Pourquoi Quotidien s'intéresse-t-il tant à la Belgique?

© Capture d'écran TMC.

Le roi Philippe, le prince Laurent et les Magritte, Pierre Kompany, Miss Belgique... Ils sont tous Belges. Oui, d'accord. Autre point commun? Ils ont récemment inspiré les équipes de Quotidien, le programme phare de TMC diffusé du lundi au vendredi. Un intérêt récurrent porté "aux mystérieux voisins" dicté par l'unique volonté de se moquer? Quel(s) intérêt(s) les journalistes de Yann Barthes ont-ils à traverser la frontière? La Belgique fait-elle vraiment l'objet d'un traitement de (dé)faveur? Analyse.

"Je voudrais m'adresser aux téléspectateurs belges (...) On vous connaît mal et c'est dommage. Vous êtes si proches et si mystérieux." Ceci n'est peut-être pas un lancement anodin. Sorti de la bouche de Yann Barthes en novembre dernier, il semble s'ériger comme le parfait symbole de la démarche éditoriale de Quotidien à l'égard de la Belgique.

Le "mystère" pas loin et pas cher

"L'intérêt des médias français pour la Belgique n'est pas neuf et résulte d'une certaine ambivalence. Il y a d'une part la proximité géographique, le partage d'une langue et de traits culturels communs. Et d'autre part, une réalité très différente, observable notamment sur le plan politique", entame Camille Laville, chercheuse en journalisme et maître de conférences à l'université Nice Sophia Antipolis, avant d'évoquer la propension plus importante de Quotidien à traiter des sujets belges.

"Ce n'est pas un magazine d'information classique. Ici, on est clairement dans l'infotainement, un savant mélange entre information et divertissement. La dimension autodérision et singularité de la Belgique en fait un vrai terrain fertile pour Quotidien qui peut alimenter différemment, et pour des coûts de production similaires, des reportages qui pourraient très bien être réalisés en France. On va utiliser de la matière belge et la replacer dans un cadre français", poursuit-elle en illustrant son propos par le portrait dédié à Pierre Kompany, unique bourgmestre de couleur élu en Belgique.  

"Le dispositif mis en place par Quotidien concernant la Belgique n'est pas novateur et s'inscrit dans la lignée du magazine Strip-tease. Le filon est limpide, trouver des personnages particuliers. Le reportage consacré à Pierre Kompany, nouveau bourgmestre de Ganshoren, reflète cette volonté. À aucun moment on ne va parler de sa trajectoire politique, de son parcours, de ses opinions. On insiste principalement sur sa personnalité joviale et sympathique, sur l'aspect proximité avec la population. Un profil sans doute plus difficile à trouver en France, même si tous les maires serrent des mains." 

"L'intérêt informatif est complètement absent du reportage", commente l'enseignante. "La légitimité est apportée uniquement lors des retours en plateau où le journaliste précise notamment qu'en France aussi, les maires de couleur font office d'exception. Je le répète, on ne traite pas l'actualité belge au sens propre du terme, on s'en sert pour évoquer autrement un phénomène observable en France."

 
"Le dispositif mis en place par Quotidien concernant la Belgique n'est pas novateur, il s'inscrit dans la lignée de Strip-tease."
Camille Laville, chercheuse en journalisme

Traitement différent, stéréotypes identiques

Distincts sur la forme, les portraits de Pierre Kompany et du roi Philippe dégagent des messages sensiblement identiques. "On amène le bourgmestre de Ganshoren à véhiculer une image très éloignée de sa fonction officielle et cela est aussi perceptible dans la séquence axée sur le roi Philippe, dépeint comme un 'Monsieur Tout le monde' qui aurait très bien pu être dentiste ou notaire", expose Camille Laville.

"On présente le chef de l'Etat comme quelqu'un de relativement simple, proche du peuple. La Belgique est perçue comme un pays où la hiérarchie sociale est moins marquée, où le fossé est moins grand entre les élites et le peuple. On appuie avec insistance sur la notion de proximité. C'est une image restrictive et stéréotypée."

"Les Magritte, un cas typique de piège"

La dimension atypique et "étrange" associée à la Belgique est aussi recherchée dans la couverture des cérémonies, mais la docteure en sciences de l'information et de la communication considère qu'il ne convient pas de comparer les Magritte à l'élection de Miss Belgique. 

"Les Magritte, c'est l'exemple typique du cas où Quotidien peut être pris à son propre piège. Plusieurs acteurs français étaient présents et ont aussi affiché cette autodérision que l'on tente d'attribuer aux Belges. Alex Vizorek, le maître de cérémonie, a été choisi notamment grâce au succès qu'il rencontre en France. Cette remise de prix s'apparente davantage à un pont culturel entre la Belgique et la France."

Selon Camille Laville, seul le "caractère extraterrestre du spectacle de Miss Belgique" offre un cadre propice à la moquerie pure et simple. "Là, on donne le fer pour se faire battre. On parle d'un divertissement très cheap qui génère peu d'intérêt de la part du public. Certains Belges ont découvert grâce à Yann Barthes que l'élection avait eu lieu. Là, on se moque allègrement des Belges, mais au final on ne peut que rire avec eux."

Anthony Marcou 11/02/19 - 08h01