Le futur de l'Avenir et de la presse au parlement wallon

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La restructuration annoncée fin octobre aux Editions de l'Avenir - qui coûtera une soixantaine d'emplois équivalents temps plein - était au centre des auditions organisées jeudi à Namur, au cours d'une réunion conjointe des commissions Médias du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Economie du Parlement de Wallonie. Des auditions maintes fois reportées qui ont tourné au débat à fleurets mouchetés entre patrons de presse.

Accueillis par des travailleurs du quotidien qui leur ont distribué des journaux du jour, les parlementaires régionaux ont notamment pu écouter Jos Donvil, l'administrateur délégué des Editions de l'Avenir et patron de VOO, le pôle télécoms-médias de Nethys, propriétaire du quotidien régional. Ce dernier a dressé, sans surprise, un tableau morose du secteur de la presse, miné par une érosion du marché, des recettes publicitaires sous pression et, dans le cas des Editions de l'Avenir, un lectorat vieillissant alors que les coûts de production ne cessent de progresser.

"Les Editions de l'Avenir, qui comptent tout de même quelque 500.000 lecteurs et bénéficient d'un positionnement unique en Belgique francophone, ont perdu de l'argent en 2016 et 2017. Cette année, si les tendances se confirment, ces pertes pourraient atteindre 2 millions d'euros. Si l'on ne fait rien, elles continueront à s'aggraver", a-t-il notamment expliqué.

"En tant qu'administrateur délégué, mon rôle est de créer un futur pour ce journal, avec un plan ambitieux grâce auquel on veut devenir numéro 1 en Wallonie", a ajouté Jos Donvil selon qui restructurer était "indispensable", les Editions de l'Avenir n'ayant pas suivi, ces dernières années, la tendance des groupes concurrents en termes de réduction de personnel.

A entendre son patron évoquer "ce plan de croissance", on comprend que la vente du quotidien n'est pas à l'ordre du jour alors qu'IPM (La Libre, La Dernière Heure) a marqué son intérêt en promettant d'éviter les licenciements collectifs. "La situation d'IPM n'est pas brillante. Marier deux groupes en difficulté sans faire de plan social, je n'y crois pas", avait-il d'ailleurs affirmé jeudi matin dans les colonnes de L'Echo.

"Pas top de chercher à détruire ses concurrents"
Une sortie qui n'a pas plu à l'administrateur délégué d'IPM, François le Hodey, lui aussi auditionné au Parlement de Wallonie. "Notre groupe a été attaqué de manière extrêmement désagréable par M. Donvil. Ce n'est pas top de chercher à détruire ses concurrents. J'aurais préféré qu'on mène un débat sur les arguments et sur les faits", a-t-il ainsi déclaré en dénonçant une "communication bas de gamme".

"Nous souhaitons un débat serein, le plus objectif possible afin de travailler pour le futur de la presse. L'enjeu est considérable, celui de l'emploi d'abord mais aussi du pluralisme et de l'indépendance rédactionnelle", a poursuivi M. le Hodey selon qui il existe également "une situation objective de conflit d'intérêt entre une intercommunale politique et un journal qui traite de cette actualité politique".

En outre, a-t-il ajouté, "le plan actuel ne réunit pas les facteurs clés du succès. Dans les 5 prochaines années, la presse va vivre ses années les plus difficiles. C'est comme si nous étions sur une piste de décollage avec un avion. Pour l'instant, ce qui nous fait vivre, notre piste de décollage, ce sont les journaux. Mais vu leur recul, cette piste ne sera bientôt plus là. Et à ce moment-là, dans 5, 6 ou 7 ans, ou l'avion volera, ou pas."

"Le temps joue contre l'Avenir"
"Ce que nous proposons, c'est une solution structurante qui respecte le pluralisme et l'indépendance. Une solution que les autorités de la concurrence devraient accepter dans un délai court. Or, le temps joue contre l'Avenir et il faut aller vite", a conclu l'administrateur délégué d'IPM.

Avant son intervention, les représentants des travailleurs avaient, eux, plaidé pour un portage de la Région via la SRIW (société régionale d'investissements de Wallonie), une solution qui n'est pas privilégiée par l'exécutif régional mais qui permettrait de chercher calmement un repreneur et de sortir de Nethys. Ils avaient également dénoncé la "brutalité" du plan de restructuration, qui doit priver l'Avenir du quart de ses effectifs, et fait état "des pressions" subies de la part du directeur général pour qu'une lettre de soutien des lecteurs ne soit pas publiée, Philippe Leruth allant jusqu'à parler de "censure".

Initialement consacrés à l'avenir de la presse en général, les débats de ce jeudi ont finalement exclusivement portés - actualité oblige - sur la situation des Editions de l'Avenir, Jos Donvil et François le Hodey exposant tour à tour leurs arguments financiers et leur vision du secteur. Alors qu'ils étaient annoncés, Bernard Marchant, le CEO de Rossel, et Jean-Paul Philippot, l'administrateur délégué de la RTBF, étaient quant à eux absents, retenus par d'autres obligations.

Par: rédaction 8/11/18 - 21h50