Benoît Poelvoorde survolté: comment faire pour le canaliser?

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Entre un film déprimant et une météo morose, Gilles Lellouche a apporté un peu de bonne humeur sur la Croisette avec son film "Le grand bain" dans lequel il désape quelques bons acteurs du cinéma français et belge et les oblige à se côtoyer en slip de bain dans les vestiaires de la piscine municipale. "Le pire, quand on tourne dans une piscine, c'est l'acoustique. Tout résonne. Et quand vous avez Benoît Poelvoorde là-dessus, vous avez mal à la tête", rigolait-il hier lors de notre rencontre.

Guillaume Canet, Philippe Katerine, Benoît Poelvoorde, Mathieu Amalric ou encore Jean-Hugues Anglade se mettent en tête de devenir les pros de la natation synchronisée. Non pas pour la performance sportive: c'est juste leur manière de se sortir d'une impasse, d'une incapacité d'avancer. "Je voulais une discipline féminine. La mettre au masculin, c'était tellement inédit et original", nous expliquait Gilles Lellouche.

Le réalisateur voulait, pour une fois, travailler avec des gens "qui ne sont pas mes amis". "Je trouve qu'au bout d'un moment, avoir une famille d'acteurs, ça peut être un peu inhibant. On a besoin de sortir de sa zone de confort et se risquer à d'autres rencontres, à d'autres talents. Mon ami Laurent Lafitte, par exemple, je n'ai pas voulu tourner avec lui parce que c'était mon ami, qu'on a déjà tourné Les Petits Mouchoirs et que je voulais vraiment créer une bande vierge et nouvelle."

Et dans cette bande aux personnalités prononcées et très différentes, une voix portait plus qu'une autre. On a pu le remarquer hier lors de son passage sur la Croisette: Benoît Poelvoorde, tel une tornade, est ingérable. Comment Lellouche a-t-il fait pour canaliser l'énergie de notre compatriote? "On dirige Benoît comme on dirige un enfant", sourit-il. "C'est un type qui veut qu'il se passe quelque chose tout le temps. Il a une énergie absolue, il s'ennuie très vite. Il faut toujours le solliciter pour qu'il soit dans la vie, dans le mouvement. Parfois, je m'efforçais de faire un plan séquence pour qu'il puisse jouer tout le temps. Si je commence à découper le film, à changer la place de la caméra, je le perds. Ca va l'emmerder, ça va être trop long."

"C'est un acteur très instinctif, rapide et intelligent, il a des fulgurances et il ne faut pas les rater. Je pense que c'est un génie absolu, du drame comme de la comédie: Benoît peut tout jouer. C'est quelqu'un d'une générosité sans nom." Et comme pour couper court à toute polémique après l'interview bordélique d'hier où il n'a pas laissé les autres en placer une: "L'avoir, c'est une solution, ce n'est pas un problème."

Les acteurs de cette jolie bande se sont préparés pour le film pendant six mois. "Ils avaient l'habitude de se voir en maillot. Ils se sont rencontrés en maillot." Lellouche n'a pas choisi ses corps-là par hasard. "L'esthétique, cette dictature du corps parfait, j'en ai vraiment marre. J'avais envie de montrer des hommes avec du ventre, des poils, du gras. Ils ne se regardent pas: ils sont ce qu'ils sont. J'avais envie qu'ils soient nus à tous points de vue. Je trouvais ça assez beau. Le pire, c'était qu'il a fallu qu'ils se rasent pour le championnat. J'ai un petit sac avec tous les poils de chacun qu'ils m'ont offert gentiment."

Après "Le Grand Bain", le réalisateur admet "s'ennuyer un peu plus" quand il fait l'acteur. "Quand on est réalisateur, on a tellement de choses à gérer, tellement d'impératifs, vous avez le cerveau en ébullition, vous vous endormez, vous vous réveillez avec votre film. Ça me manque déjà un peu de ne plus pouvoir penser à tout ça. Quand vous êtes acteur, vous vous impliquez, mais pas de la même façon. On n'est pas habité de la même manière. Le temps peut être long: vous attendez beaucoup." Après quelques secondes de réflexion, il glisse: "Je pense que je ferai plus de réalisations."

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Benoît Poelvoorde est un acteur très instinctif, rapide et intelligent, il a des fulgurances et il ne faut pas les rater. Je pense que c'est un génie absolu, du drame comme de la comédie: Benoît peut tout jouer. L'avoir, c'est une solution, ce n'est pas un problème.
Gilles Lellouche au sujet de Benoît Poelvoorde qu'il a dirigé dans "Le Grand Bain"
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Deborah Laurent 15/05/18 - 07h00