"Certains administrateurs se sont octroyé des jetons de présence en toute opacité"

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Le fait d'avoir laissé au Samusocial - une asbl - la gestion d'une mission de protection en principe du ressort d'un pouvoir public est lié à l'absence de volonté politique, jusqu'à la fin de la législature précédente, d'investir le champ bi-communautaire bruxellois, a affirmé lundi le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort, devant la commission d'enquête parlementaire.

"Ce qui nous réunit ici, ce n'est pas un problème politique ou de relations entre partis, c'est le fait qu'en termes de gouvernance, certains administrateurs se sont octroyé des jetons de présence en toute opacité, à l'insu des ministres du collège réuni de la Commission Communautaire Commune", a notamment affirmé M. Vervoort (PS), devant les commissaires.

Plus largement, le ministre-président bruxellois a souligné le contexte dans lequel il n'a pas été possible de prendre la mesure d'une série de problèmes.

A ses yeux, la Commission Communautaire Commune (Cocom) a eu, jusqu'il y a très peu, tout de l'enfant non désiré, au point que nombreux furent ceux qui prédisaient sa fin, jusqu'à la dernière réforme de l'État.

"La Cocom a été le produit du fédéralisme de la méfiance. Une illustration: le budget particulièrement étroit dont elle disposait jusqu'en 2014 (90 millions d'euros), pour l'essentiel consacré à des budgets d'infrastructure de fonctionnement sans réelle marge de manœuvre", a expliqué Rudi Vervoort.

Selon lui, il s'agit aussi d'une entité où les ministres ont choisi de se mettre à deux sur chaque compétence pour être sûrs de surveiller en permanence son voisin, une entité où il y a des délibérations jusqu'à la décision qui doit être collégiale, avec des doubles majorités au parlement, et une administration réduite jusqu'il y a peu à sa plus simple expression. Un seul fonctionnaire est chargé de contrôler deux cents associations. Le ministre-président y est par ailleurs empêché d'exercer des compétences.

Conséquence: "des ministres ont pu accepter de gérer une matière pendant des années dans un climat d'opposition avec un acteur privé, sans proposer pour autant d'alternatives publiques crédibles", a encore dit Rudi Vervoort.

Pour lui, ce n'est donc pas un hasard si l'on n'a jusqu'à présent jamais développé un outil public de gestion du "sans-abrisme" propre à cette institution.

Rudi Vervoort n'a par ailleurs pas jugé surprenant que les deux ministres ayant en charge l'aide aux personnes puissent avoir des sensibilités différentes sur un dossier, voire que ces divergences trouvent à s'exprimer devant des tiers. Ce fonctionnement en tandem n'impose qu'une chose: qu'ils discutent ensemble jusqu'à trouver un terrain d'entente qui permette d'exécuter loyalement l'accord de majorité. "Cela n'impose nullement une gémellité permanente", a-t-il commenté.

Autre dimension des relations difficiles au sein du secteur du sans-abrisme, selon M. Vervoort: le clivage philosophique entre les opérateurs. A l'origine du Samu, il y a une forte identification laïque dans un secteur associatif traditionnellement plus chrétien, ce qui n'a pas contribué à la pacification des rapports entre opérateurs.

Pour le ministre-président bruxellois, il est également difficile de comprendre ce dossier si on n'a pas à l'esprit la problématique des relations entre la Ville de Bruxelles et la Région.

Rudi Vervoort a enfin estimé qu'il n'y avait pas de désaccord au sein du collège sur l'intensité du contrôle à fixer dans le contrat de gestion à conclure avec le Samusocial. "Mais il y avait une partie - ndlr: le Samusocial - qui ne voulait aucun contrôle", a-t-il dit. Le ministre-président s'est rangé derrière l'option tactique retenue par Pascal Smet pour obtenir une forme de contrôle au moins via celui qui devait pouvoir être assuré sur l'utilisation des subsides au profit du dispositif hivernal.

Par: rédaction 11/09/17 - 16h19