Stéphane Rotenberg: "Top Chef est un trésor"

© Stéphane de Bourgies/M6.

Aux commandes du programme depuis le premier jour, Stéphane Rotenberg fête cette année le dixième anniversaire de "Top Chef" et dresse le bilan de cette décennie culinaire. Rencontre...

Il y a 10 ans, quand on vous a proposé d'animer le programme, imaginiez-vous qu'il puisse s'inscrire dans la durée?
Non, on a démarré la première année sans trop savoir dans quoi on s'engageait. M6 voulait acheter "Master Chef", qui cartonnait partout dans le monde, mais TF1 était dans la course et a réussi à nous subtiliser le programme avec ses millions. On s'est ensuite tourné vers "Top Chef", qui était diffusé sur une petite chaîne américaine. Ici, il s'agissait de cuisiniers professionnels, et pas amateurs comme dans "Master Chef". On craignait que le téléspectateur ne puisse pas s'identifier. Et, finalement, ce désavantage a tourné à notre avantage. On a réalisé que, plus c'était technique, plus l'émission plaisait au public. C'était une vraie surprise! On s'est éloignés du format américain pour décrypter les recettes dans le détail.

Le niveau des candidats a-t-il évolué au fil des saisons?
Je ne crois pas que les candidats des premières saisons réussiraient le casting de " Top Chef " aujourd'hui. A l'époque, comme on cherchait justement à ce que le téléspectateur puisse s'identifier, on emmenait les candidats chez les gens, cuisiner avec ce qui se trouvait dans leurs frigos. Aujourd'hui, on est dans l'excellence. Nos critères de sélection sont devenus très exigeants. Cette année, nous avons reçu 1.300 candidatures. A titre comparatif, nous avons reçu 44.000 candidatures pour "Pékin Express". Mais bon,  il n'y a pas de pré-requis pour ce genre de programme. Tout le monde peut s'inscrire! Dans "Top Chef", il faut être cuisinier professionnel. 60 des 1.3000 candidats ont ensuite été sélectionnés sur base de leur C.V. et de leur plat signature, qu'ils ont ensuite dû cuisiner devant un jury composé, entre autres, de "Meilleurs Ouvriers de France" ou MOF, comme on dit dans le jargon. Hélène Darroze, Michel Sarran et Philippe Etchebest disent qu'ils sont encore plus intransigeants qu'eux.

Que pensez-vous des candidats belges cette année?
Contractuellement, M6 doit intégrer un candidat belge au casting pour respecter ses engagements envers RTL TVI. Cette année, ils sont trois Belges et ils nous ont bluffé par leur complémentarité. Il y a Paul, qui est un patron de resto, Sébastien, qui est chef à domicile, puis Ibrahim, qui a travaillé dans de grands étoilés. Puis, il y a Samuel qui est Français, mais qui est très proche de votre pays, puisqu'il travaille pour l'ambassadeur de Belgique à Tokyo. Depuis la saison 1, avec Alexandre Dionisio, les candidats belges nous surprennent. Ils ont une vraie identité. En Belgique, il y a un vrai terroir.

 
"Les candidats des premières saisons ne réussiraient pas le casting de Top Chef aujourd'hui"
Stéphane Rotenberg

Autre nouveauté de cette dixième édition, Jean-François Piège devient chef de brigade. En quoi cela change-t-il la dynamique du programme ? 
L'humeur change! Jean-François Piège est déstabilisant. Son jugement est respecté par tous les candidats. C'est un grand technicien mais il a aussi une connaissance culinaire énorme. C'est l'un des plus grands collectionneurs de livres de cuisine au monde. C'est quelqu'un de curieux, qui va manger à toutes les tables. Son verdict est toujours très attendu, voire redouté, parce qu'il passe chaque assiette au scalpel. Sa manière d'épauler les candidats est très différente de celle de Hélène Darroze, qui est plus dans la rondeur, de Philippe Etchebest, qui est plus rentre-dedans, ou de Michel Sarran, qui est fort dans l'émotion. Jean-François met plus de distance, il est très professionnel. C'est intéressant de voir comment chaque chef transmet son savoir avec cet objectif commun: celui d'emmener leur candidat jusqu'au bout. 

Pensez-vous que le programme durera 10 années supplémentaires?
Pourquoi pas? Force est de constater qu'il est très difficile, à l'heure actuelle, de lancer de nouvelles émissions en télévision. En revanche, si les gens aiment un rendez-vous, ils reviennent, sont ravis de retrouver un programme qu'ils connaissent. Évidemment, on ne peut pas cartonner pendant dix ans. On l'a vu avec nos audiences qui ont parfois atteint un niveau très élevé pour redescendre ensuite. On ne peut pas battre des records chaque année. Il n'empêche, "Top Chef" est un trésor.  

A partir de ce lundi 11 février à 20h20 sur RTL TVI.

 
"Jean-François Piège comme chef de brigade? Il est déstabilisant!"
Stéphane Rotenberg
© Marie ETCHEGOYEN/M6.

Lisa Themelin 11/02/19 - 08h02