Le hacker le plus recherché au monde, entre Kremlin, pyjama et chat du Bengal

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Il est considéré par le FBI comme le cybercriminel le plus recherché au monde. Une récompense de 3 millions de dollars est promise contre l'arrestation d'Evgeniy Bogachev, soupçonné d'être de mèche avec les services secrets russes.

Evgeniy Bogachev. Un nom et un look de méchant de film d'espionnage. Et le compte en banque qui va avec. Car ce Russe, qualifié par les fédéraux américains de cybercriminel le plus recherché au monde, est inculpé aux Etats-Unis pour avoir créé un vaste réseau d'ordinateurs infectés par un virus capable de siphonner des centaines de millions de dollars de comptes en banque du monde entier.

GameOver ZeuS
Comme le relate le New York Times, Bogachev est plus qu'un simple criminel. Son "logiciel malveillant", GameOver ZeuS lui a permis de prendre le contrôle de plus d'un million d'ordinateurs dans plusieurs pays, à l'accès illimité: photos de famille, documents privés ou des renseignements personnels hautement confidentiels.

Créé il y a plus d'une décennie, GameOver ZeuS était géré avec une demi-douzaine d'associés qui se sont appelés le "Business Club". Le gang de criminels travaillait 24h/24, piratant sans discontinuer des centaines de milliers d'ordinateurs et parvenant à contourner les sécurités bancaires les plus avancées pour vider les comptes et transférer l'argent à l'étranger grâce à un réseau d'intermédiaires.

Considéré comme le système le plus sophistiqué de vol en ligne, il est resté impénétrable durant des années.

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Au plus fort de ses activités, Bogachev avait entre 500.000 et 1 million d'ordinateurs sous son contrôle. 

Joyau du Kremlin
Sa virtuosité semble avoir tapé dans l'oeil des services secrets de son pays à en croire les soupçons de l'administration Obama. En décembre 2016, elle l'a sanctionné avec cinq autres complices pour avoir permis à la Russie de se mêler de l'élection présidentielle américaine.

Aujourd'hui, les Etats-Unis le disent toujours actif aux côtés des services secrets russes. Car, pour la communauté de renseignement russe obsédée par la surveillance notamment sur les dossiers syriens ou plus largement du Moyen-Orient, les exploits de Bogachev ont créé une irrésistible occasion d'espionnage. Et Moscou protège son joyau. D'après plusieurs témoignages, Bogachev, 33 ans, coule des jours paisibles à Anapa, station balnéaire de la mer Noire, dans un grand appartement.

Chat du Bengal et pyjama assorti
L'homme y possède une collection de voitures de luxe -bien qu'il préfère la conduite de son Jeep Grand Cherokee- et un yacht comme en témoinge une photo publiée par le quotidien américain. Sur l'autre cliché, Bogachev démontre son (mauvais) goût prononcé de la provoc' en posant avec un chat du Bengal dans une tenue assortie au pelage de l'animal. 

En quelques années, il a amassé une fortune colossale, lui permettant de posséder entre autres deux villas en France et une flotte de véhicules stationnée en Europe.

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Slavik, lucky12345, pollingsoon

En dehors de ces quelques clichés, l'homme préfère évidemment rester discret. Ce père de deux enfants (selon un ancien compagnon d'arme emprisonné au Kentucky pour fraude bancaire) se cache derrière différents pseudo: slavik, lucky12345 ou encore pollingsoon.

Même ses proches collaborateurs (lisez pirates) ne l'ont jamais rencontré ou ne connaissent son vrai nom. "Il était très, très paranoïaque", déclare J. Keith Mularsko, un superviseur du FBI dont les investigations ont abouti à un acte d'accusation en 2014. "Il ne faisait confiance en personne". Et on peut le comprendre lorsqu'on a le Bureau fédéral aux trousses.

Pour autant, voir Bogachev croupir dans une prison américaine relève pour l'heure de l'utopie. Car il n'existe aucun traité d'extradition entre la Russie et les Etats-Unis. Les relations entre les deux pays risquent bien d'être favorables au "fugitif" et les dirigeants russes ne voient pour l'heure aucune raison de l'arrêter en l'absence de crime commis sur le sol russe.

Une impunité qui n'empêche pas l'individu d'être sur ses gardes. Les tentatives du quotidien américain d'entrer en contact avec lui se sont révélées infructueuses et son avocat préfère rester muet. "Le fait qu'il soit recherché par le FBI m'empêche moralement de dire quelque chose", a-t-il convenu. Pourtant, Bogachev semble être devenu un pion essentiel des renseignements russes.

"Moonlighters"
Pour Austin Berglas, ancien assistant spécial de la cyberinvestigation auprès du FBI, il représente un atout pour l'entourage de Vladimir Poutine. "Des pirates comme Bogachev sont des moonlighters, à savoir qu'ils répondent aux appels des renseignements pour des espionnages économiques ou directs". Une façon pour le Kremlin d'avoir une couverture pratique tout en gardant un oeil sur les réseaux étendus des ordinateurs infectés par les pirates russes.

Pire, pour le FBI, les renseignements russes semblent avoir infiltré ce qu'on
surnomme le "dark web" ou les forums consacrés à la cyberfraude et au spam. Des endroits où sévissent des cybercriminelles qui tentent de vendre des logiciels malveillants ou des numéros de cartes de crédit volées à 5 dollars les codes secrets. Au départ, les deux pays espéraient pouvoir collaborer avant que les Américains ne soupçonnent le Kremlin de recruter les suspects qu'ils poursuivaient. Une connexion bien difficile à démontrer.

Malgré ces nombreux revers, le FBI a toutefois remporté une petite victoire au cours de l'été 2014. Avec les forces de l'ordre d'une demi-douzain de pays, il a mené une attaque contre l'infrastructure de Bogachev, mettant fin à son réseau et à GameOverZeuS. Une victoire loin d'empêcher le cybercriminel le plus rechercher du monde de faire des sorties occasionnelles en bateau en Crimée, sur la péninsule urkrainienne occupée depuis 2014 par la Russie. Il continuerait à vivre à Anapa, sous son vrai nom. Et en pyjama léopard.

© FBI.

Par: rédaction 14/03/17 - 07h09