Eric Leser, fondateur de Slate, dans un article consacré

1929 - 2008: même combat?
Les similitudes ne manquent pas, en effet. L'entre-deux-guerres a connu le krach de 1929, le XXIe siècle l'affaire des "Subprimes" en 2008. La première crise a affaibli les démocraties, renforcé les nationalismes, creusé le sillon des dictateurs et conduit le monde à la guerre. La seconde a provoqué de sévères cures d'austérité, ruiné la Grèce, placé l'Espagne, l'Italie et le Portugal au bord du gouffre et entraîné une fuite massive des jeunes cerveaux. Le sauvetage des banques, pourtant à l'origine de la crise, a généré la méfiance des peuples, perplexes face à un tel sentiment d'impunité, il a décrédibilisé les politiques de centre-gauche/droit, semé le terreau des extrêmes, du Brexit, de l'isolationnisme, de Donald Trump et consorts. 

Chômage et désarroi
Le chômage atteint des sommets, la croissance et la production sont en berne, le pouvoir d'achat et la confiance aussi, à l'égard notamment d'une caste politique incapable de sortir les citoyens désoeuvrés de l'impasse. Conséquences, ils se tournent vers ceux qui apportent une réponse au problème, aussi simpliste soit-elle. Les années 30 et 2010 ont cet aspect en commun: elles ravivent les passions et désignent des coupables. "C'est la faute, au choix et selon les époques, des élites mondialisées, du parti de l'étranger, des immigrés, des apatrides, des juifs, de l'Islam, des Mexicains, de l'Europe...", déplore Eric Leser. 

"Les hommes ne peuvent pas vivre sans espoir"
Car, "les hommes et plus encore les peuples ne peuvent pas vivre sans espoir. Quand la crise s'éternise, quand la sécurité est menacée, quand l'horizon semble bouché, ils aspirent à changer de destin", écrivait dans Les Échos l'éditorialiste Jean-Marc Vittori (8 décembre 2015). "C'est ce qui s'est passé dans les années 1930. C'est ce qui se passe aujourd'hui en Europe" concluait-il. Par nécessité, par besoin de survie, les peuples désignent des leaders charismatiques, deviennent perméables aux discours salvateurs, se radicalisent, le tout dans un élan d'aveuglement purement passionnel. Une démarche étrangère à la raison, par définition.

Rupture technologique
À l'époque, une nouvelle vision industrielle s'imposait et les usines Ford (1913) lançaient le travail à la chaîne. Le rendement explosait en même temps que l'inévitable aliénation des victimes d'un système inhumain: des ouvriers littéralement engloutis par la machine, à l'image de Charlie Chaplin dans "Les Temps modernes" (1936). Aujourd'hui, une autre transition technologique majeure s'opère. La robotisation supprime peu à peu la main d'oeuvre et préfigure la disparition de toute une classe manutentionnaire. Internet s'invite dans le débat et agit tel un prisme déformant. La Toile rend accessible à tous un discours autrefois confiné à la sphère privée ou groupusculaire, elle décomplexe les échanges, rassemble les détracteurs et démultiplie la puissance de diffusion d'un message, "alternatif", généralement absent des médias traditionnels. 

Repli sur soi
Alors que les États s'associent, coopèrent, se regroupent en entités supranationales et garantissent leur protection mutuelle depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (Europe, Otan, libre-échange, traités, etc.), la tendance actuelle semble à l'heure du repli sur soi, comme à l'aube du dernier conflit planétaire. Aujourd'hui, le Royaume-Uni prend le large, les Etats-Unis s'isolent et les piliers de l'Union européenne se fissurent d'ouest en est à chaque réunion des 27: un processus de déconstruction inquiétant qui n'augure rien de bon.

L'Histoire n'est pas le futur
Face à toutes ces analogies, il convient néanmoins de relativiser: si l'Histoire, en tant que discipline scientifique, permet d'analyser le passé, de comprendre le présent et de mieux prévoir l'avenir, elle ne prédit pas le futur. Elle avertit. Le reste n'est pas (encore) écrit... 

Par: rédaction 13/03/17 - 17h30