Ça, "le pire film du festival"? Voyons voir...

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On vous le disait ici: samedi, la montée des marches était historique. Perchées en haut des escaliers, des actrices renommées, des réalisatrices, des techniciennes du cinéma réclamaient, à juste titre, l'égalité salariale. Le matin, le film qui nous a emballé s'appelait "Girl", le soir, celui qui a divisé les critiques s'appelaient "Les filles du soleil".

Dirigé par Eva Husson qui a fait une entrée remarquée dans la salle de projection avec son petit garçon excité par l'agitation, plein d'amour pour sa maman, et très à l'aise sous le feu des projecteurs, "Les filles du soleil" dresse le portrait d'un groupe de combattantes kurdes en pleine guerre contre ceux qui seront nommés "les extrémistes". À savoir l'Etat Islamique, jamais désigné sous ce terme puisque comme le précise la note du film, des libertés ont été prises sur les faits, les lieux, les formations politiques.

"Les filles du soleil" dresse le portrait de Bahar qui a vu son mari se faire tuer sous ses yeux, a été violée, capturée, vendue comme esclave avant de prendre la tête d'un bastion de femmes voulant l'anéantissement de ceux qui ont détruit leurs familles. Dans le rôle de la meneuse, Golshifteh Farahani est habitée: on lit dans ses beaux yeux toutes les horreurs qu'elle a subies. Des yeux, Mathilde (Emmanuelle Bercot), journaliste française, n'en a plus qu'un. L'autre a été touché par un éclat d'obus à Homs. Mathilde vient de perdre le père de sa fille, lui aussi journaliste, en Libye. Malgré la dureté du combat, elle reste au front, comme si l'horreur la rapprochait du disparu.

Eva Husson et son petit garçon, très content, en haut des marches. © afp.
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"Les filles du soleil" a divisé la critique. Certains y voient "le pire film" du Festival de Cannes, d'autres lui accordent la Palme. Ceux qui regrettent les approximations politiques n'ont pas tort. Et la musique qui appuie le côté mélodramatique peut vraiment fatiguer: merci, on a compris que c'était dur. Mais personnellement, on y a vu un beau portrait de femmes qui reprennent les droits et le pouvoir que des hommes mal intentionnés leur ont enlevés il y a longtemps. On y a vu une solidarité féminine et un courage sans faille. 

L'image des hommes est peu glorieuse et ça doit en agacer plus d'un. Soit ils sont lâches: ils préfèrent attendre au lieu d'aller au combat et n'hésitent pas à envoyer les femmes en répérage dans un tunnel truffé de mines ("On vous suivra quand ça sera sécurisé"). Soit ce sont des brutes épaisses qui violent et tuent sans une once d'interrogation. Et même celui qui aidera Bahar au moment où elle en aura le plus besoin se moque bien de savoir ce qu'elle a vécu: tout ce qui le motive, c'est l'argent.

Certains dialogues sont maladroits et il n'y a aucun engagement politique. C'est principalement axé sur l'émotion: Bahar n'est portée que par l'espoir de retrouver, un jour, son petit garçon. Malgré l'agacement que le film peut susciter chez certains, "Les filles du soleil" trouve une résonnance particulière dans l'actualité. Chez nous, ça a suffi pour se laisser embarquer. Est-ce que ça suffira également pour toucher Cate Blanchett et ses acolytes? Réponse samedi.

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Deborah Laurent 13/05/18 - 13h42