"Tempête en vue" à cause de l'"éléphant" Trump

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Malgré l'actualité chargée, entre le décès du chanteur Johnny Hallyday et le choix de la Belge Catherine De Bolle pour présider Europol, l'annonce par le président américain Donald Trump de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël s'est octroyé une place non négligeable dans les articles d'opinion de la presse écrite belge francophone, jeudi. C'est que le "nouveau" locataire de la Maison Blanche ne cesse d'étonner, et de détonner sur la scène diplomatique internationale, s'érigeant logiquement en sujet de prédilection pour les éditorialistes et journalistes politiques, également au sein de la presse francophone. Entre inquiétudes sur la stabilité du monde arabo-musulman dans son ensemble et soupçon de choix électoraliste, le questionnement semble unanime.

Dans Le Soir, Baudouin Loos estime dans son édito que le président américain "décide d'oeuvrer contre la paix", comparant son intervention au Proche-Orient à "l'irruption d'un éléphant dans un magasin de porcelaine". "L'homme paraît incapable d'écouter les voix qui s'écartent de ses choix", observe l'auteur, qui questionne l'annonce parallèle d'un appui du président à une solution à deux Etats, ainsi que son affirmation d'une recherche continue de l'"ultimate deal" dans ce dossier épineux. "Pourquoi Trump a-t-il rompu avec la politique traditionnelle de son pays sur Jérusalem ? Et pourquoi maintenant, alors que ses conseillers étaient en train de finaliser un plan de paix, dès lors mort-né?", interroge le journaliste en première page. "En attendant, la nouvelle donne fait le jeu de la coalition au pouvoir en Israël".

Dans La Libre Belgique, Philippe Paquet analyse la décision de transfert de l'ambassade américaine vers Jérusalem à la lumière du "peu de résultats" engrangés jusqu'ici par l'administration Trump "sur le front domestique". Il s'agit ici, pour le bouillant milliardaire, d'honorer une promesse de campagne "pour ne pas s'aliéner un segment important de son électorat, la droite chrétienne évangélique". Sur la scène internationale, ce choix "hautement controversé" devrait cependant "porter préjudice à une politique extérieure américaine devenue extraordinairement chaotique", analyse le journaliste. Dans le meilleur des cas, elle aura pour effet de "priver Washington du peu de crédit qui lui reste comme médiateur dans le conflit israélo-palestinien", sans parler des tensions inévitablement appelées à croître, entre les Etats-Unis et l'Iran, mais aussi potentiellement avec Pékin et Moscou. "La politique américaine au Moyen-Orient" sera dans tous les cas "durablement mise en échec".

Un "coup de poker"
En France aussi, Trump trouve sa place aux côtés de "Johnny", dans un même écho d'étonnement et de prédiction d'embrasement sur la région. "Tempête en vue sur le statut de Jérusalem", prédit Le Monde. Dans Le Figaro, on souligne aussi que le "coup de poker" du président "risque d'enterrer définitivement un processus de paix moribond". "En se rangeant du côté de l'un des acteurs du conflit, les États-Unis perdent le statut de facilitateur neutre auquel ils s'astreignent depuis des années, bon gré, mal gré", peut-on y lire dans un décryptage de Patrick Saint-Paul, qui pointe à l'instar de La Libre le risque d'impact négatif affectant l'ensemble du monde arabo-musulman. "Le rapprochement voulu par Donald Trump entre Israël et les pays sunnites face à l'ennemi commun chiite" semble bien hypothéqué.

Par: rédaction 7/12/17 - 10h24