Charles Michel ira à Marrakech, la majorité veut que le pacte soit approuvé

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Charles Michel s'est exprimé au Parlement au sujet du Pacte de l'ONU sur les migrations. Il a clôturé les débats houleux en affirmant qu'il irait bien à Marrakech. En début de soirée, une nouvelle majorité de rechange s'est constituée. La Chambre a approuvé la proposition de résolution demandant au gouvernement d'approuver le Pacte de l'ONU sur la migration. Le vote a été obtenu par une majorité de rechange associant, dans la coalition gouvernementale, le MR, le CD&V et l'Open Vld et, dans l'opposition, les socialistes, les écologistes, le cdH et DéFI. Le PTB a également soutenu la résolution. La N-VA a voté contre de même que le Vlaams Belang, les députés Vuye et Wouters et le PP, seul parti francophone à rejeter le Pacte. 

L'assemblée votera tout à l'heure une résolution exprimant le soutien du parlement à ce Pacte. "Si ce vote intervient, c'est un signal très fort adressé par ce parlement. Il m'oblige à titre personnel, dans le respect des institutions et de la Constitution", a dit M. Michel.

Le Premier ministre a souligné que la Belgique ne pratiquerait pas la chaise vide à Marrakech mais il a dans le même temps reconnu le problème constitutionnel posé par l'opposition d'un des partis du gouvernement au Pacte.

Selon ce parti, la N-VA, il n'existe en effet pas de consensus au sein du gouvernement pour approuver le Pacte. "Je dois aussi veiller à respecter la Constitution", a souligné le chef du gouvernement.

Ainsi, le Premier ministre a fait référence aux mots qu'il avait prononcés à New York en faveur du pacte. Mais il s'engage aussi à exprimer son point de vue au sein de son gouvernement, depuis Marrakech et dans les jours qui suivent, et à respecter la Constitution.

"Une parole est une parole et effectivement la parole de la Belgique compte. Mais dans le même temps, comme Premier ministre, je mesure dans ce moment de gravité politique que la Constitution belge n'est pas un chiffon de papier et je devrai veiller jour après jour, à Marrakech, mais aussi dans les jours après Marrakech, comment il sera possible, à chaque fois, de défendre mon point de vue, ma conviction au sein du conseil des ministres, du comité ministériel restreint, avec le parlement, mais en même temps je devrai veiller - et je le ferai certainement - au respect complet de la Constitution", a-t-il dit. 

Devant les incertitudes que laisse planer la réponse, la Chambre a suspendu la séance plénière pour une dizaine de minutes à la demande du PS. L'interruption a finalement duré jusqu'à 20h30. 

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L'amendement adopté par la majorité

Une nouvelle majorité de rechange s'est constituée jeudi en début de soirée pour amender une nouvelle fois la résolution sur le Pacte migatoire des Nations Unies. L'amendement principal a été adopté à 107 voix pour, 36 contre, aucune abstention. Seuls la N-VA, Vuye&Wouters, le PP et le VB votent contre.

Par cet amendement, "la Chambre des Représentants demande au gouvernement fédéral d'approuver le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières".

"Un amendement clair à 150%"
Pour Groen, "l'amendement est clair à 150% maintenant. La N-VA doit réfléchir à deux fois au cours des prochaines 24 heures. J'aimerais demander à De Roover d'arrêter de chercher des arguments pour saboter notre pays." Si Charles Michel ne respecte pas cet amendement, il ne "peut pas rester Premier Ministre". "Vous devez prononcer ces mots suivants: « La Belgique va approuver le pacte."

Catherine Fonck (CDH) : "Vous vous êtes exprimé comme Premier ministre mais aussi comme homme, sans que l'on sache qui des deux s'engageait. Vous avez dit que vous irez selon vos convictions. Nous apprécions vos convictions personnelles mais votre job, c'est d'être Premier ministre. Un Premier ministre agit au nom du gouvernement. Que ce soit clair, les mots de cette résolution ne sont pas suffisants, nous voulons des actes. Vous êtes devant un choix clair: soit respecter la voix des démocrates, soit vous soumettre au diktat de la N-VA poussée dans de dos par le Belang." 

Georges Gilkinet (Ecolo): "Nous sommes restés circonspect face à votre réponse. Cette idée d'aller à Marrakech à titre personnel, en tant que Premier ministre... Vous avez maintenant un mandat clair. Vous ne pourrez pas vous dédire."

De Roover (N-VA) a, pour sa part, tempéré: "Je ne pense pas que le débat que nous avons eu ces derniers jours soit une perte de temps. Je voudrais dire que je suis ravi de l'intervention du Premier Ministre et que j'espère que nous pourrons continuer notre travail."

Dewinter (Vlaams Belang): "Le Premier Ministre donne la priorité à la continuation de son gouvernement. Il est disposé à mettre de l'eau dans son vin, ce qui est une bonne nouvelle dans la mesure où la N-VA reste sur ses positions." S'adressant à la N-Va, il déclare: "Maintenant, ça dépend de vous. (...) Ecoutez votre instinct et ce que les gens disent: il y a une différence entre ce que pense le Parlement et l'homme de la rue, qui ne veut pas d'une immigration massive. Le Pacte est un cheval de Troie." Dewinter précise: "Vous nous trouverez comme allié sur votre chemin."

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Henrik Vuye (ex-N-VA, désormais député à la Chambre pour Vuye & Wouters): "Monsieur le Premier Ministre, clarifiez les choses maintenant: avez-vous vraiment un gouvernement? Vous n'aurez pas à vous plaindre si l'apolitique remporte une grande victoire en mai 2019. Si vous voulez mon avis, votre gouvernement est tombé et dans les prochains jours, vous tomberez plus profondément."

"Si vous signez le Pacte, il y aura une issue pour la N-VA: se soumettre, je ne le crois guère, se démettre, je ne le crois guère; c'est donc la révocation. C'est le devoir qui vous attend, M. le Premier ministre", a lancé Olivier Maingain (DéFI).

Ahmed Laaouej (PS): "Vous avez été tenus par certains éléments de la N-VA, les plus radicaux, qui de plus en plus donnent le ton."

rédaction 6/12/18 - 18h46