Pale Grey, ces vagues gris clair qui nous chavirent

© Bettina Genten.

Après l'EP "Ghosts" paru en mai, le groupe belge Pale Grey publie ce vendredi un deuxième album intitulé "Waves", qu'il présentera ce soir à l'Ancienne Belgique. Rencontrés la semaine passée dans un café bruxellois, Gilles Dewalque et Maxime Lhussier nous ont parlé synergie et cohabitation, studio avec Yann Arnaud et tournée avec Electric Guest, Bic 4 couleurs et Hautes Fagnes.


Est-ce que vous pourriez revenir sur le titre de l'album? "Waves" fait allusion aux fichiers que vous vous êtes échangés pendant le processus de création, c'est bien ça?

- Gilles Dewalque: Oui, ça fait référence effectivement à notre manière de fonctionner en groupe: on s'échange, un peu comme un groupe qui s'appelait The Postal Service à l'époque, qui s'échangeait aussi à distance des morceaux et puis les maquettes respectives pour que chacun mette sa touche sur la maquette de l'autre. Nous, c'est exactement aussi comme ça qu'on fonctionne. On fonctionne de manière très collaborative, donc des "vagues" successives d'apports de chacun des musiciens sur des idées qui sont nées chacun de notre côté, ou alors il y a certains morceaux où on s'est mis plus ensemble pour la création. Mais ça fait aussi référence un peu à toutes les vagues -pour le dire de manière romantique- de la vie, qui sont aussi les sujets abordés dans les morceaux, qui sont autant de "vagues" de témoignages de gens qui nous entourent, de proches, ou de gens qui nous ont inspirés, qui ont vécu des choses, qui sont des fois des épreuves, et en même temps des choses positives. Ca renvoie bien à l'image de l'onde de la vague qui se propage comme ça. Il y a aussi un morceau qui s'appelle "Waves" sur l'album, qui conclut l'album, qui renvoie bien de nouveau à cette idée de vague parce qu'il y a beaucoup de sampling, de sons qui sont utilisés. Puis, c'est un peu un hommage aussi à cette manière de travailler, le texte de cette chanson. Voilà, donc "Waves", quand on a eu fini ce projet, ça nous a paru comme un titre qui faisait une belle synthèse, en même temps qui ouvrait assez bien parce que c'est un mot assez court, donc qui laisse place à beaucoup d'imaginaire, et ça, c'est quelque chose qu'on essaie de préserver dans chacun des morceaux.

Il y a aussi eu un appartement au centre de la création...
- Maxime Lhussier: En fait, à l'origine, le groupe, c'était juste nous deux, puis, on a eu d'autres musiciens qui sont arrivés. C'est vrai que sur ce disque-ci, Janjannes, notre claviériste, a vraiment pris une position. Enfin, voilà, on a vraiment fait le disque à trois. On ne sait même plus dire qui a fait quoi, qui a amené quel morceau. Ce qu'il y a, c'est qu'on sortait de deux ans de tournée après le premier disque et on a eu des chemins personnels qui ont malencontreusement été plus ou moins en parallèle, donc on s'est retrouvés tous les deux à devoir trouver un nouvel appart. On a cherché, on cherchait chacun de notre côté, puis à un moment, on s'est dit "Ah ben, c'est con, on pourrait prendre un appart' ensemble, ce serait peut-être plus facile", ce qu'on a fait. Et l'appart est un peu devenu -oui, c'est clair- le laboratoire. Ce qui était chouette aussi, c'est que, du coup, on s'est retrouvés -comme on vivait ensemble- à avoir des moments à discuter de la direction qu'on prenait, discuter des morceaux dans des moments un peu "off", qui ne sont pas prévus pour, qui ne sont pas des moments de studio, qui ne sont pas des moments de répétition.
- Gilles: On a vraiment macéré.
- Maxime: Et ça, il n'y a rien à faire, c'était aussi super chouette parce que ça nous permettait de repréciser le propos, de se dire "Attends, et ça, on n'a jamais essayé", sur des morceaux où on bloquait, de se dire à un moment, on est en train de souper, "Ah, tiens, pourquoi on ne fait pas ça?", il y avait des dimanches où on était tous les deux enfermés dans notre chambre, on faisait des maquettes, puis on se faisait écouter sur le temps de midi quand on mangeait ensemble, et puis, "Ah oui, attends, je vais venir, je vais essayer une voix" ou "Attends, je vais essayer ça". Et ça a vraiment fait une espèce de...
- Gilles: Boucle.
- Maxime: Oui, de boucle, mais surtout de lieu, il y avait une bonne synergie, un bon foisonnement créatif. Et alors, il y avait Jan qui passait souvent. C'était un peu notre laboratoire -c'est clair- pendant ces deux ans. Je crois que le disque n'aurait jamais été ce qu'il est aujourd'hui sans cet aspect-là.
Ca a toujours été une dynamique positive? A un moment, le fait de cohabiter et de multiplier les moments pour travailler, ça n'a jamais été trop "encombrant", vous ne vous êtes jamais dit "On en fait trop"?
- Gilles: On se connaissait déjà très bien. On se connaît depuis longtemps. C'est vrai qu'au début, on a hésité parce que voilà, on n'a pas forcément toujours les mêmes caractères. On s'est lancés et ça s'est très bien passé. Je crois qu'on ne suspectait pas forcément cet effet que ça a de vivre finalement un peu la vie l'un de l'autre. Quand on vit ensemble, c'est un peu ça qui se passe. Du coup, il y a peut-être une meilleure compréhension. Je crois que ça a pu -inconsciemment- certainement aider notre dynamique de composition, effectivement, puis on a vécu des choses fort similaires aussi, donc à savoir un peu mêler nos envies musicales.
- Maxime: Mais après, on a aussi des vies assez occupées: moi, je joue dans Dan San, donc je partais quand même beaucoup avec Dan San; Gilles, il avait son boulot à côté. Donc, on n'était pas tout le temps tous les deux l'un sur l'autre. On arrivait à se ménager des moments personnels chacun. Je crois que c'est aussi pour ça que ça a si bien marché, cette cohabitation. On avait un peu peur aussi, au moment d'habiter ensemble, outre le fait qu'on est fort différents au niveau caractère, c'était le fait qu'en tournée, on était déjà beaucoup les uns sur les autres, puis il y a les répètes, il y a tous les trucs qu'on faisait avec le groupe, on s'est dit "Il y a un moment... On va vraiment passer 98% de notre temps ensemble", et finalement, ça n'a pas été le cas, donc ce n'est pas plus mal.

L'enregistrement ou la finalisation se sont passés en studio?
- Gilles: En fait, nous, on a vraiment la culture du home studio qui est fort imprégnée en nous, donc on a travaillé sur une très longue période à faire des morceaux qui étaient déjà des maquettes fort abouties. Mais c'est vrai qu'une fois qu'on a accumulé toute cette matière, on avait besoin de faire un vrai tri et de retrouver un peu la cohérence de chacune des oeuvres, et alors là, on a fait appel à Yann Arnaud, qui est un producteur français. Avec lui, on est rentrés en studio, notamment à La Frette, en France, qui est une espèce de vieux manoir. Et là, on a essayé de structurer un peu mieux les morceaux, de leur donner plus de profondeur, plus de texture, avec l'aide de Yann. Le studio, c'est aussi un moment où on décide d'arrêter les choses, parce que les morceaux, c'est quand même quelque chose finalement d'assez vivant: le moment où ils se retrouvent sur le disque, c'est un moment M, mais après, ils vont vivre sur scène, et ils avaient déjà eu une vie avant. A un moment donné, c'est comme si on prenait une photo de quelqu'un: on essaie à ce moment-là que ce soit un bel instant volé du morceau. C'est une façon de choisir aussi une période où on arrête les choix, on essaie de faire, de construire quelque chose de cohérent.
- Maxime: Et on est allés en studio... Yann, il est parisien, il a un peu ses habitudes à La Frette, à Paris, une espèce de vieux manoir en banlieue où, là, on est vraiment coupés du monde. C'est le genre de studio où on est en résidence, donc ça veut dire qu'on dort sur place. Là, il n'y a vraiment plus rien qui compte: on ne retourne pas chez nous entre les coups, on ne va pas au boulot, ...
- Gilles: On ne doit pas faire à manger (rires).
- Maxime: Oui, c'est ça, on n'a pas beaucoup de contraintes habituelles de la vraie vie. Et ça, c'est aussi quelque chose qui est assez chouette parce que ça permet de se concentrer complètement sur la musique, de faire abstraction du reste, le temps que le studio dure. C'est assez positif pour justement faire aboutir les idées, et les faire aboutir le plus sereinement possible, sans avoir de mauvaise influence ou de mauvaises ondes.

Autant l'album "Best Friends" était d'une pop limpide, autant l'album "Waves" apparaît plus aventureux, allant jusqu'à convoquer le hip-hop. Est-ce que ça correspond à un besoin de se réinventer? Ou à une nouvelle étape dans la vie du groupe?
- Maxime: Je crois que c'est ce qu'on a toujours voulu faire... Plein de styles différents. On est des fans d'abstract hip-hop, d'electro, de folk, de musiques plus intimes et autres. Ce qu'on a toujours voulu essayer de faire, c'est de mêler, d'aller un peu chercher dans tous ces styles qu'on aime bien, d'aller glaner que ce soit des sons, que ce soit des rythmiques, que ce soit des effets, des synthés, des choses. On aime bien un peu aller faire notre marché, un peu comme on écoute notre musique aussi en temps normal: on peut très bien écouter un disque de rap et puis après un disque d'electro. On peut écouter et naviguer vraiment entre plein de choses différentes. Ce qu'on a toujours essayé de faire, mais je crois que c'est sur cet album-ci qu'on a réussi le mieux à cristalliser nos envies, c'était de justement se situer à la croisée des chemins entre différents univers.
- Gilles: Puis après, c'est aussi l'atmosphère dans laquelle on était au moment de cette composition. Je crois qu'on était d'autres personnes qu'au moment de "Best Friends", et si on en refait un plus tard, ce sera peut-être encore totalement différent, parce que c'est clair qu'on essaie de ne pas se figer dans une mouvance particulière, on essaie de s'interdire d'appartenir à quoi que ce soit à ce niveau-là. Et du coup, on essaie d'être explorateurs, de visiter des endroits, que ce soit au niveau vocal ou sonore. Bêtement, au niveau technique, on n'a pas travaillé avec les mêmes machines. On a un petit côté "geek" du son, donc a acheté d'autres machines, qui nous ont amené d'autres sons. On a découvert d'autres techniques. On a découvert d'autres artistes aussi. On a compris qu'il y avait moyen de faire d'autres choses aussi. Je crois qu'on est très perméables à notre environnement, et du coup, je crois que c'est aussi pour ça que les albums peuvent être très différents. On essaie de ne pas avoir trop de certitudes sur ce qu'on fait, ça nous permet d'avoir une marge de manoeuvre beaucoup plus libre, en fait.

En termes d'image, d'où vient l'idée des illustrations au Bic 4 couleurs? C'est l'un de vous qui les réalise?
- Gilles: Oui, c'est moi. Nous, on parle beaucoup de la musique en termes d'"univers". En fait, l'univers, ce n'est pas juste du son, c'est de l'image, c'est des paroles, c'est énormément de choses. On aime bien étoffer les choses, les rendre encore plus complètes, leur donner encore plus de matière. Effectivement, il y a des illustrations qui accompagnent chacune de nos chansons et c'est souvent des illustrations qui partent de la thématique de la chanson. En fait, c'est des revisites d'oeuvres populaires, ou d'art contemporain ou plus ancien, qui renvoient directement à la thématique, sauf que, de nouveau, elles sont passées dans le filtre, un peu comme on va passer nos sons dans les machines et on va un peu les détériorer, ces oeuvres vont être revues par le dessin, vont être simplifiées, vont être transformées. Par exemple, la couverture du disque, c'est quatre cavaliers qui ont l'air de faire la fête et d'exulter de joie, et en vérité, c'est un dessin de Boris Vallejo, qui fait beaucoup d'illustrations de science-fiction, et c'est les quatre cavaliers de l'Apocalypse, donc en fait, ils attaquent la Terre et ils vont tuer tout le monde, quoi (rires). Et donc, c'est quelque chose de très menaçant, mais qui est repassé dans le filtre, un peu comme les paroles, qui parlent souvent de choses assez dramatiques, passées dans le filtre de la musique et de la réflexion, vont se transformer pour essayer de revenir à une énergie plus positive. Du coup, ces dessins accompagnent assez bien la démarche de la musique. En fait, c'est la même, c'est une démarche créative, globale, qui prend une matière pour essayer de la transformer, de la triturer, pour mieux la comprendre, et pour mieux la digérer, et pour mieux la restituer après à un public.
- Maxime: Se positionner aussi. Je crois que comme tout le monde et comme tout artiste, on ne peut plus faire fi de ce qui s'est fait et de ce qui se fait. Que ce soit, autant au niveau de la musique, on va glaner, on va des fois sampler des choses à droite, à gauche, travailler sur un héritage qui est déjà là et qui est déjà existant, au niveau même du visuel, on a envie de pouvoir dire "Voilà, on assume le fait de s'être inspirés de choses. Là, on a fait des reproductions d'oeuvres existantes, mais par le biais de notre prisme à nous". On veut que notre projet, ce soit un peu quelque chose de vivant, qui rebondisse sur ce qui existe, qui propose quelque chose de nouveau malgré ça, et qui soit vraiment, justement, à la croisée de tous ces chemins.
- Gilles: Oui, puis, la création, et la créativité, ce n'est pas quelque chose qui naît du néant, c'est une relecture du monde dans lequel on est, donc c'est une relecture des oeuvres du monde qui nous entoure, autant musicalement que visuellement. Un artiste, je crois que c'est quelqu'un qui porte un regard. C'est encore plus le cas dans l'art contemporain, où les artistes des fois font très peu de choses et sont beaucoup plus dans une vision du monde. Je crois que c'est très contemporain: un artiste, c'est quelqu'un qui donne une relecture sur les choses.

En termes d'illustration des morceaux encore, dans quelle région le clip de "Billy" a-t-il été tourné?
- Gilles: Dans les Hautes Fagnes. C'est la Belgique. Oui, ça peut paraître assez exotique, il y a peut-être un petit côté "savane" ou Islande des fois, mais... C'est un coin duquel on est originaires, en fait. Le plateau des Hautes Fagnes est un des rares endroits en Belgique qui est une grande zone naturelle, où il y a de grands espaces, et je pense qu'il colle assez bien à notre musique, pour tout ce qui est justement très aéré, assez atmosphérique. C'est un endroit dans lequel on est nés, donc du coup, on est très inspirés par cette région de la Belgique. Et puis, c'était l'occasion de mettre la lumière sur cet endroit. C'est un petit pays, tout le monde est près de cet endroit.
- Maxime: Nous, on a grandi là-dedans, mais on aime bien le caractère très aéré, très aérien de ces grands espaces-là, et ça correspondait bien aussi à l'univers de la chanson.
Ce clip a été réalisé par Benoît Do Quang, du groupe Ulysse. C'était une première collaboration?
- Maxime: Non, on avait déjà fait des sessions avec lui. Il vient de Liège à la base, donc c'était là qu'on l'avait rencontré. On avait fait des sessions acoustiques, il était venu filmer dans notre local, il y a quelques années. On était toujours restés en contact. Et puis là, quand on a cherché quelqu'un pour faire le clip, son nom est assez vite apparu, on l'a contacté, il était hyper motivé. C'est comme ça que ça s'est fait.
- Gilles: Il est vraiment dans une bonne période, je crois, lui. Il a vraiment le vent en poupe, justement avec toute cette scène rap, il est en train de montrer vraiment sa patte au niveau de l'univers visuel des clips de pas mal de monde. C'est vraiment ça qui nous a portés vers lui: on aime beaucoup son sens de l'image.
Pas forcément avec lui, mais y a-t-il un autre clip déjà prévu?
- Maxime: Oui, il y a un morceau qui est en train d'être fini, là.
- Gilles: C'est pour un morceau qui s'appelle "Blizzard".
- Maxime: Qui est notre nouveau single.

Au sujet d'une autre "collaboration", comment vous êtes-vous retrouvés à partager la tournée européenne d'Electric Guest, au printemps dernier?
- Maxime: En fait, quand on a eu fini le disque, on a commencé un peu à envoyer à droite, à gauche du son pour chercher des collaborateurs, des choses comme ça. C'est Natasha Bent, c'est l'agent de Foals, Amy Macdonald, Gotye en Europe -et Electric Guest-, elle est vraiment tombée amoureuse super fort des morceaux, elle a trouvé ça dingue, et donc elle a dit "Oh, écoutez, je vous mets là sur la tournée, je trouve ça vraiment trop bien" et tout. C'est comme ça que ça s'est fait, assez naturellement.
- Gilles: C'est un petit cadeau comme ça, qui est tombé de nulle part.
- Maxime: On a vraiment plein de choses comme ça. Il y a (le label) Kitsuné aussi qui va sortir un de nos morceaux ("Seasons", ndlr) dans une de ses compilations. On a vraiment eu plein de chouettes retours comme ça sur le disque de gens hyper motivés pour nous aider à la diffusion.
- Gilles: Ce qui est assez drôle, c'est qu'au niveau agenda, c'est arrivé très tôt, en fait. Notre travail arrivait simplement à rencontrer les premières personnes à qui on le faisait écouter, et puis on a directement eu cette proposition. On n'avait même pas encore spécialement de plans pour montrer ces morceaux chez nous en Belgique et on se retrouvait déjà à partir les présenter un peu partout en Europe. Et en même temps, je trouve que ça a été super parce que, d'office, on a rencontré des gens qui nous connaissaient soit beaucoup moins, soit pas du tout, et on a pu avoir un regard neutre et très objectif sur toutes ces nouvelles productions et comprendre la capacité que ces morceaux avaient ou pas. C'était très riche de pouvoir présenter ces morceaux ailleurs et de revenir alors, je pense surtout à la date à Dour, de revenir sur scène en Belgique avec finalement une pleine conscience de ce qu'on avait à donner aux gens.
Vous avez ressenti de vraies retombées, après cette opportunité?
- Maxime: Oui, à tous les niveaux. Ce qu'il y a, c'est que par rapport à Electric Guest, on est un peu plus "indé" qu'eux quand même, mais après, on évolue dans la même "famille".
- Gilles: On est beaucoup moins connus (rires).
- Maxime: Oui, mais je veux dire... Devant leur public, les gens ne nous connaissaient pas du tout, mais on avait plein de gens qui venaient nous trouver après en disant "Ah, vous êtes qui? On avait l'impression de voir une tête d'affiche" et tout ça. C'était drôle parce que -bon, après, c'était leur public, donc j'imagine qu'ils avaient déjà vendu une bonne partie de leurs disques à ce public-là, mais- on faisait souvent un meilleur "merch" que leur représentant qui faisait le "merch", qui était en même temps leur chauffeur, alors lui, il était en train de nous regarder un peu de travers, comme ça. Mais c'était intéressant, c'était une super opportunité pour nous. Donc, à ce niveau-là, c'était hyper chouette. Et puis aussi, comme disait Gilles, il n'y a rien à faire, quand on termine le processus de composition et de finalisation d'enregistrement des morceaux, on n'a plus beaucoup de recul, on ne sait plus vraiment, "Tiens, est-ce qu'ils sont bien ces morceaux?", "Est-ce qu'ils vont trouver leur public?", donc au début, c'est vrai que les premières fois qu'on les joue, on est souvent un peu plus fragilisés. Et là, il n'y a rien à faire, ça met en confiance de voir que justement, face à un public qui ne nous connaît pas et qui n'est pas le nôtre, de voir qu'on arrive à les convaincre, et d'une manière assez positive, ça valorise ces morceaux, ça met en confiance, et pour les autres dates, on était beaucoup plus sûrs de ce qu'on avait à proposer et de notre art.

Maintenant, quel est votre agenda? Vous avez une dizaine de dates annoncées... Est-ce qu'il y en a d'autres qui se programmeront dans la foulée?
- Maxime: Oui, c'est ça. A la sortie du disque, on va défendre l'album.
- Gilles: Ce 13 octobre, à l'Ancienne Belgique.
- Maxime: Et sur tout 2018, on va tourner. En fait, il sort au Benelux, ici, le 13, et il sort début 2018 dans le reste de l'Europe. Et à partir de là, on va beaucoup tourner -si tout se passe bien- dans ces pays-là.

Au-delà du live, il y a déjà d'autres projets qui se dessinent? Ou vous vous concentrez d'abord sur la tournée?
- Maxime: Ca va être la tournée. On a pas mal de sessions et de choses en préparation. Il y a aussi beaucoup de morceaux qu'on a encore dans nos cartons, qu'on va peut-être utiliser, leur donner une vie par d'autres biais. On a beaucoup de projets, mais...
- Gilles: On a d'autres projets musicaux aussi.
- Maxime: Mais l'actu brûlante et la chose sur laquelle on se concentre maintenant, c'est la sortie du disque, la promo autour et les dates.
"D'autres projets musicaux", ça veut dire quoi? Avec le groupe ou en dehors?
- Gilles: On a tous un peu des projets musicaux sur le côté: Max, il joue aussi dans Dan San, dans Feather; je joue aussi dans Feather, donc le projet solo d'un des chanteurs de Dan San. Et puis, il y a des projets aussi qui sont autres que musicaux dans lesquels on s'investit. Je crois que c'est important d'avoir aussi des choses à l'extérieur d'un projet pour le nourrir et pour ne pas non plus avoir une espèce de truc "unique". Je pense qu'il faut garder un pied à l'extérieur du truc pour continuer à comprendre le monde autour de nous.


La release party de l'album "Waves" se déroulera à l'AB Club, à Bruxelles, ce vendredi 13 octobre. Pale Grey sera ensuite à l'affiche du festival Beautés Soniques, à Namur, le samedi 28 octobre. Le groupe donnera par ailleurs un showcase à la Fnac de City 2, à Bruxelles, dans l'après-midi du samedi 4 novembre. Une deuxième release party sera organisée à la Caserne Fonck, à Liège, le vendredi 8 décembre. Plusieurs concerts sont déjà prévus à l'étranger, notamment au Point Ephémère, à Paris, le 18 octobre, et au Paradiso, à Amsterdam, le 13 décembre.

Pale Grey, nouvel album "Waves", sortie ce 13 octobre © JO.
 
"Le studio, c'est aussi un moment où on décide d'arrêter les choses, parce que les morceaux, c'est quand même quelque chose finalement d'assez vivant: le moment où ils se retrouvent sur le disque, c'est un moment M, mais après, ils vont vivre sur scène, et ils avaient déjà eu une vie avant. A un moment donné, c'est comme si on prenait une photo de quelqu'un: on essaie à ce moment-là que ce soit un bel instant volé du morceau."
Gilles Dewalque
© Bettina Genten.
 
"Ce qu'on a toujours essayé de faire, mais je crois que c'est sur cet album-ci qu'on a réussi le mieux à cristalliser nos envies, c'était de se situer à la croisée des chemins entre différents univers (...) Je crois que comme tout le monde et comme tout artiste, on ne peut plus faire fi de ce qui s'est fait et de ce qui se fait (...) On veut que notre projet, ce soit un peu quelque chose de vivant, qui rebondisse sur ce qui existe, qui propose quelque chose de nouveau malgré ça."
Maxime Lhussier
© Bettina Genten.
 
"La création, et la créativité, ce n'est pas quelque chose qui naît du néant, c'est une relecture du monde dans lequel on est, donc c'est une relecture des oeuvres du monde qui nous entoure, autant musicalement que visuellement. Un artiste, je crois que c'est quelqu'un qui porte un regard. C'est encore plus le cas dans l'art contemporain, où les artistes des fois font très peu de choses et sont beaucoup plus dans une vision du monde. Je crois que c'est très contemporain: un artiste, c'est quelqu'un qui donne une relecture sur les choses."
Gilles Dewalque
© Bettina Genten.

par Sébastien Cools 13/10/17 - 08h13