La grogne des gilets jaunes, tout profit pour l'extrême droite?

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En France, des voix s'élèvent pour mettre en garde sur une infiltration du mouvement des gilets jaunes par l'extrême droite. "Marine Le Pen n'a jamais été aussi proche du pouvoir", estime notamment le journaliste Jean-Michel Aphatie.

Initialement pacifique, le mouvement des gilets jaunes, infiltré par des casseurs, a rapidement dérapé en France. Mise à feu et à sang ces deux derniers samedis, Paris s'apprête à vivre un nouveau week-end noir, malgré les concessions réalisées par l'exécutif.

Qui sont les gilets jaunes?
Mais en France, on s'interroge sur l'identité et la sensibilité politique de ces gilets jaunes qui appellent, pour bon nombre d'entre eux, à la démission d'Emmanuel Macron. Sont-ils de droite, de gauche, extrémistes ou tout simplement apolitiques? Difficile d'y répondre puisque leurs profils sont aussi disparates que leurs revendications.

Néanmoins, plusieurs éléments laissent à penser que le mouvement penche plutôt vers la droite de l'échiquier politique, comme l'a expliqué le journaliste politique Jean-Michel Aphatie ce jeudi sur Europe 1. Il cite l'origine de la grogne des gilets jaunes, à savoir les taxes (sur le carburant), les impôts et l'utilisation de cet argent par l'Etat. Une contestation de droite selon lui.

"C'est le thème de l'argent gaspillé par l'Etat [...] Ça, à gauche, on n'y pense pas, on n'attaque pas les impôts et l'Etat, parce que dans la culture de gauche, on y voit un outil de redistribution de la richesse et de lutte contre l'inégalité", souligne le journaliste.

Symboles français
Ensuite, les symboles de la France, comme le drapeau tricolore ou la Marseillaise que les gilets jaunes n'hésitent pas à arborer et à chanter. "Bien sûr, ces emblèmes appartiennent à la nation, droite et gauche confondues, mais dans une démarche militante, politique, jamais des gens qui se réclament de gauche ne prennent le drapeau tricolore, ça appartient plutôt à la culture de droite", ajoute Jean-Michel Aphatie.

De plus, selon lui, l'une des revendications des gilets jaunes est d'en finir avec la politique de l'assistanat, une pensée également de droite.

L'atout numéro un de l'extrême droite
Enfin, le journaliste analyse le paysage politique français à l'heure actuelle, qui confirmerait que le mouvement des gilets jaunes est "solidement enraciné à droite." "La gauche est inexistante, divisée [...] Toute la gauche est balayée, Jean-Luc Mélenchon y compris. La droite, qui domine, est composée de deux camps importants aujourd'hui. La droite républicaine, avec beaucoup d'élus locaux, mais qui n'a plus de chef, ni de programme [...] Puis il y a le Rassemblement national qui a tous les atouts d'un parti en marche: un chef, un programme, et un atout formidable dans la France d'aujourd'hui: il n'a jamais été associé au pouvoir et ne peut donc pas être tenu pour responsable de la crise qui existe", note Jean-Michel Aphatie qui estime que "Marine Le Pen n'a jamais été aussi proche d'accéder au pouvoir."

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen. © photo news.

Si les élus frontistes, MLP en tête, ont bien du mal à incarner l'opposition à Macron et sa République En Marche à l'Assemblée nationale, le parti peut légitimement supposer que la colère de la rue peut lui être profitable.

Des "Gilets jaunes libres" très à droite
De nombreux exemples montrent que les gilets jaunes ont été infiltrés par des personnalités proches de l'extrême droite.

Une tribune de "Gilets jaunes libres" appelant à un dialogue avec le gouvernement a été publiée par le JDD le 2 décembre. D'après le site Arrêt sur images, plusieurs des ces gilets jaunes se disant libres auraient des affinités avec l'extrême droite.

Un "négationniste" et "antisémite revendiqué" en Une de Paris Match
Par ailleurs, la Une maladroite du dernier numéro de l'hebdomadaire Paris Match a suscité la polémique. En guise de couverture pour illustrer la colère des gilets jaunes à Paris, le magazine a choisi une photo où l'on voit un militant d'extrême droite notoire face à un policier. L'homme en question n'est autre qu'Hervé Ryssen, qualifié de "militant nationaliste de l'ultradroite, antisémite revendiqué" par la journaliste de l'AFP Anne Renaut.

Les Inrocks précisent que l'homme a été condamné à plusieurs reprises. Notamment en juin 2018 après avoir posté une vidéo antisémite pour laquelle il a écopé d'un an de prison avec sursis.

Propagande sur les réseaux sociaux
Et la propagande d'extrême droite se retrouve également sur les réseaux sociaux, le moyen de communication priviligié des gilets jaunes, comme le montre un reportage diffusé dans l'émission "C à vous" diffusé le 5 décembre sur France 5.

Maxime Czupryk 7/12/18 - 11h26