Spotify produit-il de faux artistes?

© reuters.

Spotify est accusé de produire de faux artistes pour les insérer ensuite dans ses playlists les plus populaires. Un moyen pour le célèbre service de streaming musical de gonfler ses revenus, lui qui n'a jamais réussi à dégager un bénéfice net depuis sa création en 2008.

Si vous êtes abonnés aux listes de lecture de Spotify telles que "Ambient chill", "Piano pacific", "Sleep" ou encore "Music for concentration", vous aurez peut-être constaté que certains artistes qui les composent sont totalement introuvables sur la Toile et absents des réseaux sociaux. Une anomalie, alors qu'une forte présence digitale est aujourd'hui indispensable pour les artistes en quête de notoriété.

Et pour cause, ces artistes n'existeraient tout simplement pas. C'est en tout cas ce qu'assure le site américain Music Business Worldwide, qui avait lancé l'alerte en août 2016, accusant le géant suédois de produire des "faux artistes." Comme expliqué à l'époque dans un article consacré, le procédé présumément mis en place par Spotify est bien rodé. L'entreprise ajouterait les morceaux composés par ces artistes fantômes à ses playlists les plus populaires, leur assurant ainsi une forte audience.

Spotify réagit enfin, mauvaise idée
Spotify n'a jamais daigné répondre à ces accusations. Jusqu'au 7 juillet dernier où l'entreprise a réagi dans un article publié par Billboard.

"Nous n'avons jamais créé de faux artistes pour les mettre dans des playlists," assurait un porte-parole. "C'est catégoriquement faux, arrêtons ça. Nous payons les redevances pour tous les morceaux et pour tout ce que nous ajoutons aux playlists. Nous ne possédons aucun droit, nous ne sommes pas un label, toute notre musique est licenciée auprès d'ayants droit que nous payons. Nous ne nous payons pas nous-mêmes."

En réponse à ce démenti pour le moins tardif, Music Business Worldwide a publié une liste de 50 "faux artistes" (voir ci-dessous) qui auraient été créés puis produits par le numéro un du streaming musical, Spotify.

© Capture d'écran Musicbusinessworldwide.com.

Des inconnus aux millions d'écoutes
Ainsi, un certain Charlie Key, inconnu au bataillon, cumule plus de 23 millions d'écoutes avec deux morceaux à peine. Même son de cloche pour Charles Bolt qui réussit la prouesse de dépasser les 32 millions d'écoutes avec deux titres à proposer et une absence totale sur le Web et dans les médias.

Local mais pas réel
De plus, MBW a recueilli le témoignage de quelques artistes ou d'un producteur européen qui avoue avoir signé un contrat avec Spotify pour composer des morceaux sous un pseudonyme. Ces musiciens, Spotify n'est pas allé les chercher bien loin puisqu'ils proviendraient en majorité de Stockholm, la capitale suédoise. Chez Spotify, on produirait donc -fictivement- local.

Money money money
L'intérêt pour Spotify est bien entendu financier. Cette astuce permettrait en effet au service de streaming d'encaisser directement et intégralement les royalties. Et conserver ainsi les recettes obtenues grâce aux lectures des chansons. Grâce à ses poulains fictifs, Spotify comptabilise plus de 520 millions d'écoutes soit l'équivalent de trois millions de dollars de royalties.

Charlie Key, 23 millions d'écoutes sur Spotify et inconnu au bataillon. © Capture d'écran Spotify.

Concurrence déloyale?
La musique, qui est bien réelle, est composée à prix fixe par des musiciens payés par Spotify. Le problème réside plutôt dans le fait qu'en mettant en avant ses propres "faux artistes", Spotify fait mécaniquement baisser le nombre d'écoutes des chansons produites par les majors et donc les royalties qu'elle doit reverser aux ayants droit, ce qui représente une part importante de ses dépenses.

Toujours pas rentable
Car si Spotify peut se vanter de son statut de numéro un du secteur avec ses quelque 140 millions d'utilisateurs, dont 50 millions d'abonnés payants, l'entreprise, créée en 2008, n'est toujours pas rentable. En 2016, Spotify a généré plus de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires mais a dans le même temps doublé ses pertes par rapport à l'année précédente, à 539 millions d'euros. Une course à la rentabilité qui commence sans doute à fatiguer Daniel Ek, le patron fondateur de Spotify, qui s'est peut-être dit que pour être dans le vert, il fallait produire du faux.

Daniel Ek, CEO de Spotify. © afp.

Maxime Czupryk 13/07/17 - 13h51