Un problème de surpoids chez les enfants belges? "Les parents doivent prendre les choses en main"

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Près d'un enfant belge sur six présente un excès pondéral. L'alimentation dans les cantines est pointée du doigt par une association de parents, alors que d'autres spécialistes sont beaucoup plus inquiets devant le laxisme des parents vis-à-vis de leurs enfants.

La Belgique est-elle un mauvais élève en matière d'obésité? La dernière enquête de consommation alimentaire réalisée par l'Institut de santé publique, datant de 2014-2015, fait état de 15 à 17% d'enfants en excès pondéral. L'obésité elle-même est autour de 4%. "Ces chiffres sont très semblables aux pays limitrophes", nous explique Katia Castetbon, responsable du Service d'Information Promotion Education Santé (SIPES).

Marie-Josée Mozin, diététicienne et présidente honoraire du Club Européen des Diététiciens de l'Enfance (CEDE), est plus inquiète: "C'est évidemment préoccupant. La Belgique est dans les mauvais élèves. Il y a pire que nous, notamment aux États-Unis et en Angleterre, mais il y a des pays où les choses vont beaucoup mieux. Ce qui est le plus inquiétant, c'est l'évolution".

"La cantine n'est pas le souci"

Pour progresser sur le sujet, de nombreux acteurs mettent leur pierre à l'édifice. La Fédération des Associations de Parents de l'Enseignement Officiel (FAPEO) a récemment fait le récit critique de la nourriture servie dans les cantines scolaires à Liège. Selon elle, la qualité de l'alimentation pose problème, tout comme les conditions de prise des repas par leurs enfants. Les parents soulèvent ainsi un enjeu de santé publique.

Selon Marie-Josée Mozin, "la cantine n'est pas le souci". "Le premier problème rencontré par les cantines, c'est le coût. Il est impossible de faire un repas complet pour 2,50 euros. Il y a un très petit pourcentage d'enfants qui mangent à la cantine, seulement 30%. Donc les autres viennent avec leurs tartines, entre autres, de la maison", estime la diététicienne.

Katia Castetbon va dans le même sens: "La cantine a un rôle éducatif, pour ouvrir le goût aux enfants sur ce qu'ils ne mangeront pas à la maison. Dans ce sens, c'est très intéressant. Après, dire que cela aura un impact nutritionnel direct, c'est plus compliqué. Cela ne reste que 4-5 repas par semaine, il se passe beaucoup de choses ailleurs".

 
C'est de la foutaise. Bio, cela veut dire quoi? Cela ne compte pas les calories
Marie-Josée Mozin, présidente honoraire du Club Européen des Diététiciens de l'Enfance

"Si on fait des frites cinq fois par semaine à la maison..."

La FAPEO propose une série de mesures pour améliorer la pause déjeuner des enfants, que ce soit dans leur assiette mais aussi en ce qui concerne les conditions de prise des repas. Parmi elles, "une alimentation de qualité visant des repas à base de produits locaux issus de l'agriculture biologique et/ou raisonnée" est suggérée.

La présidente honoraire du CEDE nous explique que cette proposition est inefficace pour lutter contre l'obésité infantile: "C'est de la foutaise. Bio, cela veut dire quoi? Cela ne compte pas les calories. Si un légume a moins de pesticides, ce n'est pas pour cela qu'on va moins grossir. Si on fait des frites cinq fois par semaine à la maison, vous pouvez manger bio à la cantine cela ne changera rien".

Marie-Josée Mozin estime que la priorité est plutôt de changer les mentalités à la maison. Et ce, dès les premiers mois. "On a fait des études concernant l'alimentation lors de la première année de vie, où les gens donnent trop de protéines, de lait, de fromage... On a pu montrer la relation entre ces excès et l'excès de poids par la suite, sur le long terme", indique-t-elle.

 
Il n'y a pas que l'alimentation dans les causes du surpoids, il y a aussi le manque d'activité physique
Katia Castetbon, responsable du Service d'Information Promotion Education Santé.

"Le problème reste important"

La responsable du SIPES note aussi cette période décisive: "Les premiers mois de la vie sont très importants. Également, la période des 2-3 ans lors de l'apprentissage de l'alimentation de type adulte. Il n'y a pas que l'alimentation dans les causes du surpoids, il y a aussi le manque d'activité physique par exemple".

Évidemment, tout ne se joue pas lors des premiers mois, et maintenir une alimentation équilibrée tout au long de l'enfance est tout aussi important. "Par exemple, la collation de 10 heures est le point de départ d'un excès de consommation de calories. Des parents donnent tout et n'importe quoi pour rassurer leur enfant car il est triste d'être à l'école. Ce n'est pas en donnant des bonbons qu'on va régler son problème", pointe du doigt la diététicienne.

"On essaye de prévenir et de sensibiliser au maximum. On a réussi à freiner une forte augmentation du surpoids chez les enfants constatée entre les années 1980 et le début des années 2000. On vise maintenant une diminution car le problème reste important", réagit Katia Castetbon.

 
Aujourd'hui, les parents ne savent plus dire non aux enfants
Marie-Josée Mozin

8% des enfants mangent cinq fruits et légumes par jour

Un autre chiffre interpelle: seulement 8% des enfants et des jeunes consomment les cinq portions quotidiennes de fruits et légumes généralement préconisées. "Cela montre qu'on ne s'en inquiète pas. Aujourd'hui, on ne sait pas dire non aux enfants. Il faut apprendre. Les parents doivent prendre les choses en main", affirme Marie-Josée Mozin.

Les conséquences du surpoids peuvent durer sur le long terme, avec un risque de développer d'autres maladies comme le diabète. La diététicienne conclut en expliquant ce cercle vicieux: "C'est difficile de sortir de l'obésité lorsqu'elle s'est installée. Ce qu'on va privilégier chez l'enfant, c'est de le faire grandir sans grossir plutôt que de le faire maigrir".

Par Mathéo Geslan 9/01/19 - 07h08

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