Prendre des photos dans un musée: un droit ou une infraction?

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La Libre Belgique a ouvert le débat à deux experts du monde de l'art: à l'âge d'or de l'autoportrait tous azimuts, faut-il bannir ou autoriser l'appareil photo dans les musées?

POUR

Selon Evelyne Hinque, responsable de production des expositions au Bozar, il faut encourager les visiteurs à prendre des photos et faire ainsi profiter l'art d'une publicité supplémentaire sur les réseaux sociaux. Le cliché partagé stimule en effet l'intérêt pour la culture: "C'est dans l'air du temps, une nouvelle manière de communiquer", confie-t-elle.

Exceptions
Il existe malgré tout des exceptions, en fonction des exigences du propriétaire des oeuvres. Le musée est en effet tenu de respecter ses engagements. L'utilisation du flash est quant à elle strictement interdite pour des raisons évidentes de "conservation et de confort", précise la responsable: "Une oeuvre ne peut généralement pas être exposée à plus de 50 lux. Comme on ne sait jamais quelle est l'intensité des flashs, mieux vaut les interdire". 

Évolution des mentalités
Les mentalités évoluent et les artistes actuels encouragent généralement l'usage de l'appareil photo et du smartphone. Des hashtags spécifiques sont d'ailleurs souvent affichés pour favoriser la propagation des oeuvres sur la Toile. C'est dans leur intérêt qu'elles se diffusent le plus plus largement possible. Les héritiers de l'artiste défunt et les grandes institutions du monde de l'art demeurent en revanche plus rigides sur ce point et le musée n'a alors d'autre choix que de se plier à leurs recommandations. 

Que risque le visiteur en infraction?
Si la photo du visiteur se résume à un cadre d'ensemble, ce dernier ne risque rien face au prêteur. Une forme de tolérance existe également. Mais selon Pierre Noual, auteur du guide "Photographier au musée", l'interdiction est tout simplement illégale au regard de la loi sur la propriété... que les musées se doivent de respecter comme tout le monde. Et quand un artiste tombe dans le domaine public (Vermeer, par exemple), l'interdiction devient carrément indéfendable, d'un point de vue strictement juridique.

CONTRE

L'historien de l'art Alexandre Daletchine défend quant à lui les artistes. La plupart du temps, les photos partagées de l'oeuvre dénaturent en effet celle-ci. Une question de respect du droit de reproduction: "Les clichés partagés sur les réseaux sociaux peuvent donner une mauvais image de l'oeuvre, soit les couleurs ne sont pas respectées, soit les proportions..." argumente-t-il. Elles nuisent dès lors au travail de l'artiste. 

Apprécier l'oeuvre avec ses yeux
Puis vient l'inévitable débat sur le rapport à l'art. Quand l'autorisation de "dégainer" est donnée, trop de visiteurs se contentent en effet de "mitrailler" à tout-va, sans s'attarder sur l'oeuvre, sans prendre le temps d'en apprécier le génie. Par ailleurs, à quoi sert-il de prendre cette photo alors que de nombreuses reproductions de qualité existent dans les catalogues ou sur internet, demande l'expert. Sans compter les bousculades que ce reflexe collectif peut générer devant des pièces de collection à la valeur inestimable. Enfin, c'est aussi la boutique à souvenir qui souffre de cette nouvelle habitude généralisée et "prive les musées de l'une de ses principales sources de revenu".

Par: rédaction 15/03/17 - 15h25