Macron et l'Etat français critiqués pour leur inaction après Irma

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Emmanuel Macron est attendu lundi soir à Saint-Martin. Le président français et son gouvernement doivent faire face à une série de critiques sur la gestion en amont du passage de l'ouragan Irma.

Les critiques pleuvent. Depuis dimanche 10 septembre, les leaders de l'opposition ont attaqué la défaillance de l'Etat français dans la gestion de l'ouragan Irma qui a frappé les îles de Saint-Martin et Saint Barthélemy et dont le passage a tout dévasté et a fait au moins dix morts et sept disparus, selon un dernier bilan provisoire.

Manque d'anticipation
Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise) et Eric Ciotti (Les Républicains) ont exprimé leur volonté de mettre sur pied une commission d'enquête parlementaire. Comme le relève France Info, les critiques portent principalement sur trois points: Eric Ciotti a été le premier à allumer la mèche. Selon le député Les Républicains, le gouvernement français a manqué d'un sens de l'anticipation.

"Il y a une défaillance de l'Etat à Saint-Martin et Saint Barthélemy, car le phénomène était attendu. Il y a aujourd'hui, on le constate, un défaut d'anticipation", a-t-il déclaré lors du "Grand Jury LCI-Le Figaro-RTL",
pour qui "l'Etat n'assume pas son rôle".

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Sont pointés du doigt, l'absence d'un plan d'évacuation, de forces de sécurité suffisantes "contrairement à ce qui a été fait dans la partie néerlandaise de l'île, avec des soldats, l'armée qui est dans tous les quartiers et qui contrôle", a évoqué le socialiste Victorin Lurel, ex-ministre des Outre-mer. Un dispositif qui n'a pas empêché les pillages, comme l'a affirmé le Premier ministre néerlandais Mark Rutte. Vendredi, il qualifiait la situation de "grave". Samedi, il reconnaissait que les pillages n'étaient toujours pas "sous contrôle", soulignant que les circonstances étaient "compliquées".

Auto-défense
Même son de cloche du côté de Marine Le Pen. Dans son discours de rentrée, la président du Front National a stigmatisé l'insuffisance de moyens et l'obligation des insulaires à "organiser leur propre défense" face aux pillages. Samedi, Emmanuel Macron et son Premier ministre, Edouard Philippe, décidaient de doubler les effectifs des forces présentes sur place. "Le nombre de forces déployées aujourd'hui sur Saint-Martin est considérable. Nous allons avoir sur place près de 2 000 personnes", s'est défendu, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb.

Des mesures survenues trop tardivement aux yeux de Gilbert Collard. "Pourquoi toutes ces mesures n'ont-elles pas été prises avant?" a-t-il interrogé. "Quand on a des pouvoirs d'Etat, on doit toujours aller au-delà du prévisible dans la catastrophe. Il y a un manque de maturité, un manque de sens du déploiement de l'Etat". "Chacun ici a tout fait ce qu'il avait à faire", s'est défendue, depuis Saint-Martin, Annick Girardin, ministre des Outre-mer. "C'est la première fois qu'un cyclone est aussi important et frappe un de nos territoires français".

Benoît Hamon s'est dit mal à l'aise face aux polémiques politiques survenues au lendemain de la catastrophe provoquée par le passage de l'ouragan Irma. © afp.

Polémique politicienne
Le Premier ministre, Edouard Philippe a dénoncé lundi "une polémique politicienne" alimentée par des responsables "alléchés par la souffrance".

"Au-delà des polémiques auxquelles un certain nombre de gens sont abonnés - j'ai parfois le sentiment qu'alléchés par la souffrance, ils bondissent sur l'opportunité d'une polémique politicienne -, ce qui va se jouer, c'est l'expression d'une très grande solidarité à destination de nos concitoyens qui pour beaucoup d'entre eux ont tout perdu, et notre capacité collective, à l'Etat bien sûr, aux habitants des deux îles, aux entreprise, de reconstruire un cadre de vie", a déclaré le Premier ministre lors d'un déplacement dans les Deux-Sèvres.

Hamon mal à l'aise
De son côté, Benoît Hamon, l'ancien candidat PS à la présidentielle, a jugé "déplacée" lundi la "polémique politique. "Je suis assez mal à l'aise avec cette polémique. On est à 7.000 kilomètres de Saint-Martin, on a une île dévastée, des populations traumatisées, des services publics qui sont à terre manifestement. J'imagine que l'Etat a essayé de répondre", a déclaré le fondateur du "Mouvement du 1er juillet" (M1717), sur RMC et BFMTV.

Appelé à réagir aux critiques d'une partie de l'opposition et aux appels à une commission d'enquête parlementaire, M. Hamon a répondu qu'il ne se plaçait "pas sur cette logique-là". "Je trouve que cette polémique politique,
à 7.000 km d'un territoire dévasté, entre des gens pour qui tout va bien, est un peu déplacée", a-t-il expliqué. "Peut-être se posera la question de savoir s'il (l'Etat, ndlr) a correctement anticipé, et les leçons qu'il tire de cet évènement exceptionnel", a-t-il ajouté.

Nuancer les pillages
"Les leçons, c'est aussi de dire qu'on a un phénomène de plus en plus intense de cyclones, dont on sait qu'il est directement lié à l'augmentation du taux d'humidité, au réchauffement de la température, qu'il faut donc urgemment lutter contre le réchauffement climatique", a-t-il lancé. Également interrogé sur les vols commis dans les territoires sinistrés, l'ancien élu socialiste a appelé à nuancer les différentes situations. "S'il n'y a rien sur une île, prendre du sucre et de l'eau, évidemment que je le ferais (...) Après, prendre une télé, c'est pas pareil, surtout quand il n'y a pas d'électricité", a-t-il avancé.

"Objectivement, celui qui prend un pack de six bouteilles d'eau, du sucre et du lait parce qu'il n'y a plus rien, c'est pas moi qui irait penser que la priorité, c'est de chasser cette personne-là", a-t-il assuré. Irma a fait au moins dix morts et sept disparus dans les îles françaises, quatre dans la partie néerlandaise, selon le dernier bilan. Cela porte à 27 le total des personnes ayant trouvé la mort dans les Caraïbes.

Par: rédaction 11/09/17 - 12h18