Le ras-le-bol des policiers: "Impossible d'intervenir. De quoi devenir fou!"

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Après les émeutes qui ont éclaté samedi soir dans le centre de Bruxelles, policiers et pompiers dénoncent le manque de moyens mis à leur disposition. Quatre agents ont témoigné anonymement. "Il n'y avait tout simplement pas assez de monde pour pouvoir agir", dénoncent-ils auprès de la VRT. Des critiques qui vont à l'encontre des propos du bourgmestre Philippe Close. 

Selon les quatre policiers qui témoignent pour la VRT, trois erreurs ont été commises. Il y avait d'abord beaucoup trop peu de policiers prévus ce soir-là. "Nous maintenons notre position, quoi qu'on en dise plus haut", disent-ils. Philippe Close avait en effet déclaré que la police avait réagi "rapidement, avec professionnalisme et circonspection."

Ce n'est pourtant pas l'avis des policiers qui témoignent. "Ce n'est que pendant le match qu'ils se sont rendus compte que cela pouvait dégénérer. Mais à ce moment-là, nos hommes étaient déjà en train de se faire canarder."

Les infrastructures du centre ont également joué en défaveur des forces de l'ordre. Des blocs de bétons sont en effet installés tout autour de la Bourse. Un dispositif anti-attentats qui empêche les véhicules de pénétrer dans la zone avec facilité. "Dans certaines zones, le canon à eau est très difficile à utiliser. Une intervention rapide et efficace est presque impossible, mais nous le savons depuis longtemps."

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"Tant qu'il y aura six zones de police..."

Sur le boulevard Lemonnier, les émeutes sont devenues totalement hors de contrôle. "Des magasins ont été pillés juste devant le nez des policiers. Il n'était pas possible d'intervenir car la situation aurait encore pu s'aggraver. Et ce n'est certainement pas la première fois! De quoi devenir fou!"

Finalement, des renforts ont été appelés en provenance d'autres zones de police. "Mais là aussi, c'était beaucoup trop lent. Une zone de police bruxelloise unifiée pourrait résoudre ce problème - et bien d'autres encore. Mais tant qu'il y aura six zones de police, ce genre de situations continuera à se produire."

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"Les dindons de la farce, ce sont les pompiers"

Outre les policiers, les pompiers ont également exprimé leur ras-le-bol auprès de la RTBF. Eric Labourdette, syndicaliste auprès des pompiers de Bruxelles, affirme qu'il n'était pas possible pour eux non plus d'intevenir rapidement et efficacement.

"Tout le monde parle des agressions envers les policiers, des dégâts sur les magasins... mais on oublie qu'au milieu de tout ça, les dindons de la farce, ce sont toujours les sapeurs-pompiers! Qui doivent intervenir en tout temps, dans tous les milieux (...) On a été appelé pour une voiture en feu. Lorsque nous sommes arrivés sur place, nous nous sommes faits agresser et on a dû dégager de là. La voiture a donc complètement brûlé parce que l'on n'a pas su intervenir. On n'a bénéficié d'aucune protection de la part de la police. Alors, je n'en veux pas à la police ! Ils étaient très certainement occupés. Mais on passe sous silence le fait qu'on n'ait pas pu travailler parce qu'on a manqué de protection et parce qu'on a littéralement été agressé par des bandes de sauvages."

La CGSP Admi exige une rencontre avec Jambon

De son côté, la CGSP Admi condamne les émeutes survenues à Bruxelles samedi soir. Le syndicat exige une rencontre avec le ministre de l'Intérieur Jan Jambon, indique-t-il lundi dans un communiqué.

"La CGSP Admi demande sans délai une rencontre avec le ministre de l'Intérieur et la tenue d'un comité supérieur de concertation pour les services de Police afin obtenir tous les éclaircissements utiles au regard des faits commis", déclare Eddy Quaino, mandataire permanent police.

Le syndicat souhaite que le gouvernement s'engage à dégager des moyens supplémentaires afin de diligenter les enquêtes pour identifier les auteurs des violences du week-end.

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon a de son côté demandé à l'Inspection générale de la police fédérale et de la police locale (AIG) l'ouverture d'une enquête sur les circonstances dans lesquelles s'est déroulée l'intervention policière de samedi soir.

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par Julien Collignon 13/11/17 - 09h42