Au fait, pourquoi se moque-t-on du curling?

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Souvent pris pour cible, le curling pâtit d'une réputation peu flatteuse difficile à balayer. Avec 77 licenciés en Belgique, cette discipline olympique suscite un faible intérêt et beaucoup de moqueries. Un constat similaire dans d'autres pays, comme la France, où les sports d'hiver sont pourtant plus développés. Mais au fait, pourquoi se moque-t-on du curling ?

"Va jouer au curling", cette injonction, vous l'avez sans doute déjà lancée pour chambrer un ami ou pour  manifester votre mécontentement après une prestation décevante de votre sportif préféré. Une référence qui symbolise le déficit de reconnaissance dont souffre ce sport.

"Des valeurs anciennes"

"Ce sport est associé à des valeurs traditionnelles et anciennes", expose Michaël Attali, historien du sport. "Le balai est relié au ménage et la pierre ramène à une activité très primaire."

La mise en scène du curling lui conférerait donc une image archaïque peu propice à l'émergence de stéréotypes positifs. "L'adhésion du grand public à un sport dépend avant tout des valeurs qui lui sont associées. L'individu doit être capable de se projeter. Or le curling n'est clairement pas lié à la modernité", reprend le président de la  Société Française d'Histoire du Sport.

"Une technicité assez faible"

L'absence de prise de risques le rend aussi moins intéressant comparé à d'autres sports d'hiver. "À cet égard, le ski alpin, par exemple, a un potentiel d'attraction bien plus important", estime Michaël Attali. "Le risque, l'engagement et la vitesse, tels sont les ingrédients inhérents aux pratiques en vogue."

Un pouvoir d'attraction aussi affaibli par une technicité jugée relativement faible. "C'est évident que l'aspect technique n'est pas très développé. Les mouvements sont assez répétitifs au curling". Un spectacle pas vraiment favorable à l'emballement des foules. "Ce n'est pas une discipline que l'on associe au bonheur, à la joie. Le public ne peut s'enthousiasmer facilement face à des mouvements de brosse."

"C'est évident que l'aspect technique n'est pas très développé. Les mouvements sont assez répétitifs au curling", avance Michaël Attali. © epa.

Les médias aussi responsables

Dans les pays où il s'avère dévalorisé, le curling n'est pas aidé par le traitement médiatique dont il fait l'objet. "L'impact des médias est décisif dans la mise en scène d'un sport. Il peut être présenté de différentes manières. Chez nous, le curling est souvent tourné en dérision. Certains journalistes n'hésitent pas à se moquer des positions prises. Tout le contraire du ski ou du biathlon où on valorise la performance en insistant  notamment sur la notion de dépassement de soi."

"Les médias sont conscients qu'ils creusent les stéréotypes, mais se justifient en affirmant que le 'public n'est pas prêt'", commente Sandy Montanola, chercheuse spécialisée en sports et médias à l'université de Rennes. "Ils ne sont pas enclins à prendre des risques.  Les médias ne sont jamais en avance sur leur époque."

Une question de culture

Moqué et parodié dans certaines contrées, le curling est aussi particulièrement prisé dans plusieurs pays comme la Suisse ou le Canada. "Le curling n'est pas un sport olympique pour rien. Les critères d'adhésion sont très stricts. Il doit notamment être pratiqué sur les cinq continents et disposer d'un pouvoir de diffusion important", tempère Michaël Attali.

"L'adhésion à un sport dépend fortement du facteur culturel", assure Sandy Montanola. "Ici, le football est connoté masculin et réputé viril voire violent. Aux Etats-Unis, ce n'est pas du tout le cas. Le soccer souffre de la comparaison avec le football américain qui est davantage rattaché aux valeurs masculines."

Le curling est particulièrement prisé au Canada. © epa.

Changer son image? C'est possible

Pour lutter contre les représentations sociales "négatives", certaines disciplines ont entamé une mue destinée  à rectifier leur image. "C'est le cas notamment de la gymnastique qui a ajouté le cheval d'arçon pour les compétitions masculines afin d'endiguer la connotation féminine. Les stéréotypes ont un impact important sur le réel. Par exemple, les femmes auront tendance à se diriger plus facilement vers des sports connotés féminins", expose Sandy Montanola.

Pour améliorer leur traitement médiatique et leur image, certaines fédérations se sont aussi attelées à rendre leur sport plus télégénique. "Comme le tennis de table qui a changé la couleur de balle pour qu'elle soit plus facilement identifiable par le téléspectateur", conclut l'enseignante.

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Anthony Marcou 10/02/18 - 09h30