Pourquoi la tuerie de Las Vegas a-t-elle été aussi mortelle?

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Une fois que Stephen Paddock a appuyé sur la détente, les lois simples de la physique et de la trigonométrie (de la terreur) ont scellé le sort de quelque 560 personnes.

Le sang déversé à Las Vegas, sur l'esplanade d'un festival de musique, en contrebas de l'hôtel Mandalay Bay où s'était caché le tireur, Stephen Paddock, dimanche 1er octobre répond de funeste façon aux lois de la physique et de la trigonométrie.

"Artilleur patient et entraîné"
Le constat est implacable pour Arthur B. Alphin, lieutenant-colonel à la retraite de l'armée américaine. Cet expert en "trigonométrie de la terreur", diplômé en génie mécanique et spécialisé en balistique, a étudié de nombreux cas de tueries de masse. Comme Alphin l'a démontré dans les colonnes du Los Angeles Time, les victimes du festival country Route 91 n'avaient aucune chance d'échapper aux balles "d'un artilleur patient et entraîné qui a privilégié aux cibles humaines une zone de destruction fixe réunissant des milliers de spectacteurs".

Potentiel destructeur
De part sa position au 32e étage de l'hôtel-casino - à une hauteur de 97,5 mètres par rapport au niveau du sol- et l'inclinaison de ses armes, Stephen Paddock a formé une vaste "beaten zone", comme le dénomme le lexique militaire américain. Ce concept datant de la Première guerre mondiale définit le "potentiel destructeur", à savoir un périmètre délimité en deux points, que l'on pourrait traduire par "la première prise" (First catch) et "la dernière égratignure" (Last graze).

Au point d'entrée, une balle percute un homme - en position debout - à la tête et, à mesure que sa trajectoire décline, elle le touchera aux pieds, jusqu'à la "dernière égratignure". Toutes les personnes présentes entre ces deux points se retrouvent piégées, de la tête aux pieds.

La "trigonométrie de la terreur", telle est la dénomination utilisée par un spécialiste en balistique. À ses yeux, les victimes n'avaient aucune chance d'échapper aux balles. © LA Times.

"Paddock dominait un espace équivalent à cinq terrains de football dans lequel des gens se tenaient debout, épaules contre épaules. Pour les atteindre, il a dû viser le centre de cette masse et anticiper les effets du recul".

Théorème de Pythagore
Comme évoqué, le tueur de Las Vegas n'a rien laissé au hasard, à l'image des 23 armes retrouvées dans sa chambre d'hôtel. Tireur aguéri, il savait qu'un écart d'1 degré de son angle de tir lui aurait fait rater son macabre objectif. Un simple calcul mathématique confirme d'ailleurs la nécessaire dextéritée de cet ancien joueur professionnel de poker.

Perché à une hauteur de 97,5 mètres au-dessus du sol dans une chambre d'hôtel dont la base se trouvait à environ 320 mètres du festival, Paddock s'est retrouvé à 334 mètres (hypoténuse de cet triangle rectangle) de sa cible. Une distance qui l'a contraint à ajuster sa ligne de mire pour évaluer avec précision l'arc formé par les balles de ses fusils automatiques.

"La chance n'intervient en aucune manière à une telle distance", intervient Alphin. "C'est impossible", a-t-il ajouté confirmant la préméditation et la minutieuse préparation du massacre. "Où ce gars s'est-il formé pour tirer aussi bien? D'où vient-il?", s'interroge Alphin. Des questions auxquelles tentent également de répondre les enquêteurs. Pour rappel, le drame de Las Vegas du dimanche 1er octobre a fait 58 morts (59 avec le tueur) et les 527 blessés.

Loïc STRUYS 7/10/17 - 08h15