Le cdH rompt ses coalitions avec le PS

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Le président du cdH annonce que son parti ne gouvernera plus avec le PS.

"La cupidité de certains a dépassé tout entendement, leur conscience sociale a été emporté par l'appât du gain (...) comme chaque citoyen, je suis, nous sommes dégoûtés (...) les murs de la mauvaise gouvernance empêchent de franchir le renouveau total de notre paysage economique, social et environnemental (...) chaque scandale handicape l'action des gouvernements", a déclaré Benoît Lutgen en conférence de presse à l'issue du bureau du parti.

Une rupture "nécessaire et immédiate"
"Il serait trop facile de déclarer que le PS déteint le monopole des affaires (...) cependant, force est de constater, qu'après 30 ans de pouvoir ininterrompu le PS porte une responsabilité écrasante ds l'ampleur des scandales (...) La rupture est nécessaire, elle doit être immédiate", a-t-il poursuivi.

"La politique doit servir et non pas le politique se servir", a encore déclaré Benoît Lutgen avant d'appeler sonnellement le MR, Ecolo et Défi à former une nouvelle majorité en Wallonie, à Bruxelles et à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

"Je lance donc un appel au MR, à Ecolo, à DéFi et à tous ceux qui partagent ce constat. Un appel pour mettre en place de nouvelles majorités positives en Région wallonne, en Région bruxelloise et en Fédération Wallonie - Bruxelles".

Le cdH ne quitte pas les gouvernements
"Nous ne souhaitons pas quitter les gouvernements au sein desquels nous nous trouvons, mais nous souhaitons un autre partenaire", a précisé après la conférence le vice-président du gouvernement wallon, Maxime Prévot, qui reste pour l'instant ministre. "Nous ne continuerons pas avec le PS. Il n'est plus possible de travailler avec lui de manière sereine. Il est temps de lancer une nouvelle donne politique plus moderne, plus volontariste", a-t-il ajouté.

Pour la chef de groupe à la Chambre Catherine Fonck, il y a eu depuis 2014 une "multiplication des tremblements de terre qui rendent désormais les choses impossibles avec le PS". Elle dénonce aussi dans le chef des socialistes une "course derrière les thèses du PTB" qui "paralyse" certains dossiers en matière d'emploi ou de fiscalité. Elle estime enfin qu'il y a eu un "manque de gestes forts et clairs" du Boulevard de l'Empereur en réponse aux différents scandales.

Et maintenant?

L'annonce-surprise ouvre théoriquement une période de négociations entre les partis francophones. Reste à savoir qui prendra la main. Les gouvernements des entités fédérées ne peuvent pas tomber. C'est donc un nouvel accord de gouvernement, issu des négociations encore à mener, qui entérinera la recomposition gouvernementale.

En Wallonie et en Fédération, le cdH est en coalition avec le seul PS. A Bruxelles, il l'est en plus avec DéFI et, côté flamand, l'Open Vld, le sp.a et le CD&V.

En Wallonie, la majorité est à 38 sièges, ce qui signifie - si le PS (30 sièges) devait en être exclu - qu'il faut au moins réunir MR et cdH (38 sièges tout juste), voire un troisième parti pour une majorité plus confortable (Ecolo est à 4 sièges, le PTB à 2).

En Fédération, la majorité est à 48 sièges. MR et cdH seuls sont donc insuffisants (30 + 16). Ecolo a 6 sièges et DéFI 3, tout comme le PTB.

Si le PS reste au gouvernement wallon et en Fédération sans le cdH, il devra nécessairement s'allier au MR.

A Bruxelles, remplacer les socialistes par les réformateurs pourrait maintenir le reste de la coalition: le PS ayant 22 sièges, les 17 sièges du MR seraient suffisants. Une majorité PS-MR avec les seuls partis flamands de la coalition est aussi envisageable mathématiquement.

Le MR prêt au dialogue

"Le redressement des entités fédérées est vital. Le MR répondra donc favorablement à un appel au dialogue politique sur l'avenir des entités fédérées", indique lundi le président des réformateurs Olivier Chastel dans un communiqué.

Un bureau politique du MR se tiendra dans la soirée, à 19h30. Le parti ne prévoit qu'une communication écrite à l'issue de la réunion

L'annonce du président du cdH "confirme le constat posé par le MR. Depuis plusieurs mois, nous ne cessons de dénoncer l'inertie des gouvernements fédérés", ajoute le président du MR.

Selon lui, "en Wallonie, en Fédération Wallonie-Bruxelles et à Bruxelles, les ministres-présidents socialistes consacrent leurs forces à sauver leur parti. La gestion des entités fédérées passe totalement au second plan".

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DéFI critique la méthode

"Je comprends qu'il (Benoît Lutgen, ndlr) critique comme moi le PS après le scandale de Publifin, mais mettre des gouvernements cul par-dessus tête, ce n'est pas une méthode", a réagi lundi le chef de file de DéFI au gouvernement bruxellois Didier Gosuin, après l'appel lancé par le président du cdH Benoît Lutgen au MR, à Ecolo et à DéFI pour évincer le PS des majorités gouvernementales en Wallonie, à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles.

"Le cdH a été un long compagnon de route du PS. Agir de la sorte, c'est une manière de se donner du poids", a commenté M. Gosuin en marge d'une conférence de presse.

Selon lui, le MR n'est pas à l'abri des critiques en matière de gouvernance dans le dossier du Kazakhgate, dans lequel l'ancien président du Sénat et désormais ex-bourgmestre d'Uccle Armand De Decker a joué un rôle de premier plan. "Je ne rentre pas dans ce genre de combine", a conclu Didier Gosuin.

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Par: rédaction 19/06/17 - 13h21