L'affaire de la "Ligue du LOL" fait scandale en France

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Évoquée discrètement mais régulièrement ces dernières années, l'affaire de ce groupe Facebook privé éclate enfin au grand jour en France. De nombreux journalistes parisiens, dont quelques Twittos célèbres, menaient en effet de véritables campagnes de dénigrement et de cyberharcèlement. Des agissements qui risquent aujourd'hui de leur coûter cher ou, du moins, de nuire sérieusement à leur réputation...

La "Ligue du LOL" consistait en un groupe Facebook privé, actif entre 2009 et 2012, et composé d'une trentaine de membres dont quelques Twittos influents de la première heure, comme Alexandre Hervaud. Créé par Vincent Glad (Slate, Libé, Canal+...), il rassemblait majoritairement des professionnels de la communication et de la publicité, des journalistes des Inrocks, de Libération, de Télérama, des podcasteurs et autres personnalités du Web.

Répondant à une question posée par un lecteur, CheckNews a été le premier à dégainer sur ce dossier: "La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux?", se demandait le département de fact-checking de Libération ce 8 février. 

"Meute de harceleurs"
En effet, si les témoignages de victimes émergeaient discrètement mais à intervalles réguliers depuis 2010, la contestation a pris une tournure plus radicale la semaine passée. Tout est (re)parti d'un tweet "évasif" d'un journaliste de Slate Thomas Messias évoquant une "meute de harceleurs de féministes". Une accusation à laquelle a rapidement réagi l'un des principaux concernés, Alexandre Hervaud, dénonçant un "militantisme zélé". 

Que reproche-t-on à cette "Ligue du LOL"?
Il est reproché à cette bande de "caïds" d'avoir orchestré des campagnes de dénigrement, de moquerie excessive, d'avoir poussé des blagues potaches beaucoup trop loin ou d'avoir détruit la réputation et la confiance de leurs victimes. Le tout en ciblant principalement les femmes. "Mails d'insultes anonymes", "photomontages pornographiques", "gifs animés", racisme et humiliation publique, autant de raids virtuels destructeurs demeurés impunis malgré le tort causé.

Prédateurs hier, féministes aujourd'hui?
"C'était des gens qu'on connaissait, qu'on avait déjà croisés à des soirées, avec qui on avait travaillé. C'était d'autant plus dur", confie une autre victime anonyme. Le contraste est aujourd'hui saisissant dans certaines rédactions françaises où des pigistes multiplient les billets sur le féminisme "où ces personnes occupent désormais des postes à responsabilités", avoue l'une d'elles: "C'est un peu surréaliste". 

"Petits mecs parisiens"
"Pendant plusieurs années sur Twitter, moi et d'autres copines féministes, on a été la cible de ces petits mecs parisiens qui se foutaient de notre gueule. J'étais grosse, donc je n'avais pas le droit à la parole", dénonce la militante Daria Marx qui affirme avoir été harcelée à de nombreuses reprises par la "ligue". "Un jour, l'un des membres de cette ligue a pris une image porno d'une nana grosse et blonde qui pouvait vaguement me ressembler et a commencé à faire tourner l'image sur Twitter en disant qu'il avait trouvé ma sextape", ajoute-t-elle. 

Blagues douteuses
La journaliste Capucine Piot raconte également qu'un de ces membres avec lequel elle avait eu une relation lui avait fait croire qu'il avait le SIDA et qu'elle pouvait dès lors être infectée. Un exemple parmi d'autres de la nature de ces "blagues" de la "Ligue". Elle a publié de larges confessions sur Twitter

Excuses en cascade
Depuis quelques jours, les anciens membres présentent leurs excuses embarrassées, relativisent, se désolidarisent des comportements cités ou évoquent un "monstre" incontrôlable ou des "erreurs de jeunesse", à l'image d'Alexandre Hervaud (Libération), Vincent Glad (Libération), David Doucet (Inrocks), Henry Michel (Riviera Détente) et consorts. 

"On est trop nombreuses à avoir souffert"
Mais pour les victimes d'hier, ce mea culpa arrive bien trop tard et cherche un peu trop à atténuer les circonstances qui ont conduit au dérapage. L'heure de rendre des comptes a sonné: "On est trop nombreuses à avoir souffert, il fallait que ça se sache", déclare Florence Porcel, cible d'un canular téléphonique particulièrement immonde et diffusé publiquement. Il a depuis lors mystérieusement disparu. "S'il n'y a pas de conséquences concrètes aujourd'hui, cela envoie un terrible message aux victimes et montre surtout aux harceleurs qu'ils peuvent continuer d'agir dans une totale impunité", conclut-elle. 

Soutien de poids
Le mouvement de contestation a accueilli un soutien de poids en la personne de la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations Marlène Schiappa: "Tout mon soutien et ma solidarité aux blogueuses et journalistes qui ont eu à subir le harcèlement sexiste de la #LigueDuLol particulièrement @FlorencePorcel. Ce n'est pas 'internet' qui est impitoyable, c'est ce qu'on en fait", a dénoncé la responsable sur Twitter. 

"La loi votée cet été pénalise désormais le 'cyberharcelement en meute' ou 'raid numérique'. Le harcèlement est caractérisé par la répétition des messages tweets ou posts, et plus seulement corrélée à un seul auteur", a-t-elle ajouté. 

Complément d'information et chronologie des faits ci-dessous. 

Mise à jour: Alexandre Hervaud, chef de service web de Libération, et Vincent Glad, collaborateur, ont été mis à pied ce lundi matin "à titre conservatoire", a indiqué la direction du journal à France Inter.

Brain Magazine a également annoncé la suspension de sa collaboration avec Vincent Glad: "Continuer à faire bosser des gens qui ont participé, facilité ou laissé faire ce système de harcèlement, ce serait le cautionner", écrit la rédaction relayée par France info

Stephen des Aulnois, rédacteur en chef et fondateur du Tag Parfait a quitté ses fonctions à la suite du scandale suscité. 

Le studio de podcast Nouvelles Écoutes a mis fin "avec effet immédiat" à sa collaboration avec Guilhem Malissen, autre membre de la "Ligue"

Par: rédaction 11/02/19 - 11h09