Huit hommes et quatre femmes jugeront les accusés de l'attentat au Musée juif

Huit hommes et quatre femmes ont été choisis lundi, vers 13h00, devant la cour d'assises de Bruxelles, pour composer le jury au procès de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, accusés d'être auteurs ou co-auteurs de l'attentat au Musée juif de Belgique.

Neuf femmes et trois hommes ont également été choisis pour être jurés suppléants et donc pour remplacer le cas échéant des jurés effectifs.

Le jury a ensuite prêté serment.

La cour a suspendu l'audience jusqu'à 14h30 lundi. Celle-ci reprendra pour un bref instant, le temps d'expliquer au jury la mission qu'il aura à remplir dès jeudi, lorsque les débats débuteront.

Les jurés n'ont pour l'instant entendu que le "quart du dixième" de l'affaire

Mehdi Nemmouche avait "l'obligation d'être présent, il est donc là", a laconiquement indiqué Me Henry Laquay, lundi, à son arrivée à la cour d'assises de Bruxelles. L'un des avocats du principal accusé de l'attentat au Musée juif est resté évasif quant à la réelle volonté de son client de collaborer aux débats.

Me Laquay attend que le jury, dont le tirage au sort a débuté lundi matin, "soit composé à l'image de la société, qu'il la représente dans ce procès".

"Il faudra que les magistrats et avocats expliquent aux jurés que pour eux, le vrai procès, c'est maintenant. Qu'ils doivent faire abstraction de tout ce qu'ils ont entendu, notamment dans la presse, car ils n'ont pour l'instant entendu que le 'quart du dixième' de l'affaire et de manière souvent déformée malheureusement, même si ce n'est pas la faute de la presse", a encore déclaré le conseil de Mehdi Nemmouche.

Me Laquay avait assuré dimanche à l'agence Belga que son client serait présent à l'audience de ce lundi. Un doute à ce sujet était né des propos de l'autre avocat de l'accusé, Me Courtoy, à l'issue de l'audience préliminaire en décembre dernier.

Me Henri Laquay, l'un des avocats de Mehdi Nemmouche à son arrivée au palais de justice de Bruxelles, le 7 janvier 2019. © photo news.

La mère d'une victime attend que "Nemmouche s'explique" et dise qui "sont ses complices"

La mère d'Alexandre Strens attend du procès de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer que le premier "s'explique, dise ce qu'il a fait, qui sont ses complices et quelles sont ses motivations", a déclaré lundi matin son avocat, Me Dalne, à son arrivée à la cour d'assises de Bruxelles pour le tirage au sort des jurés.

Si l'avocat du Musée juif, Me Masset, estime que "devant une chambre criminelle les débats et le procès auraient été beaucoup plus rapides", Me Dalne trouve logique que l'affaire soit jugée par un jury populaire. "Si, pour des faits comme ceux-ci, on ne fait pas de procès devant une cour d'assises, alors on n'en fera jamais."

"Charge émotionnelle" 
L'oralité des débats amènera sans doute une "charge émotionnelle" pour les jurés. "C'est l'objectif du terrorisme de frapper de manière aveugle. Tout le monde peut se projeter dans la situation de ces malheureuses personnes qui n'avaient qu'un tort: être là au mauvais moment et pour certains", avoir la 'mauvaise' obédience, estime Me Masset.

Le tirage au sort des jurés a débuté vers 9h30. Les débats commenceront jeudi. Les deux accusés seront interrogés durant trois jours: mardi, mercredi et jeudi prochains

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, deux Français de respectivement 33 et 30 ans, sont accusés devant la cour d'assises de Bruxelles d'être auteurs ou co-auteurs de l'attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles.

Elle avait coûté la vie à quatre personnes: Emmanuel et Miriam Riva, un couple de touristes israéliens, Dominique Sabrier, une bénévole du musée, et Alexandre Strens, un employé du musée.

Comment se déroulera le procès?

Les deux accusés de l'attentat au Musée juif de Belgique, Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, seront interrogés durant trois jours: mardi, mercredi et jeudi prochains, selon le calendrier des audiences établi par la cour. Ce dernier pourrait néanmoins être modifié en fonction de l'avancée des débats.

Le procès de l'attentat au Musée juif de Belgique débutera ce jeudi avec la lecture de l'acte d'accusation du parquet fédéral, qui continuera également ce vendredi. Ensuite, le procès reprendra mardi prochain, le 15 janvier, avec l'interrogatoire des deux accusés, qui se poursuivra encore mercredi prochain, le 16 janvier, et jeudi prochain, le 17 janvier.

Dans la suite des débats, la cour entendra les personnes constituées partie civile le vendredi 18 janvier, soit les filles du couple Riva, la soeur de Mme Riva, le frère de M. Riva, la mère d'Alexandre Strens ou encore le président du Musée juif Philippe Blondin. Viendront ensuite à la barre les juges d'instruction et les enquêteurs les 21, 22, 23, 24, 25, 28 et 29 janvier. La cour entendra les médecins légistes et plusieurs experts le 30 janvier. 

Dès le 1er février, ce sont des témoins qui seront appelés devant la cour, à commencer par des membres des familles des victimes, et ce jusqu'au 12 février (jours ouvrables). Le commissaire Alain Grignard, spécialiste de l'antiterrorisme, témoignera le 6 février. Les quatre journalistes français qui avaient été pris en otage en Syrie en 2013 et qui avaient désigné Mehdi Nemmouche comme leur geôlier, seront entendus le jeudi 7 février.

Le lendemain, ce sera au tour de Mounir Attalah de témoigner devant la cour. Cet ami d'enfance de Mehdi Nemmouche a notamment été détenu à Salon-de-Provence avec lui en 2009. Placé en garde à vue dans le cadre de l'enquête et un temps soupçonné de complicité, il a été libéré en décembre 2014. Il a bénéficié d'un non-lieu en avril dernier.

Le 12 février, les auditions s'achèveront avec les comparutions des membres des familles Nemmouche et Bendrer. Témoignages que l'accusé principal avait en vain tenté de faire écarter lors de l'audience préliminaire.

Le procès se poursuivra ensuite avec le réquisitoire et les plaidoiries, dont les dates exactes ne sont pas encore déterminées.

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, deux Français âgés de respectivement 33 et 30 ans, sont accusés d'être auteurs ou co-auteurs de l'attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles.

 
"Les auteurs n'ont pas choisi leurs victimes au hasard: ils ont clairement ciblé les juifs"
Patrick Charlier, directeur d'Unia

Unia veut que "le caractère antisémite" de l'attentat au Musée juif "soit reconnu"

Le Centre interfédéral pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme et les discriminations (Unia) a décidé de se constituer partie civile dans le procès de l'attentat au Musée juif de Belgique pour que "le caractère antisémite de cet acte soit reconnu", a-t-il indiqué lundi par communiqué.

"Ils ont clairement ciblé les Juifs"
"Les auteurs n'ont pas choisi leurs victimes au hasard: ils ont clairement ciblé les juifs", pointe le directeur d'Unia, Patrick Charlier, qui souligne la circonstance aggravante que constitue un crime de haine, "commis à l'égard des victimes pour ce qu'elles sont et ce qu'elles représentent".

Le législateur prévoit en effet de punir plus sévèrement des crimes motivés par la haine, dans ce cas-ci envers une communauté. Pour Unia, représenté au procès par Me Christophe Marchand et Me Dounia Alama, "ce crime ne touche pas seulement les visiteurs, les travailleurs et leurs familles. Il s'agit aussi d'une menace pour toutes les personnes juives. Les auteurs ont voulu envoyer le message que tous les Juifs sont vulnérables et peuvent potentiellement subir le même sort."

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Par: rédaction 7/01/19 - 11h13