La nouvelle stratégie du YouTubeur Félicien Bogaerts: "Moins cool, plus alarmiste"

© Capture d'écran YouTube.

Dans un autre registre que YouthForClimate, Félicien Bogaerts est l'une des personnalités belges du moment sur le sujet climatique. Le YouTubeur de 21 ans est satisfait d'avoir participé à rendre le mouvement populaire en Belgique. Il compte maintenant changer de discours pour que les choses bougent enfin plus haut. 7sur7 l'a rencontré.

Dans la galaxie climat, chacun a son rôle à jouer. Pendant que les jeunes de "YouthForClimate" mouillent le maillot tous les jeudis dans les rues de Belgique, Félicien Bogaerts réalise un travail différent mais complémentaire. Son dada, c'est la vidéo, depuis presque deux ans. Tout juste majeur, il était (déjà) chroniqueur à la RTBF au moment de lancer "Le Biais Vert" avec un ami.

 
Je me souviens d'un rassemblement place du Luxembourg où il y avait 800 personnes. On s'était dit: 'ce n'est pas possible...'
Félicien Bogaerts

"Une vraie demande en Belgique"

"Je commençais à développer un langage et des outils audiovisuels dans ce domaine. Je me suis rendu compte que je pouvais me servir de ce début d'expertise pour faire quelque chose qui me semblait constructif", nous explique-t-il. L'objectif de cette chaîne YouTube est de vulgariser des grands thèmes autour de l'écologie et du climat. Par exemple? La disparition des abeilles, la COP21, etc...

L'initiative prend de l'ampleur au fur et à mesure. "Nous nous sommes aperçus qu'il y avait une vraie demande pour ce sujet en Belgique. Il n'existait pas comme en France des chaînes sur l'écologie adressées au plus grand public", se rappelle le journaliste à la voix suave. Malgré cet engouement, la mayonnaise ne prend pas tout de suite: "Je me souviens d'un rassemblement place du Luxembourg où il y avait 800 personnes. On s'était dit: 'ce n'est pas possible...'"

© photo news.

Le déclic "J'peux pas, j'ai climat"

Puis vint "J'peux pas, j'ai climat". Dans cette vidéo, des célébrités belges invitaient leurs concitoyens à manifester le 2 décembre dernier. Le succès dépasse toutes les attentes, la vidéo atteint pratiquement les 2 millions de vues. "Le mouvement a pris une dimension beaucoup plus populaire et médiatique. Quand des articles et émissions parlaient de notre lutte, ce n'était pas toujours très funky. Mais quand on parle d'une vidéo avec Angèle ou Philippe Geluck, cela touche un autre public", se satisfait Félicien Bogearts.

Les objectifs d'une partie de la stratégie de la chaîne "Le Biais Vert" sont alors atteints: "Notre mission pendant un certain temps était de rendre le mouvement climat plus populaire en Belgique. Je pense que c'est réussi. Le relais est passé avec ces admirables jeunes ("YouthForClimate"). Si on a pu avoir une influence quelconque, c'est formidable, mais la tournure que cela prend nous dépasse. Maintenant, cela ne dépend plus de nous. Ils ont pris le bateau et ils gardent le cap".

(suite de l'article ci-dessous)

 
Tout ce qu'on a fait jusqu'à maintenant n'a pas été aussi efficace qu'espéré
Félicien Bogaerts
© belga.

Fini les pincettes: "Appeler un chat un chat"

Mais Félicien Bogaerts est loin d'arrêter le combat, il peut maintenant passer à l'étape suivante: "On change de discours ces derniers temps. On va essayer d'avoir un message qui correspond de plus en plus à ce qu'on pense. De nommer les choses, d'appeler un chat un chat. Et de ne pas avoir peur de nommer nos ennemis", promet-il.

Sa récente vidéo, "Génération sacrifiée", rentre dans cette optique. Le youtubeur garde son positionnement, raconter des histoires, mais le récit est adapté. "C'est un peu la suite de 'J'peux pas j'ai climat' mais la tonalité est radicalement différente. On n'est plus du tout dans le côté cool, c'est plus alarmiste. Sur 'J'peux pas, j'ai climat' on avait dû se retenir pour être grand public", reconnaît-il.

(suite de l'article ci-dessous)

© photo news.

"On s'est planté": le mea culpa

De son propre aveu, "tout ce qui a été fait jusqu'à maintenant n'a pas été aussi efficace qu'espéré". En effet, les personnalités politiques tardent toujours, à son goût, avant d'adopter des mesures concrètes qui vont dans le sens du mouvement. Les vraies victoires, et les vraies avancées devant la situation climatique, se font trop rares.

Ce constat a été partagé par l'un de ses homologues français, "Partager c'est sympa". Les deux YouTubeurs ont récemment mis en ligne une vidéo intitulée "On s'est planté". 53 minutes de discussions, de mea culpa, et de synthèse sur les différents mouvements climatiques, où on en revient toujours au même point: il y a urgence.

"Cela fait trente ans qu'on parle des risques, mais maintenant on commence à sentir l'odeur et à en voir la couleur. Ce ne sont pas les dérèglements constatés ces derniers mois qui vont nous faire penser le contraire. Si on ne gagne pas cette bataille, on n'en gagnera plus aucune autre", prévient Félicien Bogaerts. Le combat ne fait que commencer...

 
Si on ne gagne pas cette bataille, on n'en gagnera plus aucune autre
Félicien Bogaerts

Par Mathéo Geslan 15/03/19 - 08h50