Ils ont bombardé les ministres de SMS, ils risquent deux ans de prison

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La bombe lancée par les activistes pour le climat risque bien de leur exploser au visage plus qu'elle n'aura finalement perturbé la vie des ministres concernés. "Si un seul de ces ministres décide de porter plainte ou si le parquet commence une enquête lui-même, cela peut leur coûter deux ans de prison", analyse l'expert en cybercriminalité Philippe Van Linthout.

Wakeupyourministers.be ("Interpelle tes ministres!" en français), l'initiative du collectif Act for Climate Justice, a réussi son pari. Le but était de secouer les ministres en charge du climat en les inondant de messages des citoyens via une plateforme facilitant les appels, mails et SMS: l'opération a été encore plus efficace que prévu avec des dizaines de milliers de participants et une saturation complète des boîtes mail et lignes des ministres. Avec pour conséquence, selon Joke Schauvliege, un épuisement moral et professionnel, son dérapage lors d'un discours au sujet de "marionnettistes" qui orchestrent le mouvement citoyen et puis, surtout, sa démission. Au début de l'action, Céline Frémault s'était plainte de n'avoir pu travailler correctement et de n'avoir pu être jointe par ses enfants. "Ce n'est pas productif", avait-elle regretté.

Que feront les ministres?
On sait que les personnes qui ont envoyé un message ou un mail via wakeupyourministers.be ne risquent rien. Mais peut-on parler de harcèlement dans le chef des hackers activistes qui ont conçu le site web et ont organisé la saturation des lignes? "Il suffit d'une plainte d'un ministre concerné ou d'une initiative du parquet pour qu'une enquête soit menée, et là, les personnes à l'origine de l'opération seront poursuivies", affirme l'expert en cybercriminalité Philippe Van Linthout. On ne sait pas si l'un des (ex)-ministres ou le ministère public a décidé d'intervenir. Le ministre wallon Jean-Luc Crucke avait de son côté déjà annoncé qu'il ne s'adresserait pas à la justice, mais que fera Joke Schauvliege? 

"Il n'est pas autorisé de créer des moyens destinés à causer des nuisances"
Car le harcèlement, c'est précisément ce qu'a évoqué, en larmes, la ministre flamande du Climat lors de sa démission pour justifier ses propos polémiques: "J'ai été submergée de messages et d'appels, nuit et jour, sur mon téléphone privé. Je ne pouvais plus communiquer normalement". L'expert confirme: "On peut considérer cette action comme du harcèlement moral car l'expéditeur (les créateurs de la plateforme) savait ou aurait dû savoir que les personnalités politiques concernées risquaient d'être extrêmement perturbées. De plus, il n'est pas autorisé d'utiliser des moyens de communication pour créer des nuisances ou causer du tort. Créer un tel système est également punissable". En cas de poursuites pour harcèlement moral ou entrave à la loi sur les communications, l'intéressé risque jusqu'à deux ans de prison et une amende maximale de 2.400 euros.

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Le site lui-même a été mis hors ligne hier mais était actif depuis l'automne 2018. "L'action devait se terminer lorsque les quatre ministres du climat se seraient positionnés sur la loi climat. Contrairement aux trois collègues de Joke Schauvliege, le CD&V a fait savoir qu'il ne soutiendrait pas la proposition et l'action est donc terminée", a signalé un communiqué à la fermeture du site qui indique simplement "L'action est terminée. À bientôt pour de nouvelles aventures".

Une nébuleuse de responsables
On ne sait pas exactement de combien de membres se compose Act for Climate Justice et qui en est l'instigateur. Plusieurs porte-paroles francophones se sont fait connaître par le passé mais actuellement, c'est le Flamand Arno Kempynck (l'un des dirigeants du groupe politique Hart boven Hard) qui se présente prudemment comme l'un des représentants d'un "réseau informel de citoyens inquiets". Il pourrait donc être inquiété par la justice prochainement.

Par: rédaction 7/02/19 - 09h10