Le regard d'un enfant disparu l'a obsédé pendant 15 ans: il peut enfin arrêter d'y penser

C'est une image qui ne l'a pas quitté pendant quinze ans. Asghar Farhadi a croisé le regard d'un enfant disparu sur un mur du sud de l'Espagne alors qu'il était en vacances en famille. Il n'a jamais pu l'oublier et ça lui a donné l'idée d'un film, celui qui a ouvert le Festival de Cannes hier soir, "Everybody knows". Il peut désormais arrêter d'y penser et passer à autre chose.

Le réalisateur iranien sort de sa zone de confort et nous emmène au coeur de l'Espagne. Un mariage s'organise, l'ambiance est joyeuse et toute la famille est ravie de retrouver Laura, qui vit en Argentine avec son mari et ses enfants. L'homme n'a pas pu faire le déplacement, qu'elle a donc fait seule avec Irene, sa fille adolescente, et Diego, son petit garçon. La fête bat son plein quand Irene se sent mal. Sa mère la couche et retourne s'amuser. Au petit matin, Irene a disparu.

Comme toujours dans les films de Farhadi, le fil de l'histoire se déroule doucement, on avance à pas de loup et de révélations en révélations, chacune changeant notre opinion sur les protagonistes et donnant un nouvel éclairage sur les choses. 

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Laura retrouve Paco, son ancien amour, qui travaille dans un vignoble et semble faire partie intégrante de sa famille. Mais la disparition d'Irene délie les langues. Il y a des comptes à régler et des secrets trop lourds à porter qu'il est temps d'avouer. Les suspects potentiels sont nombreux, la confiance se délite, chacun se soupçonne. Qui ment? Qui aurait eu intérêt à voir disparaître Irene? Pourquoi le mari de Laura n'est pas là? Et pourquoi Paco se sent-il si investi par la disparition de la jeune fille? On se retrouve dans une espèce de Cluedo grandeur nature où chacun a quelque chose à se reprocher ou à cacher.

Penelope Cruz et Javier Bardem jouent ici pour la neuvième fois ensemble et ce n'est pas pour rien que les réalisateurs aiment les engager en duo. Le couple qu'ils forment à la vie insuffle une énergie immédiate à leurs personnages à l'écran.

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"Everybody knows" est une bonne entrée en matière dans la compétition même si la patte de Farhadi est désormais connue et sa façon de raconter ses histoires aussi. C'est un thriller psychologique familial pas désagréable à regarder sans être totalement prenant, porté par de très bons acteurs. On a une pensée pour Bérénice Béjo prix d'interprétation à Cannes pour un autre film d'Asghar Farhadi, "Le passé", et pour Shahab Hosseini qui fut, lui, prix d'interprétation pour "Le client", également de Farhadi. Javier Bardem et Penelope Cruz ont probablement leur chance mais il est encore bien trop tôt pour se prononcer.

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Deborah Laurent 9/05/18 - 05h30