Un clip vu 3,5 milliards de fois et des tubes à la pelle: la star du moment, c'est lui

© Jimmy Fontaine.

Charlie Puth a été propulsé avec violence sur le devant de la scène en 2015. Ce gamin de 23 ans alors, originaire du New Jersey, s'offrait un featuring sur "See You Again" de Wiz Khalifa. Ce morceau qu'il a écrit et produit est entré dans l'histoire en devenant le deuxième clip le plus visionné du monde sur YouTube: à ce jour, plus de 3,5 milliards de personnes l'ont regardé. Seul "Despacito" a fait mieux. Si la chanson a eu un tel succès, c'est notamment parce qu'elle était la bande-originale de "Fast and Furious 7" et qu'elle rendait hommage à Paul Walker, tragiquement disparu un peu plus tôt. Ça aurait pu être une gloire éphémère mais Charlie Puth a profité de l'aubaine. Il y a eu l'album "Nine Track Mind", porté par les singles "Marvin Gaye" avec Meghan Trainor et "We don't talk anymore" avec Selena Gomez. Son album "Voicenotes", le deuxième donc, déjà truffé de tubes, sort aujourd'hui. On vous l'assure: Charlie Puth va faire la météo musicale des mois à venir. Rencontre exclusive.

Charlie Puth est un garçon de sa génération: hyper connecté. Toutes les chansons de son album sont nées sur son iPhone. "J'ai enregistré en marchant dans la rue, sous la douche, toutes les mélodies que j'avais dans la tête", nous expliquait-il récemment dans un hôtel chic des beaux quartiers de Los Angeles. "Le cours que je ratais à l'école était le cours de théorie musicale où il faut retranscrire les notes de musique sur papier. Je n'y arrivais jamais. Tout est dans ma tête, tout ce que je sais faire c'est retranscrire ce que j'ai dans la tête."

"Voicenotes" a gardé son âme artisanale et c'est probablement pour ça que ça marche aussi bien. "La plupart des gens qui enregistrent des mélodies sur leur iPhone entrent en studio avec l'idée de recréer l'original. Mais je ne suis pas bon pour ça. Je pars du principe que si c'était bon sur le moment où ça a été enregistré, pourquoi ne pas garder ce moment et juste construire la chanson là-dessus? Pour 'We don't talk anymore' par exemple, la partie guitare a été enregistrée quelque part dans les coulisses d'un concert. Le week-end suivant, j'ai passé des heures à essayer de recréer la magie qu'on avait sur le téléphone. Et à la fin, je me suis juste dit: pourquoi on n'utilise pas simplement ça?"

Charlie s'est mis à travailler sur l'album en janvier 2017, dans la maison du New Jersey où il a grandi. "Avec mes parents qui écoutaient chaque chanson et qui donnaient leur avis. C'était assez sympa." Il a tout de suite décidé de produire les chansons lui-même. C'était une façon pour lui de sortir du succès monumental de "See you again".

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"Personne ne s'intéressait à l'artiste derrière le tube"

"Quand vous arrivez dans cette industrie avec l'une des plus grandes chansons de la dernière décennie, personne ne remarque l'artiste. La chanson est bien plus grande que moi... Et c'est formidable, ça a changé ma vie... Mais si tout le monde savait que c'était le générique de Fast and Furious, personne ne savait, ne faisait attention à l'artiste qui était derrière. Ou alors les gens s'en moquaient."

Il a donc voulu montrer ce qu'il savait faire. "J'ai produit une chanson, puis une autre, puis finalement tout l'album. Ça a pris quelques années avant que les gens ne fassent le rapport entre la chanson et moi mais quelle satisfaction de voir sur l'album la mention "produit par Charlie Puth"."

"Voicenotes" est pensé comme un ensemble complet, avec des morceaux qui se répondent, se complètent et forment un tout. "L'album entier est du jazz déguisé en pop", sourit-il. "Ma vibe semble s'adresser aux adultes mais j'ai des jeunes de 12 ans, des adolescents, des préadolescents qui chantent mes titres. Ça fait de moi le gars le plus heureux du monde parce que je les éduque secrètement, qu'ils le veuillent ou non."

 
Je sais que tout le monde n'aime pas ma musique, je comprends, mais je sais aussi que si vous l'entendez par hasard à la radio, que vous êtes bloqué dans les embouteillages et qu'il n'y a rien d'autre à écouter, je veux que vous puissiez fredonner cette chanson facilement, même si vous ne l'aimez pas.
Charlie Puth
© Jimmy Fontaine.

Le côté "horrible" de la célébrité

Charlie Puth est un jeune homme curieux, aussi passionné que passionnant. Son interview, il la donne planqué derrière son piano qu'il utilise allègrement pour expliquer en musique ce qu'il raconte. Il réagit au son d'une voix, à un serveur qui secoue son shaker au loin. "Tout est musique pour moi", nous explique-t-il. "J'entends presque trop. Du coup je peux être très distrait." Ses aventures quotidiennes l'inspirent pour l'écriture. Les premières notes du titre "Attention" lui sont ainsi venues quand il était pourchassé par une horde de fans dans un aéroport. "Ça fait un peu course-poursuite dans un film", se marre-t-il.

On sent cependant que le star-system ne l'intéresse qu'assez peu. Dans ses attitudes, Charlie Puth semble être un garçon plutôt réservé. Ce n'est pas parce qu'on choisit un métier public qu'on est à l'aise avec la célébrité. "Quand je suis sur scène, quand c'est un fanatisme qui s'exprime au bon moment pour la bonne raison, je n'ai pas de souci. Mais il y a un côté horrible à la célébrité: pour la création de Voicenotes j'étais vraiment seul. C'est incroyable, vraiment, comme plus vous êtes connu, plus vous êtes seul."

 
"C'est incroyable, vraiment, comme plus vous êtes connu, plus vous êtes seul."
Charlie Puth

Ces gens qui veulent qu'il crashe sa voiture

Ces mots, prononcés par une jeune star de 26 ans, ont une résonnance particulière depuis le décès du DJ Avicii, au quasi même âge, qui n'avait jamais caché sa difficulté à gérer sa notoriété. "C'est très difficile", confie Charlie Puth, la voix serrée. "Il faut garder votre famille vraiment proche de soi. Il y a des gens qui ne se préoccupent pas de ce qu'on est, qui veulent se faire de l'argent sur votre dos, qui veulent que je crashe ma voiture pour avoir une bonne photo... C'est horrible. On n'a pas de vie privée, on est espionné tout le temps." Mais il sait que beaucoup donneraient cher pour avoir quelques miettes de son succès. "Je ne veux pas me plaindre: ma vie est géniale."

Et si l'intérêt qu'on lui porte dans la rue l'importe assez peu, c'est aussi le cas des récompenses que l'industrie lui accorde. "J'aime être reconnu pour ma musique parce que c'est mon travail. Ça ne touche pas mon ego, ça ne me fait pas dire que je suis meilleur que ce que je suis en réalité. C'est comme quand le prof vous donne une gommette dorée parce que vous avez fait un joli dessin. Ça te donne juste l'impression que tu as bien travaillé."

Il fait de la musique aussi pour ceux qui ne l'aiment pas

Pour la création de l'album "Voicenotes", Charlie Puth avait quelques idées bien à lui. Ainsi, il fait de la musique aussi en pensant à ceux qui ne l'aiment pas... "Je sais que tout le monde n'aime pas ma musique, je comprends, mais je sais aussi que si vous l'entendez par hasard à la radio, que vous êtes bloqué dans les embouteillages et qu'il n'y a rien d'autre à écouter, je veux que vous puissiez fredonner cette chanson facilement, même si vous ne l'aimez pas. Ça a du sens ce que je dis?", rigole-t-il.

Charlie Puth ne s'en cache pas: il a eu la pression pour sortir des chansons valables après le succès massif de "See you again", et il s'est mis la pression aussi. Il s'avoue anxieux. "Je me pose beaucoup de questions. Devrais-je travailler avec d'autres personnes? Est-ce que je suis cool? J'ai 26 ans, comment ferai-je à 30 ans pour rester cool? Quand je deviens vraiment anxieux, je sors, je marche, et j'essaie de tout oublier. Je me rappelle que je fais de la musique pour les gens, que je fais de la musique que j'aime jouer. En fait, produire tout un album, c'est difficile: vous réfléchissez tout le temps."

Il peut désormais mettre son cerveau sur pause: "Voicenotes" est sorti, il ne peut plus en modifier une note. L'aventure continuera sur scène. La date belge n'est pas encore tombée mais ça ne saurait tarder.

Deborah Laurent 11/05/18 - 07h00