Battus avec un manche à balai et douche d'eau glacée: "C'est normal si nous sommes difficiles"

© David Legreve.

Le tribunal correctionnel de Malines a condamné les parents d'une famille de dix enfants pour les avoir régulièrement et violemment battus à l'aide d'un manche à balai et pour les avoir punis en leur jetant des seaux d'eau froide à l'extérieur par un froid glacial. C'est le témoignage d'une amie d'une des victimes qui a permis de découvrir l'ensemble des faits. Les enfants, eux, défendent encore leurs parents.

Le couple qui vivait à Heist-op-den-Berg (province d'Anvers) avec ses dix enfants a comparu devant le tribunal correctionnel de Malines. Ils étaient poursuivis pour avoir cassé le bras d'une de leurs filles, pour coups et blessures sur au moins sept de leurs enfants et pour traitements dégradants sur trois d'entre eux. Le juge a prononcé une peine de prison avec sursis probatoire pour une durée de deux ans. Pour rester en liberté, les parents devront respecter deux conditions: suivre une thérapie comportementale et ne pas chercher de contact avec leurs plus jeunes enfants.

Hurlements
Les prévenus vivaient encore avec leur famille nombreuse dans la banlieue de Malines lorsque leur fille, qui avait le bras cassé, a confié à une camarade et sa maman ce qui avait occasionné cette fracture. De plus amples investigations ont révélé que les deux parents battaient régulièrement leurs enfants avec un manche à balai en guise de punition. C'est précisément comme cela que la fillette avait fini dans le plâtre. Autre fait grave: ses frères et elle devaient parfois rester à l'extérieur par un froid glacial et se voyaient jeter un seau d'eau froide quand ils n'avaient pas été sages. 

Lors des auditions, tous les enfants ont donné la même version: ils étaient bien victimes de violences mais trouvaient cela normal. "Il faut bien nous punir lorsque nous sommes méchants!", ont-ils justifié. L'enquête de voisinage a révélé que des hurlements émanaient très régulièrement du domicile familial. Les voisins ont confirmé avoir vu les parents menacer les enfants avec des bâtons.

Problèmes psychiques et loyauté indéfectible
Les dix enfants concernés ont été placés et tous présentent des problèmes à des degrés divers: certains souffrent d'autisme, d'autres d'hyperactivité, de troubles comportementaux ou émotionnels. Loin de leurs parents, ils se portent physiquement bien désormais mais ont tous une vision tronquée du bien et du mal. Dans leur souci de rester loyaux envers leurs parents, ils continuent de les défendre en affirmant que les châtiments corporels sont normaux et justifiés.

Toutes les deux semaines, certains d'entre eux se rendent, cinq à la fois seulement, chez leurs parents pour passer ensemble la journée du samedi. Les avocats des parents, qui ont entre-temps déménagé à Beringen, ont plaidé une peine de probation autonome (système qui vise les peines courtes et entraîne une série de conditions sur-mesure à respecter durant un délai fixé par le juge afin de favoriser la réinsertion sociale et lutter contre la récidive, N.D.L.R.) ou une peine avec sursis. "Ils aiment leurs enfants plus que tout au monde mais ne possèdent pas les outils pédagogiques pour les élever", a nuancé Me Pieter De Wit qui représente le père. "Ils doivent recevoir un suivi psychologique et apprendre comment l'on éduque des enfants". 

Mineurs protégés davantage
Le tribunal a suivi cette requête et estimé qu'il fallait remettre les parents sur le droit chemin plutôt que les incarcérer. Il les a condamnés tous deux à une peine de prison avec sursis probatoire pour deux ans. Le couple devra suivre une formation afin de remettre ses notions et valeurs éducatives à niveau. Une interdiction de contact avec les enfants mineurs d'âge a également été prononcée. Ils ne pourront donc revoir leurs enfants les plus jeunes que lorsque le juge de la Jeunesse l'estimera raisonnable et sûr.

Annabel Claix. 6/12/18 - 13h22