Les scènes insoutenables du Lars von Trier font partir les spectateurs: on l'a vu, on n'a pas vomi, c'est déjà ça

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"La punition a duré assez longtemps" selon Thierry Frémaux. Lars von Trier, persona non grata sur la Croisette depuis ses propos sur Hitler il y a sept ans, a reçu son carton d'invitation pour le 71e Festival de Cannes. Il a pu présenter "The house that Jack built" hors compétition (parce que n'exagérons pas non plus). Une projection officielle tardive qui a provoqué le départ volontaire d'une centaine de personnes. Le film n'était pas plus digeste à voir de grand matin.

Jack est un tueur en série surnommé Monsieur Sophistication pour sa passion de la mise en scène de ses crimes. Pendant 2h35, il raconte cinq de ses "incidents". Comprenez, cinq de ses abominables meurtres. Uma Thurman est la première à y passer. Elle voulait juste qu'on l'aide à changer un pneu, elle finira le visage explosé à coup de cric. Mais ce n'est franchement pas le pire. On dirait même que ça commence en douceur.

Jack traîne, un peu plus tard, une de ses victimes, enroulée dans une bâche, derrière sa camionnette. Au déballage, le frottement du bitume aura tout simplement fait disparaître le visage de la malheureuse. Dans la salle, la vision provoque un mouvement de recul et un brouhaha de dégoût. Il faudra attendre la partie de chasse choquante où le tueur abat deux enfants pour voir les premiers journalistes faire claquer leur siège et quitter la projection matinale en vue de reprendre un peu d'air.

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Non content de tuer les deux mômes hyper violemment, Jack organise un pique-nique avec leurs cadavres maintenus par des bouts de bois pour faire illusion et leur donner un semblant de vie. Il forcera la mère, qui ne tardera pas à y passer non plus, à donner un morceau de tarte à ce qu'il reste de ses fils. Je n'ai pas vomi, c'est un exploit en soi.

Que dire enfin de la mutilation qu'il réserve à Riley Keough? Lars von Trier, psychopathe, zoome sur le couteau qui s'enfonce dans la chair de la jeune fille: le tueur découpe les seins de sa victime, encore vivante faut-il le préciser. Dans un festival qui se veut ôde à la femme cette année en réaction au scandale des agressions sexuelles dans le milieu du cinéma, Lars von Trier fait dire à son tueur que les hommes sont toujours vus comme les méchants et que les femmes sont toujours les victimes.

Et si Jack le tordu a plus de 60 meurtres à son actif, ce ne sont que ceux de femmes qui sont montrés à l'écran. Le malaise est palpable et l'énervement nous gagne dans la dernière demi-heure, une masturbation intellectuelle sur l'enfer, le bien, le mal. Dans les baffles, tandis que le générique défile, l'entraînant "Hit the road Jack" de Ray Charles explose. À croire qu'avoir dégoûté l'assemblée fait marrer le réalisateur... Le psychopate n'est peut-être pas celui qu'on a vu à l'écran.

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Par: Deborah Laurent 15/05/18 - 15h00