Un manuel scolaire se moque des femmes qui fument

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Un manuel scolaire encourageant les élèves du Kirghizstan à dénigrer les femmes qui fument ou qui portent des vêtements légers a déclenché jeudi les critiques du Parlement dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale.

Ce manuel scolaire, approuvé par le ministère de l'Éducation pour les cours obligatoires de morale à destination des élèves âgés de 9-10 ans, propose un exercice sur une jeune femme nommée Goulaïm, qui fume et a un piercing au nombril.

Un poème accolé à l'exercice indique qu'elle marche "de façon provocante" autour des hommes avec "son corps demi-nu" comme un "os à moitié rongé".

"Comment doit se comporter une fille convenable?"
Le manuel, intégré cette année au programme, inclut des questions comme "Peut-on être fier de filles comme Goulaïm?" et "Comment devrait se comporter une fille convenable?"

S'exprimant jeudi au cours d'une session du Parlement kirghiz, la députée Aïzoulouou Mamachova a dénoncé un livre apprenant aux enfants "la haine et les critiques".

Le poème et les illustrations "provoquent l'intolérance et l'agressivité chez les enfants", a expliqué à l'AFP après la session la députée, âgée de 30 ans. "En tant que mère, cela m'affecte au plus profond de moi-même", a-t-elle ajouté.

Le manuel scolaire a attiré l'attention après que des parents d'élèves en colère en eurent publié des extraits sur Facebook.

"Et bien, peut-être que je devrais inviter Goulaïm à boire un verre et à fumer pour qu'on discute de ce manuel", a commenté sur le réseau social Altyn Kapalova, auteur de livres pour enfants et militante féministe célèbre.

Pays laïc et une population en majorité musulmane
Le Kirghizstan est un pays laïc dont la population est en majorité musulmane, dans lequel les députés et la société civile s'élèvent régulièrement contre les discriminations de genre bien que le conservatisme social ait gagné en influence ces dernières années.

En septembre, une jeune chanteuse kirghize a porté plainte après avoir reçu des menaces de mort pour un clip féministe qui a indigné les milieux conservateurs, au motif que son soutien-gorge y est visible.

En mai, le meurtre d'une jeune femme dans un commissariat, par un homme qui avait voulu la marier de force, avait suscité une vague de protestation. Des milliers de jeunes femmes sont enlevées chaque année au Kirghizstan, principalement dans les campagnes, conformément à une tradition héritée des coutumes nomades que les autorités sont accusées d'ignorer.

Par: rédaction 6/12/18 - 20h03