Notre culpabilité va-t-elle nous sauver du réchauffement climatique?

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C'est acquis: le réchauffement climatique est d'origine humaine. Et c'est un poids très lourd à porter.

Qui ne s'est pas déjà senti coupable d'emprunter sa voiture au lieu de son vélo pour un petit trajet? De se retrouver, une fois de plus, tout seul dans son gros véhicule polluant sur la route du travail avec une centaine de semblables autour de soi? Ou de simplement jeter un déchet dans une poubelle? Et que dire de cet "ami Facebook" qui vous vante les vertus des shampoings solides, alors que vous venez d'acheter un flacon d'une marque industrielle au supermarché?

Nous, en tant que communauté humaine, sommes tous coupables de l'état de la planète d'aujourd'hui. Difficile de le nier. A force de catastrophes naturelles, de rapports alarmants et de manifestations, la prise de conscience de la part du citoyen semble désormais sur les rails. La préservation de notre planète est aujourd'hui la préoccupation majeure de cette fin de décennie. Mais comment "lutter contre l'adversaire le plus menaçant pour l'avenir de notre planète: nos habitudes?" Doit-on miser sur la culpabilisation du citoyen pour que ce dernier évolue vers un mode de vie plus éco-responsable? Culpabiliser l'individu sur l'état de la planète est-il vraiment la bonne tactique pour sauver celle-ci?

S'appuyer sur le sentiment de "culpabilité collective"
Une étude de 2010 de l'université de Californie à San Diego semble nous démontrer le contraire. Lors de cette étude, les chercheurs ont demandé à un premier groupe en quoi ils contribuaient "personnellement" aux changements climatiques, le deuxième devait expliquer la responsabilité "collective" de la société face aux bouleversements de la planète. Un troisième groupe devait lui décrire sa routine quotidienne (comment ils se brossaient les dents, faisaient la vaisselle, etc.). Tous les participants pouvaient repartir avec la somme de 100 dollars.
 
Les chercheurs ont ensuite demandé quelle part de leurs gains ils étaient prêts à reverser pour la cause climatique. Résultat: le deuxième groupe, censé expliquer la responsabilité collective face au climat, était prêt à donner 50% plus d'argent en moyenne que les deux autres. Au journal canadien La Presse, Nick Obradovich, l'un des co-auteurs de l'étude, s'étonne des résultats."Nous croyions qu'évoquer la responsabilité personnelle des gens aurait plus d'effets que cela", avoue-t-il.

Toujours en 2010, une autre étude universitaire publiée par la revue "Pour la Science" confirmait ces résultats. Pour changer les comportements, c'est sur le sentiment de culpabilité "collective" qu'il faudrait en effet s'appuyer. Et donc créer un état de "culpabilité collective". Exemple: en montrant aux Américains des données prouvant qu'ils sont en tant que nation de gros pollueurs, ils seront plus enclins à payer des taxes sur la pollution que si on les alerte sur les dangers de nos modes actuels de consommation en exposant simplement des faits.

"L'hyper responsabilisation écologique individuelle"
Dans une récente tribune publiée dans les colonnes de la Libre Belgique, Violaine Wathelet, doctorante au Centre d'étude de l'opinion de l'Université de Liège, ajoute que c'est "en mettant le curseur sur l'individu" qu'on "oublie de questionner radicalement notre système de production et l'inaction des grands groupes capitalistes." C'est ce qu'elle appelle "l'hyper responsabilisation écologique individuelle".

"Le discours ambiant voudrait que chacun fasse sa part, que chacun porte, dans son petit bec de colibri, les trois gouttelettes nécessaires à son confort personnel de cohérence, trois gouttelettes qui vont rejoindre les trois autres de son voisin ou de sa voisine, ou les deux, et former ainsi un Canadair capable d'éteindre l'incendie qui ravage notre planète", écrit-elle. Or, "l'accentuation extrême de notre responsabilité climatique étouffe nos rébellions et charrie dans l'ombre les réponses collectives que nous devons mettre en place pour que les choses bougent." En d'autres termes, à force de pointer du doigt l'individu, on oublierait, au final, que seuls les décideurs - politiques et économiques - sont capables de réellement faire avancer les choses.

"Ce qui nous manque, ce sont des grands projets d'écologie politique"
En 2014, dans la revue Psychologies
, le philosophe Charles Pépin allait jusqu'à s'agacer de cette culpabilisation de l'individu, qui, selon lui, peut même s'avérer inefficace: "Il faut arrêter de nous faire croire que nous allons changer l'avenir en triant nos déchets, c'est insupportable! Si nous ne pouvons plus allumer la lumière, prendre un bain ou jeter une bouteille dans la mauvaise poubelle sans penser à la fin du monde, la culpabilité - et les contraintes - est telle que nous finissons par lâcher. Je ne dis pas que tous ces gestes sont inutiles, mais, pour initier un changement capable d'enrayer le trou de la couche d'ozone, la disparition des espèces ou la fonte de la banquise, il faut un idéal fédérateur. Ce qui nous manque, ce sont des grands projets d'écologie politique."

La grève pour le climat de ce vendredi 15 mars vise clairement cet objectif puisque ce sont les femmes et les hommes politiques qui sont ici appelés à agir par les membres de Youth For Climate. La jeunesse semble une fois de plus nous indiquer la route à suivre...

Par: rédaction 15/03/19 - 08h40