L'étrange illusion auditive qui divise les internautes

C'est un mot de deux syllabes qui sème une zizanie mondiale chez les internautes, les divisant en deux camps opposés: ceux qui entendent "Yanny" et ceux qui entendent "Laurel".

Le mini-clip audio a été publié à l'origine sur Reddit par un lycéen de l'Etat américain de Géorgie, a rapporté mercredi le New York Times. Ce garçon de 18 ans, Roland Szabo, a expliqué qu'après avoir téléchargé le mot apparemment anodin sur un site de vocabulaire, il avait été intrigué de la façon différente dont l'entendaient les personnes autour de lui.

Posté ensuite sur Instagram par l'un de ses amis, sous la forme d'un sondage, l'enregistrement est devenu viral sur internet, avec l'aide de célébrités optant soit pour "Yanny", soit pour "Laurel".

"J'entends Laurel", a tweeté l'humoriste américaine Ellen DeGeneres. "C'est clairement Laurel. Je ne peux même pas imaginer qu'on puisse entendre Yanny", a abondé la mannequin Chrissy Teigen, suivie par l'ancien porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer. L'écrivain Stephen King ou l'actrice Mindy Kalling ont eux rejoint le camp des "Yanny". "Mon Dieu, voilà que j'entends désormais Laurel", a par la suite tweeté le romancier.

L'aspect le plus bluffant du débat, qui a dépassé les frontières américaines, est que la majorité des auditeurs entendent bien distinctement soit "Yanny" soit "Laurel", rares étant ceux qui se trouvent dans le flou du terrain médian.

Un sondage express (et non représentatif) au sein du bureau de l'AFP de Washington a ainsi donné comme résultat: Yanny 17 (dont 8 francophones), Laurel 14 (dont 8 francophones), entre les deux: 3.

Interrogée par l'AFP, la professeure Poppy Crum, experte des laboratoires Dolby à San Francisco, explique que la réalité en soi n'existe pas, mais plutôt la façon dont nous la percevons. "Les choses auxquelles nous sommes exposées dans notre univers modifient la façon dont nous considérons l'information arrivant à notre cerveau", dit-elle.

Signal sonore "ambigu"
En clair, le cerveau a besoin de "catégoriser" les éléments de discours quand ils sont ambigus, les faisant passer soit dans la case "Laurel", soit dans la case "Yanny". Ce processus peut être influencé par de multiples paramètres, parmi lesquels l'âge, le sexe ou la langue natale de l'auditeur. Ou encore les sons qu'il a récemment écoutés. "L'appareil sur lequel vous écoutez, que ce soient des enceintes ou des écouteurs, le fait qu'il y ait une personne dans la pièce à côté, les sons se répercutant autour, tout cela va affecter l'intensité de certaines fréquences par rapport à d'autres", souligne la spécialiste.

Quand l'accent est mis sur les hautes fréquences, l'auditeur a tendance à entendre "Yanny", et à l'opposé à entendre "Laurel" avec de basses fréquences. Élaboration sonore de synthèse, le mot "Laurel/Yanny" est "ambigu", confirme Jody Kreiman, professeure à l'université UCLA. Ce son "ne ressemble pas vraiment à un nom courant du discours habituel. Quand les auditeurs entendent un tel signal, ils utilisent tous leurs acquis du discours pour l'interpréter", assure-t-elle.

Le débat "Yanny/Laurel" rappelle un précédent qui avait enflammé internet il y a trois ans au sujet de la photo d'une robe bicolore que certains voyaient blanche et or, d'autres noire et bleue.

Par: rédaction 16/05/18 - 21h34