Un tube italo disco est devenu l'hymne des néo-nazis américains

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Le tube disco d'un artiste italien oublié est devenu l'hymne de l'alt-right américaine. Contrairement au père de Pepe the Frog, Marco Ceramicola a décidé de tirer bénéfice de cette renaissance inattendue au service de l'extrême droite.

À l'exception de certains mélomanes spécialisés dans l'âge d'or de la disco italienne, son nom ne vous évoquera sans doute rien. Marco Ceramicol a pourtant rencontré un certain succès au milieu des années 80 avec en point d'orgue le titre "Shadilay", sorti en 1986.

Si, à l'époque, le tube passe sur les radios italiennes, le quinquagénaire s'était, depuis, fait quelque peu oublier. Avant d'assister, trente ans plus tard, à la renaissance de ce succès sans lendemain sur les forums fréquentés par les mouvements d'extrême droite amércains quelques jours avant l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

P.E.P.E.- Shadilay [Italian Version]

this is not the extended Instrumental version so no 5:55 run time :( but keeping the Italian version from being taken down is more important right now.

Comme le précise Slate, à cette époque, ces mouvements utilisent un mélange d'humour, d'ironie et de culture web pour véhiculer leur discours haineux. L'une des premières figures à être victime de ce détournement se nomme Pepe The Frog, une grenouille inoffensive née en 2005 de l'imagination de Matt Furie pour les besoins d'une bande dessinée en ligne intitulé Boy's Club.

Kekistan, pays fictif
Peu à peu, Matt Furie s'est vu déposséder de sa création par l'alt-right, ce mouvement de la droite dure américaine, pro-Trump, qui en faisait le symbole de ralliement aux thèses des suprémacistes blancs. Inventifs, ceux-ci eurent l'idée de créer un pays fictif, le Kekistan, un terme dont la racine provient du Coréen (Kek signifie LOL) et qui est fréquemment utilisé par les fans de World of Warcraft et les utilisateurs de la plate-forme 4chan. Il est également une variante de Kekou, concept divin représenté en homme à tête de grenouille. Le début de la fin pour Pepe The Frog.

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Omniprésent, déguisé en Hitler ou coiffé en Trump ou Le Pen, le batracien aux yeux protubérants devenait le dieu du "politiquement incorrect" et d'un pays fictif.
 
Malgré lui, il faisait même son entrée en septembre 2016 dans la peu enviable liste des symboles racistes dressée par la Ligue anti-diffamation (ADL), l'une des plus importantes organisations de lutte contre l'antisémitisme et le racisme aux Etats-Unis.

Pepe The Frog figure depuis septembre 2016 dans la peu enviable liste des symboles racistes dressée par la Ligue anti-diffamation (ADL), l'une des plus importantes organisations de lutte contre l'antisémitisme et le racisme aux Etats-Unis. © adl.org.

Logo à tête de grenouille
Dotée d'un symbole, d'une nation fictive et d'un drapeau inspiré directement
de l'étendard du IIIe Reich, la droite alternative amércaine se cherchait un hymne. C'est là que "Shadilay" de Marco Ceramicol a émergé. Pourquoi?

Tout d'abord en raison du nom de scène de l'Italien. Comme l'évoque sa page Wikipédia, l'artiste se produisait sous le nom de Manuele Pepe. Comme la grenouille. À l'époque, Ceramicol était en contrat avec le label Magic Sound, dont le logo est une tête de grenouille présente sur la pochette du vinyle.

Comme le précise Slate, d'autres éléments comme la durée de la chanson ou les paroles expliquent les raisons de cette récupération.

© facebook.com/pepe.shadilay.official.

"Dans cette chanson, je prie pour qu'une nouvelle entité (Shadilay) éclaire l'univers, donne la vie et la force en inspirant aux hommes le désir de découvrir de nouvelles énergies vitales", assure le chanteur.

"Shadilay" est élevé dans certains milieux haineux au rang de morceau culte. Sur Youtube, les versions retravaillées, détournées, remixées pullulent. Mais, à l'inverse de Matt Furie, auteur du suicide de son personnage fétiche, Marco Ceramicol, lui, se félicite de cette popularité inattendue.

Plus de 1.000 euros le vinyle
"Je continue de recevoir des messages et des demandes en amis de partout dans le monde et même de Corée. C'est une chose inattendue et magnifique". Flairant le "bon coup" commercial, il a lancé une page Facebook officielle et s'est mis à commercialiser en ligne des produits dérivés comme des mugs, des coques de téléphones, des t-shirts ou des sweats à capuche.

Un commerce qui devrait lui rapporter gros, comme en attestent les 1.255 dollars (1.047 euros) dépensés en mai dernier pour un vinyle "Shaliday" selon Slate.

"Ma grenouille est différente"
L'artiste semble ne pas souffrir d'un tel enthousiasme de l'alt-right pour son oeuvre. "Ma grenouille est différente de celle de Pepe. C'était juste le logo du label de la maison de disques. En ce qui concerne le président Trump, les Américains ont toujours été en mesure de choisir le meilleur, c'est ce qu'il en est aujourd'hui, même s'il est encore tôt pour exprimer un jugement. Enfin, ce n'est certainement pas à moi qui ne fait qu'écrire des chansons révolutionnaires de décider à qui elles doivent plaire."

"Manuele Pepe" va même plus loin et souhaite profiter de ce nouvel élan pour composer une nouvelle chanson "qui sera dans la continuité du message de Shadilay".

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Compte officiel, vente en ligne de produits dérivés, Marco Ceramicola entend capitaliser sur cette notoriété nouvelle. Même si elle sert la cause de l'extrême droite. © facebook.com/marco.ceramicola.
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Le drapeau du Kekistan reprend les codes graphiques du drapeau nazi. © Twitter.

Par: rédaction 11/09/17 - 17h45