Le cardinal Danneels est décédé

Le cardinal Godfried Danneels est décédé jeudi à Malines à l'âge de 85 ans, a annoncé l'archevêque de Malines-Bruxelles, Jozef de Kesel.

Le cardinal Danneels sera enterré à la cathédrale Saint-Rombaut de Malines à une date qui doit encore être communiquée.

"Notre reconnaissance à l'égard du cardinal Danneels est très grande", indique le cardinal De Kesel dans un communiqué relayé par la Conférence épiscopale. "Pendant de nombreuses années, il a guidé l'Eglise, tel un vrai pasteur, à un moment où l'Eglise et la société connaissaient des changements fondamentaux. Son rayonnement, tant dans notre pays que dans l'Eglise universelle, s'est accru au fil du temps. Par sa parole d'une inspiration tellement cordiale, qu'elle soit dite ou écrite, il nous a toujours conduits à la source d'une main très douce. Il a aussi connu des épreuves. A la fin de sa vie, il était affaibli et épuisé. Nous nous souvenons de lui avec reconnaissance, qu'il repose maintenant dans la paix de Dieu".

Godfried Danneels, le primat de Belgique ouvert sur le monde

Né le 4 juin 1933 à Kanegem, en Flandre orientale, de parents instituteurs, le cardinal Godfried Danneels, aîné d'une famille de six enfants, effectue ses études secondaires au collège Saint-Joseph de Tielt puis au grand séminaire de Bruges afin de devenir prêtre.

De 1951 à 1954, il étudie à l'institut supérieur de philosophie de Louvain, où il obtient une licence en philosophie. Il séjournera ensuite au Collège belge de Rome entre 1954 et 1959 et décrochera en 1961 son doctorat en théologie à l'université Grégorienne.

Ordonné prêtre le 17 août 1957, il est nommé, en 1959, chef spirituel de la section de théologie du grand séminaire de Bruges ainsi que professeur de liturgie à Louvain. En 1969, il est chargé de veiller à la formation continue des prêtres à l'évêché de Bruges et est nommé professeur à la faculté de théologie de l'université de Louvain.

Il publie alors de nombreux articles dans diverses revues théologiques et collabore à la rédaction de documents pour l'épiscopat belge. Il s'intéresse surtout au domaine de la liturgie et collabore notamment à la rédaction du Dictionnaire Liturgique. Il porte également une attention particulière à la vulgarisation des acquis théologiques et au catéchisme destiné aux adultes.

Godfried Danneels organisera par ailleurs chaque année, en collaboration avec ses collègues du séminaire de Bruges, un cours de théologie pour un large public, centré sur un sujet d'actualité.

Lors de la fondation du diaconat permanent à l'évêché de Bruges, il est chargé d'élaborer et de mettre en œuvre une méthode de formation pour les diacres et de s'occuper de la formation des premiers d'entre eux.

Le 16 novembre 1977, il est nommé évêque d'Anvers par le pape Paul VI. Le 18 décembre de la même année, il est ordonné évêque par le cardinal Suenens. Il n'avait jusqu'alors eu aucune responsabilité directe en tant que dirigeant, mais il était depuis longtemps proche de la direction de l'Église, ayant été à tous égards plus qu'un simple "spectateur attentif" auprès de l'évêque de Bruges.

Un homme de consensus
En tant qu'évêque d'Anvers, il porte une attention particulière à l'accompagnement spirituel et pastoral des prêtres, diacres et personnes travaillant dans son évêché, au renouvellement spirituel et à la collaboration entre les prêtres et les laïcs. Il réalise également de nombreuses brochures et émissions radio.

En juin 1978, il devient membre de la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi.

Le 21 décembre 1979, il est nommé par le pape Jean-Paul II comme successeur du cardinal Suenens. Il devient évêque du diocèse de Malines-Bruxelles et président de la Conférence épiscopale de Belgique le 4 janvier 1980. Il occupera cette fonction jusqu'au 18 janvier 2010, date à laquelle le pape Benoît XVI désigne Mgr Léonard, évêque de Namur, pour lui succéder à la tête de l'Église catholique belge.

Le 2 février 1983, il est créé cardinal.

Il a été le représentant des évêques belges aux synodes (assemblée ecclésiastique, NDLR) de 1980, 1983 et en 1985 il a été nommé rapporteur au synode extraordinaire pour les vingt ans du Concile Vatican II. Il participera ensuite aux synodes de 1987, 1991 et 1994 et sera à nouveau choisi comme membre du secrétariat permanent du synode.

Le cardinal Danneels a été désigné comme membre de la Congrégation pour l'Enseignement catholique, de la Congrégation pour l'Évangélisation des Peuples, du Conseil pour les Affaires publiques de l'Église, de la Congrégation du Culte divin et de la Discipline des Sacrements, de la Congrégation pour les Églises Orientales et du Secrétariat des non-croyants.

De 1990 à 1999, il a également été président de Pax Christi International, un mouvement de paix. Dans le cadre de cette fonction, il a participé à une mission de paix en ex-Yougoslavie et s'est rendu au Soudan.

Ses prises de positions sur le préservatif, l'homosexualité, le rôle des femmes dans l'Église ou encore l'organisation de cette dernière institution ont donné de lui l'image d'un homme de consensus, modéré et ouvert sur le monde, tranchant singulièrement avec l'intransigeance vaticane et faisant de lui une figure très appréciée par ses pairs de tendance libérale.

Affaires de pédophilie
Sa retraite fut cependant assombrie par les affaires de pédophilie au sein du clergé belge et leur tentative d'étouffement présumé par la hiérarchie ecclésiastique. Le palais archiépiscopal de Malines, la crypte de la cathédrale Saint-Rombaud ainsi que le domicile privé du cardinal furent ainsi perquisitionnés par la justice belge le 24 juin 2010 dans le cadre de l'Opération Calice à l'origine d'une longue saga judiciaire. D'aucuns reprochèrent également à l'ancien primat de Belgique de ne pas avoir encouragé la démission de l'évêque de Bruges, Roger Vangheluwe, lorsqu'il fut mis au courant, le 8 avril 2010, des abus commis par ce dernier entre 1973 et 1986. Godfried Danneels fera par la suite son mea culpa dans cette affaire, reconnaissant avoir commis une erreur de jugement en ne réclamant pas immédiatement la démission de Mgr Vangheluwe.

Le cardinal Danneels participera également en tant que membre du Sacré Collège à deux conclaves. Le premier en 2005, après la mort du très médiatique Jean-Paul II, qui verra l'élection de l'austère gardien du dogme catholique, le cardinal allemand Joseph Ratzinger sous le nom de Benoît XVI et le second après la démission surprise le 28 février 2013 de ce même pape et l'arrivée sur le trône de Saint-Pierre de l'archevêque de Buenos Aires, le jésuite argentin Jorge Mario Bergoglio dont le style devait singulièrement trancher avec celui de son prédécesseur.

L'ancien primat de Belgique prit encore part aux deux synodes consacrés à la famille par le pape François en 2014 et 2015.

Visite d'état en Belgique du Président de la République italienne Carlo Azeglio Ciampi: dîner de gala au Palais de Bruxelles en présence de la reine Fabiola, en 2002. © photo news.
Participation du Dalai Lama au congrès "Stratégies pour la paix et la compréhension mutuelle", en 2006. © photo news.
Le cardinal Godfried Danneels lors de la visite du pape Jean-Paul II en Belgique. © photo news.
Mariage du Prince Philippe et de Mathilde d'Udekem d'Acoz en 1999. © photo news.
Godfried Danneels lors de sa nomination en tant qu'archevêque de Mechelen et président de la conférence des évêques de Belgique, en 1980. © photo news.

"Un homme très affable pour qui j'avais beaucoup de respect"
Bart Somers a bien connu le cardinal Godfried Danneels dans le cadre de ses fonctions de bourgmestre de Malines. "C'était quelqu'un de très affable", a déclaré M. Somers, jeudi, dans une première réaction au décès du cardinal Danneels.

"Je l'ai bien connu, nous nous sommes rencontrés régulièrement dans le cadre de nos fonctions respectives", a dit Bart Somers. "Il était très affable, très amical aussi. Il a toujours attaché une grande importance a une bonne collaboration avec la ville, j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour lui".

"Un grand conciliateur avec lequel j'ai connu une belle collaboration" 
"Je suis très ému même si je m'attendais un jour ou l'autre à cette triste nouvelle, le cardinal étant très faible depuis un an", a réagi Erik De Beukelaer, ancien porte-parole des évêques de Belgique (2001-2010) et qui, à ce titre, a longuement travaillé avec Godfried Danneels, décédé jeudi à l'âge de 85 ans.

"Le cardinal était un homme timide et j'étais moi-même plus exubérant mais nous nous sommes rapidement apprivoisés et nous avons eu une belle collaboration", explique l'abbé De Beukelaer, désormais vicaire épiscopal du diocèse de Liège. "En cas d'urgence médiatique, nous communiquions par sms et cela se passait toujours de façon rapide".

Le cardinal Danneels était aussi quelqu'un qui assumait ses responsabilités et était un homme de conciliation, souligne Erik De Beukelaer. "Le pape Jean-Paul II l'avait choisi comme rapporteur lors du synode de 1985 pour ses qualités-là. Il faisait le lien, créait des ponts. Il avait aussi été accueilli de manière tout à fait officielle à la Grande Synagogue de Bruxelles et entretenait des amitiés dans le milieu de la laïcité".

Sur la délicate question de abus sexuels au sein de l'Eglise, le défunt prélat a eu une attitude conséquente, assure Erik De Beukelaer. "Il a toujours voulu connaître la vérité, n'a jamais cherché à cacher quoi que ce soit".

Enfin, selon son ancien porte-parole, le cardinal Danneels était un homme qui savait écouter et qui était doté d'un grand sens de l'humour et de la répartie.

"Un homme-clé dans un moment de transition de l'Eglise"
Le cardinal Godfried Danneels "a été à un moment de transition de l'Eglise catholique, un homme-clé qui a apporté des idées progressistes, à l'échelle de l'Eglise s'entend", témoigne Baudouin Decharneux, Professeur et membre du département de philosophie, éthique et sciences des religions et de la laïcité de l'Université Libre de Bruxelles (ULB).

"C'était aussi un homme de dialogue et de paix", poursuit le Pr Decharneux. "J'en veux pour preuve sa venue à l'ULB lors d'un débat où il a démontré toute son ouverture d'esprit et son sens de l'humain. Ce n'est pas tous les jours qu'un haut représentant de l'Eglise vient à l'ULB mais le cardinal Danneels était un homme qui aimait rassembler".

"Personnellement, je l'appréciais aussi pour son humanité et sa modestie", conclut Baudouin Decharneux.

"Un homme qui a eu la volonté de dialoguer avec tous les musulmans de Belgique"
Le cardinal Godfried Danneels "laisse derrière lui une vision de l'Eglise partagée par un nombre important de catholiques à travers le pays et en Europe", a réagi jeudi l'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB).

L'EMB reconnaît en la personne du cardinal Danneels "un clerc érudit au franc-parler qui relèverait nombre de hauts dignitaires religieux de par le monde". "Il n'a pas hésité plus d'une fois à se positionner, à juste titre et avec courage, sur les questions relative à l'islam en Belgique et en Europe", salue l'Exécutif dans un communiqué.

L'ancien archevêque de Bruxelles-Malines a affiché "sa volonté de dialoguer avec l'islam en tant que système religieux mais aussi et surtout avec les musulmans de Belgique dans leur grande diversité", relève encore l'EMB.

L'instance considère ses prises de position publiques "comme de riches réflexions venues nourrir des débats menés en interne et qui stimulent encore aujourd'hui une pensée en mouvement".

Par: rédaction 14/03/19 - 12h35